L’élas­tique s’ar­rache comme ja­mais

Qui au­rait cru il y a en­core quelques se­maines que les élas­tiques de­vien­draient un bien ul­tra re­cher­ché ? Ces la­nières ont vu leur de­mande ex­plo­ser avec la crise sa­ni­taire.

Le Télégramme - Châteaulin - - ÉCONOMIE -

T Pour faire des masques de pro­tec­tion, il faut de quoi les fixer der­rière ses oreilles. Et aux Cou­pons d’al­sace, en­tre­prise de vente de tis­su et d’ar­ticles de mer­ce­rie en Bour­gogne-franche-com­té, une ré­gion du­re­ment tou­chée par le Co­vid-19, la de­mande en élas­tique a ex­plo­sé à la ré­ou­ver­ture des quatre ma­ga­sins il y a quelques jours. De 1 200 mètres d’élas­tiques ven­dus au maxi­mum chaque mois, l’en­tre­prise est pas­sée à au moins 12 000 mètres… par jour.

« Des prix in­dé­cents »

Dès le dé­but de la crise, le com­mer­çant avait don­né tous ses stocks aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales pour fa­bri­quer des masques. À l’ap­proche du dé­con­fi­ne­ment, il s’est ré­ap­pro­vi

De­puis le dé­but de la crise sa­ni­taire, par­ti­cu­liers et pro­fes­sion­nels se sont rués sur l’élas­tique, élé­ment es­sen­tiel du masque.

avec quelques dif­fi­cul­tés néan­moins. « Il a fal­lu faire ap­pel à plu­sieurs four­nis­seurs », pour­suit-il, s’in­di­gnant au pas­sage des prix « in­dé­cents » que l’on voit cir­cu­ler sur in­ter­net.

De son cô­té, Jean-da­mien Gau­thier, le pré­sident de l’en­tre­prise de fa­bri­ca­tion d’élas­tiques, tresses et cor­dons Gau­thier fils, dans le Puy-dedôme, a dé­ci­dé de ne pas aug­men­ter ses prix, qui vont de 4,5 à 8 cen­times par mètre ven­du aux gros­sistes en mer­ce­rie. « Nous sommes pas­sés de 150 000 mètres d’élas­tique tres­sé à près de 700 000 mètres par se­maine », ex­plique le di­ri­geant, à la tête d’une so­cié­té de quelque 50 sa­la­riés. Pour l’oc­ca­sion, « on a res­sor­ti des mé­tiers qui ne tour­naient plus de­puis des an­nées », ra­conte-t-il. Le pa­tron de la PME au­ver­gnate a ré­or­ga­ni­sé la pro­duc­tion sur six jours. Et « le di­manche, je vais sur le site faire fonc­tion­ner les mé­tiers ».

« on s’aper­çoit que l’in­dus­trie c’est es­sen­tiel »

Le groupe nor­mand Lé­cuyer, pro­duc­sion­né, teur de tex­tile pour l’aé­ro­nau­tique, le luxe ou le sec­teur mé­di­cal, était dé­jà l’un des gros fa­bri­cants fran­çais d’élas­tiques pour des masques à usage mé­di­cal. La mon­tée en ca­dence, là aus­si, a été ex­po­nen­tielle. « De 5 à 10 mil­lions de mètres d’élas­tiques pro­duits chaque se­maine, on est pas­sés à plus de 50 mil­lions », sou­ligne son di­ri­geant, Charles Odend’hal. L’en­tre­prise fa­brique à la fois des élas­tiques pour les masques chi­rur­gi­caux et une gamme clas­sique adap­tée afin d’être uti­li­sée pour les masques en tis­su. « Ce sont des élas­tiques qui tiennent sur des la­vages à 60 de­grés sur plus de 100 cycles », ex­plique Charles Odend’hal. « On a un peu adap­té cette gamme pour que l’élas­ti­ci­té ne soit pas trop forte et que ce­la soit confor­table. Ce­la pa­raît ano­din mais ça peut être vite désa­gréable de por­ter un masque avec un élas­tique trop ten­du » plu­sieurs heures par jour, rap­pelle-t-il. Le di­ri­geant es­père que la crise sa­ni­taire prou­ve­ra en tout cas qu’une in­dus­trie lo­cale conti­nue de ser­vir à quelque chose. « Pen­dant des an­nées, les start-up étaient mises en avant, les ser­vices, les pla­te­formes… Or, on s’aper­çoit avec la crise que ceux qui fa­briquent des choses concrètes, que l’in­dus­trie, c’est es­sen­tiel », sou­pire-t-il.

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