Une ki­né : « Nous ré­cu­pé­rons des si­tua­tions dé­gra­dées »

Les ki­nés ont re­pris le tra­vail, mais leur quo­ti­dien reste com­pli­qué. La Quim­pé­roise Ste­renn Houel pré­side la Fé­dé­ra­tion des mas­seurs­ki­né­si­thé­ra­peutes ré­édu­ca­teurs dans le Fi­nis­tère.

Le Télégramme - Châteaulin - - PAYS DE QUIMPER - Pro­pos re­cueillis par Ro­nan Lar­vor

Avez-vous re­trou­vé le rythme de tra­vail d’avant ?

Dès la fin avril, nous avions re­çu des mes­sages de l’ordre, pré­ci­sant les consignes sa­ni­taires. Nous avons com­men­cé à re­prendre contact, re­vu des pa­tients qui ne pou­vaient plus at­tendre. Ce­la s’est ac­cé­lé­ré après le 11 mai.

Avez-vous dû adap­ter l’ac­cueil ?

Il y a eu une ré­or­ga­ni­sa­tion des ca­bi­nets. Après chaque séance, il a fal­lu pré­voir un temps de dés­in­fec­tion com­plète du ma­té­riel, de la table, puis une aé­ra­tion de la pièce. Pour ceux qui tra­vaillent seul, c’était plus fa­cile que dans les ca­bi­nets où l’on est plu­sieurs. Je tra­vaille avec un col­lègue. Nous ne sommes plus sur les mêmes ho­raires. Quand un est à do­mi­cile, l’autre est au ca­bi­net. Nous avons dé­ca­lé nos rendez-vous pour que nos pa­tients ne se croisent ja­mais. Le tra­vail n’a donc pas re­pris nor­ma­le­ment. Par contre, la de­mande est là.

Êtes-vous bien équi­pés ?

De­puis le dé­con­fi­ne­ment, les do­ta­tions d’état en masques ont été aug­men­tées. Ce­la ne veut pas dire que les phar­ma­cies peuvent tou­jours suivre. Nous de­vons avoir 18 masques par se­maine dont 6 FFP2 (pro­té­geant ce­lui qui le porte). Mais comme les den­tistes ont aus­si re­pris et qu’ils ont plus be­soin de FFP2 que nous, il ar­rive sou­vent que nous n’en ayons pas. La se­maine der­nière, nous avons ob­te­nu seule­ment 12 masques chi­rur­gi­caux (an­ti-pro­jec­tions). C’est donc qu’il en manque aus­si. Les phar­ma­cies re­çoivent des masques mais le nombre de per­sonnes à qui elles doivent en dé­li­vrer, comme les pa­tients fra­giles, a aug­men­té.

Le choc fi­nan­cier se­ra-t-il amor­ti fa­ci­le­ment ?

Il va fal­loir du temps. Il y a des aides mais quand on re­garde les condi­tions, on constate de nom­breux mo­tifs d’ex­clu­sion. Il a fal­lu, par exemple, dé­duire les aides re­çues comme in­dem­ni­tés jour­na­lières pour garde d’en­fants. C’est bien d’avoir ob­te­nu ces aides en tant que pro­fes­sion li­bé­rale, mais elles ne couvrent pas tout à fait les charges fixes et en au­cun cas la par­tie pri­vée. On n’a pas de com­pen­sa­tion de re­ve­nus.

Il y a d’autres consé­quences ?

La plu­part des ki­nés ont an­nu­lé leur ap­pel à des rem­pla­çants pour cet été car ils vont tra­vailler. Les an­nu­la­tions de contrats s’ac­cu­mulent. Pour les jeunes di­plô­més, ce­la va être dif­fi­cile. Mais on s’est re­trou­vé deux mois sans ac­ti­vi­té. C’est comme si on avait pris nos va­cances.

Qu’at­ten­dez-vous du gou­ver­ne­ment ?

Nous de­man­dons une re­va­lo­ri­sa­tion

du ta­rif à l’acte, qui est dé­jà très bas, vu l’im­pos­si­bi­li­té d’avoir la même ac­ti­vi­té qu’avant et le sur­coût des équi­pe­ments pour tra­vailler. L’autre pro­blème des confrères, c’est la garde d’en­fants. Jus­qu’à ces der­niers jours, la pro­fes­sion de ki­né n’était pas ci­tée dans la liste des soi­gnants pou­vant bé­né­fi­cier d’une place à l’école. La se­maine der­nière en­core, cer­taines écoles ont re­fu­sé d’ac­cueillir des en­fants. Ce­la va être ré­glé.

Avez-vous ob­ser­vé des pro­blèmes chez les pa­tients ?

Nous ré­cu­pé­rons des si­tua­tions plus com­pli­quées, liées à des prises en charge dif­fé­rées. Cer­tains au­ront plus de mal à ré­cu­pé­rer et sur une plus longue pé­riode. L’autre point pro­blé­ma­tique est l’ac­cès aux mai­sons de re­traite et foyers pour per­sonnes han­di­ca­pées. On a beau être équi­pés, cer­tains éta­blis­se­ments res­tent fri­leux pour lais­ser y en­trer des pro­fes­sion­nels. Pour­tant, dans cer­tains éta­blis­se­ments, après deux mois sans soins, des si­tua­tions se sont dé­gra­dées.

Pho­to d’ar­chives Fran­çois Des­toc

« Nous ré­cu­pé­rons des si­tua­tions dé­gra­dées », as­sure la ki­né quim­pé­roise Ste­renn Houel.

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