Du so­leil, des mer­guez et des re­trou­vailles

Le so­leil était bien pré­sent ce week-end en Bre­tagne et les bar­be­cues de sor­tie pour fê­ter les re­trou­vailles post-confi­ne­ment. Im­mer­sion joyeuse dans une fa­mille pon­ti­vyenne, où deux filles ont en­fin re­trou­vé leurs pa­rents, aux cô­tés d’un Mar­seillais et d

Le Télégramme - Châteaulin - - LA CRISE DU CORONAVIRU­S - Pierre Ber­nard

T L’ap­pé­tis­sant fu­met se pro­mène dans tout le quar­tier, cha­touillant les na­rines des plus gour­mands. Les chips craquent sous la dent et les rires éclatent comme un orage de fin de prin­temps. Bien­ve­nue chez les Le Men­tec, à Pon­ti­vy (56). Une fa­mille qui, comme tant d’autres, a cé­lé­bré, sa­me­di soir, la fin du confi­ne­ment, au­tour d’un bar­be­cue. Des re­trou­vailles au goût d’éter­ni­té et une soi­rée au par­fum d’été. Pour Ma­ry­vonne, la ma­man, et ses filles, Louise et Pauline, ce mo­ment res­te­ra gra­vé. « Je suis étu­diante à Vannes et la der­nière fois que j’ai vu mes pa­rents, c’était un mois avant le dé­but du confi­ne­ment », ex­plique Louise. « Alors, être ici, après tout ce temps, c’est sim­ple­ment mer­veilleux », se ré­jouit l’étu­diante van­ne­taise. « At­tendre si long­temps et se re­trou­ver en­fin ! Il n’y a vrai­ment rien de plus im­por­tant que la fa­mille », argue la ma­man, qui, sil­houette af­fai­rée, pré­pare l’apé­ri­tif : le bon­heur est une pe­tite chose qui se gri­gnote au­tour de ca­ca­huètes, d’un bon vin et au­près des siens. Le vin, jus­te­ment, c’est Loïc, pe­tit ami de Pauline, qui le sert. Après 55 jours de confi­ne­ment, sa coupe de che­veux est aus­si fleu­rie que son ac­cent : « Je suis de Mar­seille et suis res­té confi­né ici, en Centre-bre­tagne », ex­plique-t-il. Oh, pu­taing ! Beau joueur, il conçoit : « Mais fi­na­le­ment, en Bre­tagne, on n’est pas si mal. Sur­tout ce week-end, il fait beau temps ! ».

Les mer­guez sur le gril

Cette fois-ci, le Mar­seillais n’exa­gère pas : le so­leil brille et darde ses rayons comme ja­mais. « Ima­gi­nez s’il avait plu pour ce pre­mier week-end ! », ose Ju­lien. Lui, c’est le pe­tit co­pain de Louise. Il kiffe le PSG, n’en dé­plaise à son beau-frère mar­seillais. Et il pique les mer­guez comme Mbap­pé dribble le bal­lon : son geste est tech­nique et bi­gre­ment pré­cis. En at­ten­dant de les dé­gus­ter, dans ce jar­din bruyant comme une pou­pon­nière, on se jette sur les ca­ca­huètes comme un nour­ris­son sur le sein de sa mère. Les chips ont aus­si leur suc­cès mais pas au­tant que l’an­douille, qui, ça ne se dis­cute pas, vient de Guémené, la ville d’à-cô­té (56). Seul Loïc, le Mar­seillais, ne goûte que très peu le boyau de porc far­ci d’in­tes­tin et de chair… Ici, on ap­pelle ce­la un crime de breizh­ma­jes­té.

Les larmes aux pau­pières

Sur cette ter­rasse qui eut, 55 jours du­rant, bien du cha­grin, ça ri­gole et ça parle d’un peu de tout. De ce prin­temps qui passe trop vite, de ces che­veux qui sont trop longs et du bou­lot qu’il faut bien re­prendre. Larmes aux pau­pières, la ma­man ré­pète son bon­heur de re­trou­ver ses filles. Les gars, eux, parlent football. Il est 21 h et cha­cun voit mi­di à sa porte : pour l’un, Mar­seille est fan­tas­tique et pour l’autre, Pa­ris est im­bat­table. Ça se char­rie drô­le­ment. On ap­pelle ça la soif de rire. La soif de vivre. Sou­dai­ne­ment, les mines se font plus sé­rieuses, à l’évo­ca­tion des risques du dé­con­fi­ne­ment. « On est tous dans le doute », sait Pauline, sous un vent nais­sant qui rap­pelle que l’été n’est pas en­core ar­ri­vé.

Il est tard et au tour­nant de la nuit, on quitte les chips, les sou­rires, les mer­guez et cette fa­mille en joie. Sous un ciel de braise, on se dit que la vie, c’est tout sim­ple­ment ça.

Pho­to P. B.

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