Tra­vail et Co­vid-19 : ces femmes pro­vi­den­tielles et sous-payées

Nombre de mé­tiers « fé­mi­nins », d’or­di­naires in­vi­sibles, sont en « pre­mière ligne » face au co­ro­na­vi­rus. Et tou­jours aus­si sous-payés. Pour le Haut Con­seil à l’éga­li­té (HCE), il est grand temps de pas­ser des pa­roles aux actes.

Le Télégramme - Châteaulin - - ÉCONOMIE - Tan­gi Le­pro­hon avec AFP

T In­fir­mières, aides-soi­gnantes, aides à do­mi­cile, as­sis­tantes ma­ter­nelles, femmes de mé­nage, cais­sières : sur tous les conti­nents, l’épi­dé­mie, qui a mis à l’ar­rêt les usines et confi­né une bonne par­tie de la po­pu­la­tion mon­diale, a pro­pul­sé sur le de­vant de la scène ces pro­fes­sions en pre­mière ligne face au co­ro­na­vi­rus. Et je­té une lu­mière crue sur les condi­tions sa­la­riales ré­ser­vées à ces ba­taillons de femmes.

« Ces mé­tiers, qui font cou­rir des risques à celles qui les oc­cupent, sont sous ré­mu­né­rés alors même qu’ils s’avèrent les plus utiles », dé­plore la so­cio­logue Do­mi­nique Mé­da. Le constat n’est pas neuf mais vo­lon­tai­re­ment igno­ré dans un monde do­mi­né par les hommes. Auxi­liaire de vie dans les Py­ré­nées-orien­tales, Lae­ti­tia Maure a eu, au dé­but de la crise sa­ni­taire, « le sen­ti­ment d’être de la chair à ca­non » même si sa si­tua­tion s’est en­suite amé­lio­rée. Il n’em­pêche. « Pour 900 eu­ros nets par mois, on n’a pas en­vie de ris­quer sa vie », re­prend celle qui es­père une re­va­lo­ri­sa­tion sa­la­riale « au sor­tir de la pan­dé­mie ».

Comme si c’était dans l’ordre des choses

Rien n’est moins sûr. « On es­time que c’est dans la na­ture des femmes de prendre soin des autres, ce qui ex­plique que ces mé­tiers soient si peu consi­dé­rés et si mal ré­mu­né­rés », re­lève ain­si la phi­lo­sophe

Ca­mille Froi­de­vaux-met­te­rie. En France, dans la fonc­tion pu­blique hos­pi­ta­lière, elles consti­tuent 50 % du per­son­nel mé­di­cal (doc­teurs) et 80 % du per­son­nel soi­gnant (in­fir­mières, aides-soi­gnantes). Dans la dis­tri­bu­tion, sur les 350 000 hô­tesses et hôtes de caisses, 80 % sont des femmes. Elles forment 70 % des sa­la­riés dans l’en­tre­tien et le mé­nage. Elles re­pré­sentent aus­si 99 % des 450 000 as­sis­tantes ma­ter­nelles. Se­lon Ca­mille Froi­de­vaux-met­te­rie, la crise sa­ni­taire a per­mis de « prendre conscience que les tâches ab­so­lu­ment in­dis­pen­sables à la vie même de notre so­cié­té sont ma­jo­ri­tai­re­ment ac­com­plies par les femmes ».

En­fin à « la hau­teur des en­jeux » ?

Pour­tant, outre le manque de re­con­nais­sance sa­la­riale, ces mé­tiers « fé­mi­nins » sont mar­qués par « une dé­té­rio­ra­tion des condi­tions de tra­vail » sou­ligne la syn­di­ca­liste So­phie Bi­net (CGT). Pour le HCE, « c’est le mo­ment ou ja­mais de va­lo­ri­ser éco­no­mi­que­ment le soin et le ser­vice aux autres » en lan­çant « un grand chan­tier de re­mise à plat et de re­va­lo­ri­sa­tion (…) à la hau­teur des en­jeux ». En Al­le­magne, le sa­laire d’une in­fir­mière est su­pé­rieur de 10 % par rap­port au sa­laire moyen; de 28 % en Es­pagne. Et, en France, il est in­fé­rieur de 9 % à ce même sa­laire moyen. Le HCE « de­mande aux em­ployeurs pu­blics et re­com­mande aux par­te­naires so­ciaux, de re­va­lo­ri­ser, sans dé­lai, les grilles d’éva­lua­tion et les sys­tèmes de clas­si­fi­ca­tion des em­plois ma­jo­ri­tai­re­ment oc­cu­pés par des femmes, dans les sec­teurs du soin, de l’en­sei­gne­ment et du lien so­cial ».

Pho­to ar­chives Ni­co­las Creach/le Té­lé­gramme

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