LA BRE­TAGNE NE MANQUE PAS D’ATOUTS FACE à LA CRISE

Des sec­teurs sont très af­fec­tés mais d’autres sont plu­tôt bien ar­més.

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE - Jean-mi­chel Si­gnor

Une agri­cul­ture per­for­mante

L’agri­cul­ture bre­tonne n’a pas at­ten­du la vi­site d’em­ma­nuel Ma­cron à Saint-pol-de-léon (29) pour dé­mon­trer sa ca­pa­ci­té à nour­rir les Fran­çais. En 2019, ses 26 484 ex­ploi­ta­tions ont pro­duit 8,7 mil­liards d’eu­ros de den­rées ali­men­taires sur seule­ment 6,9 % de la sur­face agri­cole utile (SAU) de la France. Qui dit mieux ? Per­sonne. Pre­mière ré­gion d’éle­vage, la Bre­tagne four­nit 33 % de la viande bo­vine (bo­vins de moins de 12 mois) pro­duite en France, 35 % de la viande de vo­laille, 43 % des oeufs et 60 % des porcs éle­vés sur notre ter­ri­toire. Des chiffres qui peuvent po­ser la ques­tion du mo­dèle agri­cole, mais qui per­mettent à la Bre­tagne de nour­rir l’équi­valent de 20 mil­lions de Fran­çais, fai­sant de ses 67 500 agri­cul­teurs les ga­rants de la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire chère à Em­ma­nuel Ma­cron. L’épi­sode du Co­vid-19 a d’ailleurs pro­vo­qué une prise de conscience, rap­pro­chant pro­duc­teurs et consom­ma­teurs, via le ren­for­ce­ment des cir­cuits courts et des ventes à la ferme.

Une in­dus­trie so­lide

Au­to­mo­bile, construc­tion, ré­pa­ra­tion na­vale, Dé­fense, sous-trai­tance, ma­chi­nisme… « La Bre­tagne peut comp­ter sur une in­dus­trie so­lide », sou­ligne Her­vé Ker­mar­rec, pré­sident du Me­def Bre­tagne qui n’ou­blie pas la pré­pon­dé­rance de l’agroa­li­men­taire. Un sec­teur qui peut s’ap­puyer sur une ar­mée de 70 000 sa­la­riés, rom­pus de­puis des dé­cen­nies à des normes d’hy­giène tou­jours plus exi­geantes. « Pro­té­ger la chaîne ali­men­taire de tout risque de conta­mi­na­tion, c’est la base de notre mé­tier », rap­pelle Mi­chel Ca­ra­dec, se­cré­taire dé­par­te­men­tal de la CFDT agro du

Fi­nis­tère. « Les sa­la­riés ont rem­pli leur mis­sion, mal­gré la mise en place de gestes bar­rière dans des condi­tions pré­ci­pi­tées, sou­ligne-t-il, « Une exi­gence de qua­li­té is­sue de nos ra­cines pay­sannes et qui mé­rite une cer­taine re­con­nais­sance », sou­ligne-t-il, alors que l’in­see vient d’an­non­cer que le sec­teur a plu­tôt bien ré­sis­té à la crise, n’ac­cu­sant qu’un re­pli de 5 % de son ac­ti­vi­té.

Des ar­ti­sans mo­bi­li­sés

Terre d’en­tre­pre­neu­riat, la Bre­tagne dis­pose d’un tis­su d’en­tre­prises ar­ti­sa­nales (63 000) très dense. Des en­tre­prises à taille hu­maine, en­ra­ci­nées dans le ter­ri­toire et di­ri­gées par des ar­ti­sans in­ven­tifs et com­ba­tifs. « Certes, leur pre­mière in­quié­tude est à la fois fi­nan­cière et sa­ni­taire, mais j’ai été bluf­fé par leur mo­bi­li­sa­tion, confirme Gé­rald Mo­reau, conseiller à la Chambre de mé­tiers et de l’ar­ti­sa­nat des Côtes-d’ar­mor. Ils ne savent pas où ils vont, mais ils ont en­vie de se battre, de re­le­ver le dé­fi. Beau­coup d’entre eux ont de­van­cé les me­sures de pro­tec­tion sa­ni­taire. Conscients des risques, ils ont très vite cher­ché à se do­ter en masques, en vi­sières, en pan­neaux de pro­tec­tion en plexi­glas, et autres films plas­tiques. Ils sont res­tés lu­cides pour main­te­nir leur ac­ti­vi­té ».

Des en­tre­prises sou­dées

Re­grou­pées en ré­seau, les en­tre­prises bre­tonnes ont très tôt adhé­ré au prin­cipe d’une stra­té­gie col­lec­tive. « C’est ce que fait Pro­duit en Bre­tagne de­puis 27 ans, rap­pelle son pré­sident Loïc Hé­naff. Si notre la­bel ne nous sert pas main­te­nant, je ne sais pas à quoi on sert, ré­sume le pa­tron bre­ton. Non seule­ment nous al­lons ren­for­cer notre cam­pagne de pro­mo­tion dans les 800 su­per­mar­chés bre­tons, mais nous al­lons concen­trer nos ef­forts sur les so­cié­tés de ser­vices. Une ma­jo­ri­té jusque-là in­vi­sible (300 adhé­rents sur 430), ex­plique-t-il, car ne com­mer­cia­li­sant pas de pro­duits sur les­quels ap­po­ser le lo­go Pro­duit en Bre­tagne. Nous al­lons faire va­loir la pré­fé­rence ré­gio­nale pour toutes les en­tre­prises bre­tonnes. Je suis per­sua­dé que les taux de dé­faillance se­ront plus faibles en Bre­tagne qu’ailleurs », in­siste-t-il. Ce qui semble d’ores et dé­jà ac­quis. La der­nière note de conjonc­ture de l’in­see vient de dé­mon­trer que la Bre­tagne est la ré­gion mé­tro­po­li­taine la moins af­fec­tée par la crise.

Un éco­sys­tème nu­mé­rique

Le Poool à Rennes, la French tech Brest Plus qui fé­dère Brest, Mor­laix Lan­nion et Quim­per, la West Web Val­ley, le Pôle images et ré­seaux… La Bre­tagne peut s’ap­puyer sur un éco­sys­tème nu­mé­rique fa­vo­rable à l’éclo­sion de start-up et à la di­gi­ta­li­sa­tion de l’éco­no­mie. Ses cen­taines d’es­paces de co­wor­king, ses can­tines nu­mé­riques, ses pôles de re­cherches et dé­ve­lop­pe­ment sont au­tant de le­viers pour dif­fu­ser les nou­velles tech­no­lo­gies et rendre les en­tre­prises bre­tonnes plus agiles et plus com­pé­ti­tives. « Ce sont des mo­dèles ver­tueux, créa­teurs de va­leur, d’in­no­va­tion et d’em­plois », as­sure Ro­nan Le Moal, an­cien di­rec­teur du Cré­dit mu­tuel Ar­kéa.

Pho­to Fran­çois Des­toc

L’éco­no­mie bre­tonne peut s’ap­puyer sur son prin­ci­pal pi­lier : l’agroa­li­men­taire.

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