AU­TO­MO­BILE : L’ÉLEC­TRO­CHOC ?

L’état dé­bloque 8 mil­liards d’eu­ros pour re­dres­ser le sec­teur. Suf­fi­sant ?

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE -

T « L’état ap­por­te­ra un peu plus de huit mil­liards d’eu­ros d’aide au sec­teur » de l’au­to­mo­bile, a dé­cla­ré le chef de l’état en pro­non­çant un dis­cours dans une usine de l’équi­pe­men­tier Va­leo, à Étaples (Pas-de-ca­lais). L’ob­jec­tif est de « faire de la France la pre­mière na­tion pro­duc­trice de vé­hi­cules propres en Eu­rope en por­tant à plus d’un mil­lion par an, sous cinq ans, la pro­duc­tion de vé­hi­cules élec­triques, hy­brides re­char­geables ou hy­brides dans le pays », a-t-il an­non­cé, au cô­té des mi­nistres de la Tran­si­tion éco­lo­gique, Éli­sa­beth Borne, et de l’éco­no­mie, Bru­no Le Maire.

Bo­nus et primes

Pour re­lan­cer les ventes, qui ont dé­grin­go­lé du­rant la crise, Em­ma­nuel Ma­cron a an­non­cé une hausse du bo­nus éco­lo­gique à 7 000 eu­ros pour l’achat de vé­hi­cules élec­triques par les par­ti­cu­liers et à 5 000 eu­ros pour les en­tre­prises, ain­si que la créa­tion d’un bo­nus de 2 000 eu­ros pour les hy­brides re­char­geables.

Est éga­le­ment pré­vu un ren­for­ce­ment du dis­po­si­tif de prime à la conver­sion qui bé­né­fi­cie aux mé­nages mo­destes pour l’achat d’un vé­hi­cule neuf contre la mise à la casse d’un vieux vé­hi­cule. « Un par­ti­cu­lier qui met au re­but son vé­hi­cule pol­luant die­sel ou es­sence » re­ce­vra une aide de 3 000 eu­ros, aug­men­tée à 5 000 eu­ros en cas d’achat d’un vé­hi­cule élec­trique, a-t-il ex­pli­qué. Se­lon le chef de l’état, les « trois quarts des Fran­çais se­ront éli­gibles », la me­sure s’ap­pli­quant à un re­ve­nu fis­cal de ré­fé­rence in­fé­rieur à 18 000 eu­ros net.

Pres­sion sur Re­nault

« Il s’agit d’un plan de dé­fense de notre em­ploi in­dus­triel, qui va être confron­té à l’une des plus graves crises de son his­toire. Il s’agit d’un plan de sou­ve­rai­ne­té in­dus­trielle au­to­mo­bile, qui a vo­ca­tion à re­lo­ca­li­ser de la va­leur ajou­tée (…) Et il s’agit donc bien d’un plan d’ave­nir de l’au­to­mo­bile, du XXIE siècle », a in­sis­té le chef de l’état. Il a pré­ci­sé que le plan de re­lance fran­co-al­le­mand d’en­vi­ron 500 mil­liards d’eu­ros, qu’il a pré­sen­té, la se­maine der­nière, avec An­ge­la Mer­kel, avait « vo­ca­tion à sou­te­nir les sec­teurs les plus en dif­fi­cul­té », comme l’au­to­mo­bile.

Au cours de son dis­cours, le Président a ré­cla­mé à Re­nault que « l’en­semble des sa­la­riés des sites de Mau­beuge et de Douai (Nord) puissent avoir toutes les ga­ran­ties sur leur ave­nir » au sein du groupe, alors que les in­quié­tudes montent dans les Hauts-de-france. Le prêt de cinq mil­liards d’eu­ros ga­ran­ti par l’état pro­mis au construc­teur « ne sau­rait être consen­ti » avant que « n’abou­tissent » les né­go­cia­tions qui doivent dé­bu­ter, lun­di, au­tour du mi­nistre de l’éco­no­mie, Bru­no Le Maire, a-t-il aver­ti. Le groupe au lo­sange doit dé­voi­ler, ven­dre­di, les contours d’un plan d’éco­no­mies de deux mil­liards d’eu­ros, an­non­cé en fé­vrier. Em­ma­nuel Ma­cron a, par ailleurs, an­non­cé que Re­nault avait ac­cep­té « de re­joindre le pro­gramme eu­ro­péen de bat­te­ries élec­triques » por­té par son concur­rent PSA (Peu­geot, Ci­troën, Opel) et le groupe Saft, fi­liale de To­tal. Cette dé­ci­sion fait par­tie des en­ga­ge­ments exi­gés par l’état fran­çais afin de pro­mou­voir la pro­duc­tion en France, en contre­par­tie des aides ap­por­tées à la fi­lière.

« Il s’agit d’un plan de dé­fense de notre em­ploi in­dus­triel, qui va être confron­té à l’une des plus graves crises de son his­toire ».

900 000 em­plois di­rects et in­di­rects

Avant son dis­cours, Em­ma­nuel Ma­cron a vi­si­té les chaînes de cette usine où 1 500 em­ployés pro­duisent huit mil­lions d’al­ter­na­teurs et al­ter­no-dé­mar­reurs par an, un toutes les sept se­condes en­vi­ron. 80 % d’entre eux partent à l’ex­por­ta­tion. Dans la ma­ti­née, il avait échan­gé à l’ély­sée avec Jean-do­mi­nique Sé­nart, le P-DG de Re­nault, puis avec une

EM­MA­NUEL MA­CRON

tren­taine de res­pon­sables de la fi­lière au­to­mo­bile sur les me­sures à prendre pour sor­tir du ma­rasme cette fi­lière, qui re­pré­sente 400 000 em­plois di­rects et 900 000 au to­tal.

Mo­bi­li­sa­tion à Mau­beuge

Xa­vier Ber­trand et des élus du Nord, dont deux dé­pu­tés LREM, se sont mo­bi­li­sés, mar­di après-mi­di, avec des sa­la­riés, contre le pos­sible « dé­man­tè­le­ment » de l’usine Re­nault de Mau­beuge, les « exi­gences » for­mu­lées au même mo­ment par Em­ma­nuel Ma­cron au construc­teur au­to­mo­bile ne les ras­su­rant pas com­plè­te­ment. « Sur­pris », « in­quiets » ou « fu­rieux », quelque 250 per­sonnes de Mau­beuge construc­tion au­to­mo­bile ont mar­ché en di­rec­tion du site après avoir dé­cou­vert, la veille au soir, dans la presse, des « ru­meurs » sur un pro­jet de trans­fert de l’ac­ti­vi­té d’as­sem­blage vers Re­nault-douai, à 70 km de là.

« Fausse route » se­lon les ONG

Les ONG de dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment ont re­gret­té, quant à elles, le manque d’am­bi­tion cli­ma­tique du plan an­non­cé par Em­ma­nuel Ma­cron, dé­non­çant des me­sures « contre-pro­duc­tives ». Le plan « fait fausse route et per­pé­tue une dé­pen­dance né­faste à la voi­ture in­di­vi­duelle, qu’elle soit élec­trique, hy­bride ou ther­mique, in­com­pa­tible avec la tran­si­tion éco­lo­gique et so­ciale », a dé­non­cé Green­peace France. Des cri­tiques par­ta­gées par le Ré­seau Ac­tion Cli­mat. La Fon­da­tion Ni­co­las Hu­lot a éga­le­ment dé­non­cé « trop de me­sures contre-pro­duc­tives », es­ti­mant que l’ar­gent pu­blic « ne de­vrait plus conti­nuer à en­cou­ra­ger l’usage des vé­hi­cules ther­miques ». L’ONG a tou­te­fois sa­lué des « en­ga­ge­ments forts » pour faire de la France « le pre­mier pays pro­duc­teur de vé­hi­cules élec­triques en Eu­rope ».

Photo AFP

Photo EPA

Em­ma­nuel Ma­cron, lors de sa vi­site, mar­di, de l’usine de l’équi­pe­men­tier Va­leo, à Étaples (Pas-de-ca­lais).

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