Tsai Ing-wen, le bou­clier taï­wa­nais face au Co­vid

Taï­wan ne dé­nombre, pour l’heure, que sept morts du co­ro­na­vi­rus. Un ré­sul­tat sans doute lié à la po­li­tique me­née par la pré­si­dente Tsai Ing-wen, ré­élue en jan­vier 2020, au grand dam de la Chine.

Le Télégramme - Châteaulin - - LA CRISE DU CORONAVIRU­S - Pierre Mon­cey

T Ré­élue haut la main en 2020, au grand dam de la Chine, Tsai Ing-wen, cette femme de 63 ans, pré­si­dente du par­ti dé­mo­crate pro­gres­siste, a fait de son pays, Taï­wan, un élève mo­dèle dans la ges­tion de la crise sa­ni­taire.

« Ce suc­cès n’est pas un ha­sard. C’est l’is­sue d’une com­bi­nai­son d’ef­forts des pro­fes­sion­nels de san­té, du gou­ver­ne­ment et du sec­teur pri­vé », écri­vait la pré­si­dente Tsai Ing-wen dans une tri­bune ac­cor­dée au ma­ga­zine Time, le 16 avril.

Si la crise a pu être me­née à bien sans confi­ne­ment de la po­pu­la­tion, c’est grâce no­tam­ment à une po­li­tique de tests mas­sive et un bon contrôle des ma­té­riels mé­di­caux.

« La si­tua­tion à Hong Kong a ser­vi de son­nette d’alarme »

Tsai Ing-wen a lan­cé, tout comme son en­com­brant voi­sin, « une di­plo­ma­tie du masque », en dis­tri­buant du ma­té­riel à l’eu­rope et aux Étatsu­nis. Des échanges qui agacent le pou­voir chi­nois en ve­nant concur­ren­cer sa di­plo­ma­tie d’in­fluence, lar­ge­ment ba­sée sur les Routes de la soie. Alors que la Chine n’a plus

Tsai Ing-wen, pré­si­dente de Taï­wan, est par­ve­nue à évi­ter une épi­dé­mie de masse dans son pays.

bonne presse, Taï­wan est en­cen­sé mé­dia­ti­que­ment.

Pour com­prendre le bras de fer qui op­pose Taï­wan et sa voi­sine, il faut re­ve­nir à 1949, au mo­ment où les com­mu­nistes de Mao Ze­dong ont obli­gé les forces du gé­né­ral Tchang Kaï-chek, lea­der du Kuo­min­tang, à fuir vers For­mose, l’île na­tio­na­liste op­po­sée à la Chine po­pu­laire. « Son in­dé­pen­dance n’a ja­mais été re­con­nue par Pé­kin. Alors que la si­tua­tion à Hong Kong a ser­vi de son­nette d’alarme, Tsai Ing-wen a été per­çue

comme une ga­rante de la sou­ve­rai­ne­té taï­wa­naise, ce qui a lar­ge­ment contri­bué à sa ré­élec­tion », ex­plique un spé­cia­liste de la ré­gion.

Mais re­ve­nons à la stra­té­gie taï­wa­naise exem­plaire qui lui a va­lu la re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale. Elle ré­side sur un maître mot : l’an­ti­ci­pa­tion. L’état a mul­ti­plié ses ef­forts d’en­quête afin de suivre l’his­to­rique des voyages et des contacts de chaque pa­tient, ai­dant à iso­ler et à conte­nir la conta­gion avant qu’une épi­dé­mie de masse ne soit in­évi­table. Taï­wan peut se tar­guer au­jourd’hui d’avoir seule­ment sept morts à dé­nom­brer.

Dans ce pays où la dis­ci­pline est reine, « les ir­res­pon­sables » qui bravent la qua­ran­taine sont tra­qués par les jour­na­listes qui n’hé­sitent pas à ré­vé­ler leur iden­ti­té. « Res­treindre la li­ber­té des uns, pour pro­té­ger la vie des autres », af­firme le di­rec­teur de la san­té et vice-pré­sident taï­wa­nais, Chen Chien-jen.

En Eu­rope, cette po­li­tique est moins évi­dente à ap­pli­quer.

Pho­to EPA

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