LES FRITES SONT BOUDÉES LES STOCKS S’AC­CU­MULENT

les Fran­çais mangent moins de frites. Les pro­duc­teurs s’in­quiètent.

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE -

T « À cette époque-ci, nor­ma­le­ment, je n’ai plus rien », souffle Ch­ris­tophe De­le­barre, pro­duc­teur de pommes de terre dans le Pas-de­ca­lais, de­vant les 150 tonnes d’in­ven­dus dans son han­gar. De­puis la fer­me­ture des res­tau­rants, la consom­ma­tion de frites a chu­té en France et les agri­cul­teurs peinent à écou­ler leurs stocks. Ven­dre­di, 17 h. Des par­ti­cu­liers af­fluent dans la ferme d’em­ma­nuel Le­clercq à Co­mines (Nord), à la fron­tière belge, pour ache­ter des ki­los de pa­tates à 21 ou 40 cen­times. « Pour écou­ler notre pro­duc­tion, on nous conseille de les don­ner à man­ger aux ani­maux, mais je ne plante pas des pommes de terre pour les bêtes ! », s’agace l’agri­cul­teur. Alors, de­puis le 1er mai, il a mis en place un drive.

Four­nis­seur d’en­tre­prises belges, il ré­sume la si­tua­tion : « Nos contrats avec les in­dus­triels ont été ho­no­rés. Sauf que chaque an­née, nous avons un sur­plus de pro­duc­tion, d’en­vi­ron

20 %, qui d’ha­bi­tude trouve aus­si pre­neur au­près de l’in­dus­trie. Mais cette an­née, faute de vente de frites, les in­dus­triels n’ont pas de dé­bou­chés et n’achè­te­ront donc pas ce sur­plus. On se re­trouve alors avec des tonnes de pommes de terre sur les bras et per­sonne n’a de so­lu­tion ».

Mc­cain à la peine

Dans les usines Mc­cain, lea­der eu­ro­péen

de la frite sur­ge­lée, les lignes des­ti­nées à la frite sont qua­si­ment toutes à l’ar­rêt - « une ligne conti­nue de tour­ner à Harnes (Pas-de-ca­lais) pour ali­men­ter les grandes sur­faces », ex­plique Ch­ris­tian Van­de­rhey­den, di­rec­teur des ap­pro­vi­sion­ne­ments. L’en­tre­prise tra­vaille avec 990 pro­duc­teurs en France. Chaque an­née, elle leur achète 950 000 tonnes de pommes de terre, contre 100 000 de moins cette an­née, se­lon Ber­trand Achte, se­cré­taire gé­né­ral de l’union na­tio­nale des pro­duc­teurs de pommes de terre et pré­sident du Grou­pe­ment des pro­duc­teurs li­vrant Mc­cain (Gap­pi). « Dès que la res­tau­ra­tion hors foyer, qui re­pré­sente pour nous 70 % de nos ac­ti­vi­tés, s’est ar­rê­tée, les ventes se sont ef­fon­drées », re­late Ch­ris­tian Van­de­rhey­den, éga­le­ment pré­sident du Grou­pe­ment in­ter­pro­fes­sion­nel pour la va­lo­ri­sa­tion de la pomme de terre (GIPT). Certes, « les ventes en su­per­mar­ché ont aug­men­té, mais ça n’a pas com­pen­sé le reste ».

« Les frites se mangent es­sen­tiel­le­ment hors foyer, beau­coup de fa­milles au­jourd’hui n’ont même plus de fri­teuses ! », ajoute Ber­trand Achte, qui es­time à 200 mil­lions d’eu­ros les pertes pour la fi­lière.

« Re­ven­dues pour zé­ro eu­ro »

Alors, même l’in­dus­trie doit trou­ver des so­lu­tions pour écou­ler la mar­chan­dise ache­tée aux agri­cul­teurs. « On a dé­jà re­ven­du 60 000 tonnes pour l’ali­men­ta­tion du bé­tail, mais c’est à perte. Les contrats avec les agri­cul­teurs sont sur une base de 150 eu­ros la tonne et là, on re­vend à zé­ro eu­ro… ».

Pour Ber­trand Achte, « si on ne veut pas voir pour­rir les pommes de terre », l’état doit mettre 35 mil­lions d’eu­ros sur la table pour payer no­tam­ment le trans­port des in­ven­dus vers la fi­lière ani­male et la mé­tha­ni­sa­tion. « On consomme no­tam­ment plus d’élec­tri­ci­té pour que les pommes de terre res­tent mar­chandes », dit Ch­ris­tophe De­le­barre pro­duc­teur à Ri­che­bourg (Pasde-ca­lais) qui es­time ses pertes pour l’an­née entre 25 000 et 30 000 eu­ros. Pour s’adap­ter au mar­ché, l’agri­cul­teur a dé­jà rem­pla­cé 10 % de ses plan­ta­tions de pommes de terre par du maïs pour la sai­son pro­chaine.

Pho­to AFP

Ch­ris­tophe De­le­barre stocke 700 tonnes de pommes de terre sans sa­voir s’il pour­ra les vendre.

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