Com­ment re­prendre sans ob­jec­tif ?

Les ba­teaux sont re­mis à l’eau, les na­vi­ga­tions re­prennent et les en­traî­ne­ments bien­tôt. Mais des en­traî­ne­ments pour quels ob­jec­tifs ? Jeanne Gré­goire, en­traî­neure et coach men­tal, donne quelques pistes.

Le Télégramme - Châteaulin - - SPORTS - Aline Mer­ret

La sai­son avait presque dé­mar­ré quand tout à coup : plus rien ! Les pers­pec­tives com­mencent à ap­pa­raître pour les skip­pers : un Vendée Globe dont le dé­part est pré­vu le 8 no­vembre mais avec des in­cer­ti­tudes et une course le 4 juillet pour les uns, une So­li­taire du Fi­ga­ro tou­jours pro­gram­mée fin août-dé­but sep­tembre avec entre-temps peut-être d’autres courses pour les autres… Mais quand on est spor­tif de haut ni­veau et que les sai­sons sont très pro­gram­mées et or­ga­ni­sées, com­ment s’adapte-t-on men­ta­le­ment ? Jeanne Gré­goire, en­traî­neure et coach men­tal, a pu suivre l’évo­lu­tion de cer­tains skip­pers : « Il y a eu au dé­part de la si­dé­ra­tion, la sur­prise, en­suite il y a eu pas for­cé­ment de la

Jeanne Gré­goire, ici aux cô­tés de Ch­ris­tian Le Pape, donne quelques conseils pour une re­prise après plu­sieurs mois sans ob­jec­tifs. peur mais des ques­tion­ne­ments sur « que va-t-il se pas­ser ? » avant de trou­ver une forme d’or­ga­ni­sa­tion dans le confi­ne­ment. Et puis, je les ai sen­tis plus in­quiets à se de­man­der : quand on va re­prendre et qu’est-ce qu’on va re­prendre ? ».

« Ca­pables de s’adap­ter à des cir­cons­tances im­pré­vues »

Ils ont, dans un pre­mier temps, chan­gé d’ob­jec­tif : « Cer­tains en ont pro­fi­té pour pas­ser du temps en fa­mille et sur une an­née Vendée Globe, ça peut être im­por­tant.

D’autres ont bos­sé à fond la mé­téo, la pré­pa­ra­tion phy­sique. Ils sont en ef­fet ca­pables de s’adap­ter à des cir­cons­tances ex­cep­tion­nelles, im­pré­vues », ajoute-t-elle.

S’adap­ter, certes, mais un ath­lète de haut ni­veau a be­soin de com­pé­ti­tion, d’en­ga­ge­ment, d’ac­tions concrètes : « J’ai pro­po­sé deux séances au Pôle Fi­nis­tère Course au large pour es­sayer de leur ap­por­ter quelques pe­tites no­tions. On a tra­vaillé deux thé­ma­tiques dont une, qui à mon avis, était la plus in­té­res­sante : l’ima­ge­rie ». Si ce­la se fait beau­coup en For­mule 1 ou

en ski, c’est en­core peu ré­pan­du en voile : « C’est com­ment na­vi­guer sans na­vi­guer. Une des pra­tiques qu’uti­lisent les cou­reurs bles­sés ou quand tu n’as pas ton sup­port : comme les skieurs qui font de la vi­sua­li­sa­tion juste avant la des­cente ». Jeanne Gré­goire en est convain­cue, c’est un très bon moyen de conser­ver ses ac­quis : « Il y a un cou­reur qu’il l’a fait comme un vrai en­traî­ne­ment, en fait. Ce qui est ef­fi­cace, c’est de le faire tous les jours. C’est re­pro­duire une si­tua­tion que tu as vé­cue en es­sayant de la dé­cor­ti­quer pour re­trou­ver tous les re­pères dont tu avais conscience ou pas dans cette si­tua­tion. Ce qui m’in­té­resse, c’est de sa­voir pour­quoi : il y a une ma­nière de se mettre dans un état pour se re­trou­ver à nou­veau sur le ba­teau. Et quand la per­sonne est à nou­veau sur le ba­teau, mon bou­lot de pré­pa­ra­trice men­tale, c’est de po­ser des ques­tions et de faire sor­tir des choses que les cou­reurs n’ima­ginent peut-être même pas ».

« Avoir une ca­pa­ci­té à lâ­cher prise »

Il faut aus­si s’adap­ter aux si­tua­tions. Juste au dé­but du confi­ne­ment, Jeanne Gré­goire a pris part à une vi­so­con­fé­rence avec de nom­breux coachs : « Pas mal d’entre-eux étaient d’an­ciens spor­tifs de haut ni­veau et di­saient qu’il fal­lait des échéances. Sauf qu’en fait, il faut, et c’est peut-être propre à la course au large, aus­si avoir une ca­pa­ci­té à lâ­cher prise. Ça ne veut pas dire qu’on ne fait rien mais ça veut dire qu’on ac­cepte qu’on ne sait pas et qu’on tra­vaille pour main­te­nant et pas pour la ré­com­pense d’après ».

Un autre élé­ment de cette adap­ta­bi­li­té, c’est l’âge des cou­reurs au large : « Les jeunes de 22 ans ont eu plus de mal à gé­rer que ceux de 45. Quand tu as une dis­ci­pline où l’en­ga­ge­ment phy­sique est pri­mor­dial, le pu­blic est plus jeune et les autres pa­ra­mètres de la vie que ton sport est moins pré­sent. Alors que là, les cou­reurs au large ont un peu plus de re­cul ».

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