L’ap­pren­tis­sage risque un coup d’ar­rêt bru­tal à la ren­trée

Alors que l’ap­pren­tis­sage avait connu un suc­cès re­cord au­près des jeunes en 2019, la crise risque de bri­ser cette dy­na­mique, se­lon ses pro­mo­teurs, qui de­mandent au gou­ver­ne­ment des « me­sures choc ».

Le Télégramme - Châteaulin - - ÉCONOMIE -

T Il y a trois mois seule­ment, la mi­nistre du Tra­vail Mu­riel Pé­ni­caud cé­lé­brait « la dy­na­mique ex­cep­tion­nelle » de l’ap­pren­tis­sage, avec 368 000 contrats si­gnés en 2019, un bond de 16 %, consé­quence de la bonne conjonc­ture et des pre­miers ef­fets de la ré­forme de 2018. Si cette hausse res­tait ti­rée par l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, l’ap­pren­tis­sage avait en­fin re­dé­mar­ré, après une dé­cen­nie dif­fi­cile, dans le se­con­daire, du CAP au bac pro, signe d’un chan­ge­ment d’image au­près des jeunes et de leurs fa­milles.

Cet es­sor au­rait dû se pour­suivre en 2020, por­té par l’ou­ver­ture de nom­breux centres de for­ma­tion d’ap­pren­tis (CFA) par les en­tre­prises elles

mêmes, une des nou­veau­tés de la ré­forme qui a li­bé­ra­li­sé le sec­teur. Mais le confi­ne­ment a com­plè­te­ment chan­gé la donne. Certes, des me­sures ont été prises pour que les ap­pren­tis gardent leur for­ma­tion et leur contrat de tra­vail (cours à dis­tance, exa­mens en contrôle conti­nu, ac­cès au chô­mage par­tiel). Mais se pro­file main­te­nant la ren­trée, avec la pers­pec­tive d’un coup d’ar­rêt bru­tal des offres des en­tre­pril’en­sei­gne­ment

ses. « Les pro­ces­sus de re­cru­te­ment dans les en­tre­prises sont à l’ar­rêt, ça va être dif­fi­cile de si­gner des contrats d’ap­pren­tis­sage en juin-juillet pour sep­tembre », re­doute Au­ré­lien Ca­diou, pré­sident de l’as­so­cia­tion na­tio­nale des ap­pren­tis de France (Anaf).

Pas de baisse d’in­té­rêt

Si les grands groupes vont conti­nuer à prendre des ap­pren­tis, sou­vent de su­pé­rieur, « les TPE vont être da­van­tage frap­pées par la crise alors qu’elles em­ploient beau­coup d’ap­pren­tis de ni­veau in­fé­rieur au bac, là où l’ef­fet de l’al­ter­nance sur l’in­ser­tion dans l’em­ploi est le plus fort », sou­ligne-t-il. Face à l’in­cer­ti­tude, « cer­tains col­lé­giens et ly­céens pré­fé­re­ront se re­plier sur la voie tech­no­lo­gique ou gé­né­rale », craint Au­ré­lien Ca­diou.

Les CFA, qui ont dû an­nu­ler leurs jour­nées portes ou­vertes, ne notent ce­pen­dant pas de baisse d’in­té­rêt. « On a or­ga­ni­sé des jour­nées vir­tuelles qui ont très bien mar­ché », té­moigne Jean-claude Bel­lan­ger, se­cré­taire gé­né­ral des Com­pa­gnons du De­voir. À dé­faut d’une hausse de 37 % de ses ef­fec­tifs comme en 2019, il table sur « un même ni­veau de re­cru­te­ment, ce qui se­rait dé­jà très bien. Ce qui va nous pé­na­li­ser, c’est l’em­ploi ».

Des « me­sures choc » de­man­dées d’ici juin

Pour évi­ter « une si­tua­tion cri­tique » à la ren­trée, L’UIMM (mé­tal­lur­gie), qui com­prend les fi­lières par­ti­cu­liè­re­ment tou­chées de l’au­to­mo­bile et de l’aé­ro­nau­tique. de­mande l’adop­tion de « me­sures choc » d’ici juin. L’une d’elles est l’ex­ten­sion de l’aide unique à l’ap­pren­tis­sage, ré­ser­vée aux en­tre­prises de moins de 250 sa­la­riés et aux ni­veaux bac et in­fé­rieur. Cette aide, de 4 125 eu­ros pour la pre­mière an­née d’un contrat, doit « être dou­blée et gé­né­ra­li­sée, quels que soient l’en­tre­prise et le di­plôme ».

De son cô­té, l’anaf de­mande la pro­lon­ga­tion de la pé­riode, ac­tuel­le­ment de trois mois, pen­dant la­quelle un jeune peut in­té­grer un CFA sans contrat. « Un al­lon­ge­ment à un an lais­se­rait à un jeune jus­qu’à l’été 2021 pour trou­ver une en­tre­prise », sou­ligne Au­ré­lien Ca­diou.

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