« Noces de feu à Plou­za­né » : votre feuille­ton quo­ti­dien

Le Télégramme - Châteaulin - - LA BRETAGNE À LIRE -

Avec les édi­tions Alain Bar­gain, Le Té­lé­gramme vous pro­pose de suivre chaque jour, un po­lar ré­gio­nal « Noces de feu à Plou­za­né ».

Qui vou­lait la mort de Si­mon Gal­lais, l’avo­cat pé­na­liste bres­tois ? Cet homme, semble-t-il sans his­toires, est re­trou­vé car­bo­ni­sé dans le coffre d’un vé­hi­cule un soir d’hi­ver. La dé­tec­tive Léa Mat­téi, em­bau­chée par la veuve de la vic­time va s’at­te­ler à ré­soudre ce casse-tête.

Suite du cha­pitre XLVI

«

Le té­lé­phone de Pa­trick vi­bra. C’était Marc qui ap­pe­lait.

- On a du nou­veau.

- Vous sa­vez où se trouve Léa ?

- Pas en­core mais on a l’iden­ti­té de la femme.

Elle re­fuse de par­ler mais mon ad­joint Ri­vière vient de ren­trer d’in­ter­ven­tion.

Mé­rieux, sur des char­bons ar­dents, ac­quies­ça.

- C’est lui qui l’a in­ter­ro­gée dans le cadre de l’enquête sur la mort de l’avo­cat. Il l’a re­con­nue. Il s’agit de Jane Le Gall, l’as­so­ciée de Si­mon Gal­lais.

Mé­rieux en­cais­sa la nou­velle. - Qu’est-ce qu’elle dit pour sa dé­fense ?

- Rien, elle est mu­tique. Si Gaël n’était pas ar­ri­vé entre-temps, on en se­rait en­core à in­ter­ro­ger le fi­chier pour trou­ver son iden­ti­té. Le com­pa­gnon de Léa don­na un coup de poing dans le mur.

- Bon sang, mais où est Léa ? Qu’est-ce qu’elle lui a fait ? Si vous avez be­soin d’aide pour l’in­ter­ro­ger, je suis là, lâ­cha-t-il les dents ser­rées. - On s’en oc­cupe et on ne va rien lâ­cher. Elle par­le­ra, conclut Guillerm d’une voix froide. Mé­rieux ran­gea son té­lé­phone et se pas­sa la main sur le vi­sage. Ber­tillon lui en­tou­ra les épaules et lui dit.

- Al­lez viens. J’ai une ca­fe­tière et un très bon Ara­bi­ca dans la salle de re­pos. Ve­nez aus­si, ajou­ta-t-il à l’adresse de Glo­ria.

Tous les trois se pré­pa­raient à de longues heures d’an­goisse. Pa­reil pour le com­man­dant Guillerm, qui ca­chait son in­quié­tude der­rière un masque im­pas­sible, et s’ap­prê­tait à une nuit d’in­ter­ro­ga­toire. Mais ses équi­piers, qui le connais­saient bien, sa­vaient qu’un vol­can cou­vait der­rière la fa­çade. Éric Du­mont ren­tra dans la salle d’in­ter­ro­ga­toire et fit signe à son com­man­dant de sor­tir quelques ins­tants pour lui par­ler. - Une femme vient de se pré­sen­ter au com­mis­sa­riat de Brest. Elle est in­quiète. C’est la nou­nou des deux pe­tites filles de Ma­dame Le Gall… Marc lui fit signe de conti­nuer. - Ma­dame Le Gall de­vait les ré­cu­pé­rer à 19 heures 30. Elle n’est pas ve­nue, n’a pas té­lé­pho­né ni ré­pon­du aux ap­pels et SMS.

- Et pour cause, sou­li­gna le mi­li­taire. Mer­ci Du­mont, c’est une bonne in­for­ma­tion qui va nous per­mettre de jouer sur un point sen­sible. Elle a dû cer­tai­ne­ment ve­nir à l’hô­pi­tal en voi­ture. J’ai lan­cé une re­cherche. Dès qu’on a l’im­mat’, prends un gars et al­lez la ré­cu­pé­rer. Pas­sez-la au peigne fin.

- Bien mon com­man­dant ! Marc re­tour­na in­ter­ro­ger Jane Le Gall mu­ni de cette nou­velle in­for­ma­tion. Ri­vière avait pris sa place en son ab­sence.

- Ma­dame Le Gall. La nou­nou de vos en­fants vient de se ma­ni­fes­ter. De­puis le dé­but de sa garde à vue Jane Le Gall dé­tour­nait la tête et se tai­sait obs­ti­né­ment. À ces mots, elle le­va le regard sur lui et le com­man­dant y dé­ce­la une lueur af­fo­lée. Ve­nait-elle de se sou­ve­nir de ses en­fants ? Il en­fon­ça le clou. - Elle se trouve au com­mis­sa­riat de po­lice avec les fillettes.

Il lais­sa la nou­velle faire son che­min.

- Votre vé­hi­cule va être re­trou­vé d’un ins­tant à l’autre. Nous avons votre iden­ti­té. Ça ne sert plus à rien de vous en­tê­ter. Dites-nous pour­quoi vous aviez le té­lé­phone por­table de Léa Mat­tei sur vous ?

La voix du com­man­dant avait ton­né dans la salle d’in­ter­ro­ga­toire. - Pen­sez à vos filles, ajou­ta-t-il. Il prit un do­cu­ment po­sé sur la table. Les in­for­ma­tions ve­naient du com­mis­sa­riat, four­nies par la nou­nou in­quiète.

- Leur père, Théo Leh­nard, se trouve en mis­sion hu­ma­ni­taire en Afrique et vous êtes sé­pa­rés de­puis la nais­sance de la plus jeune soit de­puis en­vi­ron 18 mois. Pen­sez à vos filles. Vous êtes avo­cate et vous sa­vez ce que vous ris­quez. Soyez co­opé­ra­tive et vous al­lé­ge­rez les charges pe­sant contre vous.

Il l’en­ten­dit res­pi­rer pro­fon­dé­ment. Elle mit ses mains sur son vi­sage pen­dant d’in­ter­mi­nables mi­nutes puis elle se dé­ci­da. D’une voix mo­no­corde elle lo­ca­li­sa Léa Mat­tei. Muet d’hor­reur en en­ten­dant le sort que lui avait ré­ser­vé Jane Le Gall, Marc Guillerm, ac­com­pa­gné d’un ad­joint, sor­tit de la BRB et fon­ça à la Ca­vale Blanche. Tan­dis que le gen­darme par­tait sur les cha­peaux de roues, les dents ser­rées, le regard fixe, Marc voyait dé­fi­ler les rues de Brest sans les voir. Il en­tra comme un fou dans le ser­vice de Ber­tillon. Le lé­giste s’ef­fa­ça de­vant lui. Mé­rieux sur ses ta­lons in­ter­ro­geait du regard.

- Elle est là, pro­non­ça le com­man­dant d’une voix étran­glée. Mé­rieux et Ber­tillon échan­gèrent un regard d’in­com­pré­hen­sion.

- Les ti­roirs, souf­fla Marc. Où son­tils ?

Ber­tillon com­prit d’un coup et fon­ça dans la salle ré­fri­gé­rée. Son regard ac­cro­cha un ti­roir qui dé­pas­sait lé­gè­re­ment. Deux cen­ti­mètres à peine. Il le ti­ra d’un coup. Le cha­riot rou­la. Une chaus­sure tom­ba au sol et le corps de Léa Mat­tei ap­pa­rut, blême et froid.

Cha­pitre XLVII

La dé­tec­tive fut im­mé­dia­te­ment prise en charge par la ré­ani­ma­tion. Elle res­pi­rait en­core fai­ble­ment. Ber­tillon, plus blanc que les car­re­lages de sa salle d’au­top­sie, avait com­men­cé les pre­miers gestes de se­cours. Vi­si­ble­ment Léa était par­ve­nue, in ex­tre­mis, à ap­puyer sur le sys­tème d’ou­ver­ture in­té­rieur. À bout de forces et en manque d’oxy­gène, vain­cue par les trois de­grés ré­gnant à l’in­té­rieur de la case ré­fri­gé­rée, elle avait per­du connais­sance.

Pa­trick Mé­rieux, ef­fon­dré, at­ten­dait tan­dis que le per­son­nel de la réa oeu­vrait pour ra­me­ner sa com­pagne à la vie. Marc Guillerm gar­dait son calme mais sa ten­sion ner­veuse se li­sait à ses man­di­bules ser­rées. In­quiet pour la mère de ses ju­meaux, il avait en­ter­ré la hache de guerre avec Pa­trick Mé­rieux. Ber­tillon et Glo­ria, ser­rés l’un contre l’autre, at­ten­daient avec eux. La jeune femme avait pré­ve­nu son père, pour qu’il ne s’in­quiète pas de son ab­sence. Très af­fec­té par l’in­for­ma­tion, le pro­cu­reur exi­geait des nou­velles de Léa, heure par heure. Le com­man­dant Guillerm les quit­ta lorsque l’état de Léa se fut sta­bi­li­sé, pour re­prendre l’in­ter­ro­ga­toire de l’avo­cate à la BRB. Il était pres­sé de com­prendre com­ment une avo­cate, ayant pi­gnon sur rue, en était ar­ri­vée à deux ten­ta­tives de meurtre en moins de deux heures.

(…)

Le cha­riot rou­la. Une chaus­sure tom­ba au sol et le corps de Léa Mat­tei ap­pa­rut, blême et froid.

Re­trou­vez de­main la suite du ro­man noir « Noces de feu à Plou­za­né », des édi­tions Alain Bar­gain.

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