Fé­ry : « J’ai confiance dans la force du foot fran­çais»

For­te­ment im­pac­té par la crise du Co­vid-19, le foot­ball pro­fes­sion­nel fran­çais pour­rait re­pen­ser de nom­breux do­maines. Cin­quième et der­nier vo­let sur « le foot d’après » avec Loïc Fé­ry, le pré­sident d’un FC Lo­rient bien­tôt de re­tour en Ligue 1.

Le Télégramme - Châteaulin - - SPORTS - Ar­naud Le Sauce

Pour­quoi le PGE (Prêt Ga­ran­ti par l’état) était-il si es­sen­tiel pour les clubs fran­çais ?

Entre la perte des droits TV, la billet­te­rie, le spon­so­ring et l’im­pact at­ten­du du mer­ca­to, il est es­ti­mé que les clubs pros fran­çais vont af­fi­cher au moins 500 M€ de pertes sur cet exer­cice uni­que­ment. Les clubs sont pri­vés de re­ve­nus en gar­dant des charges iden­tiques, ce qui pro­voque un trou et des pro­blèmes de tré­so­re­rie. Le Prêt Ga­ran­ti par l’etat (PGE) ré­pond à une so­lu­tion d’ur­gence qui per­met de faire face à la fin de sai­son. Mais ce prêt n’est qu’une avance de tré­so­re­rie...

On a vu ap­pa­raître une crise de gou­ver­nance au sein de la LFP, que pré­co­ni­sez-vous concer­nant l’évo­lu­tion de sa struc­ture ?

Cette crise sa­ni­taire est to­ta­le­ment in­édite, avec une di­men­sion très com­plexe et par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile à gé­rer. L’épreuve que nous tra­ver­sons mène ce­la dit au constat par­ta­gé qu’il faut sim­pli­fier la gou­ver­nance du foot­ball pro­fes­sion­nel, en cla­ri­fiant les rôles et en concen­trant les res­pon­sa­bi­li­tés au­tour d’un or­gane de dé­ci­sion af­fir­mé. Même la Ligue se­rait plus forte avec un seul pa­tron et ce n’est pas une ques­tion de per­sonnes. Les pro­prié­taires de clubs prennent les risques, donc ils doivent être en me­sure de plus in­fluer sur les dé­ci­sions qui s’im­posent. L’or­ga­ni­sa­tion doit aus­si re­po­ser sur des prin­cipes de so­li­da­ri­té et ga­ran­tir l’in­té­rêt gé­né­ral du foot­ball.

Quel rôle doivent jouer à l’ave­nir les syn­di­cats de clubs et quelle forme doit prendre cette or­ga­ni­sa­tion ?

A mon sens, il faut uni­fier les syn­di­cats de clubs : un seul suf­fit. Les clubs de Ligue 1 gé­rant la Ligue 1, et les clubs de Ligue 2 gé­rant la L2 et les clubs de Na­tio­nal qui ont gar­dé le sta­tut pro­fes­sion­nel. Un tel fonc­tion­ne­ment ap­por­te­rait beau­coup de flui­di­té. Vu les en­jeux ac­tuels et à ve­nir qui sou­lèvent des su­jets ma­jeurs, nous de­vons construire une vi­sion com­mune et so­lide qui serve l’ave­nir de nos clubs et ce­lui du foot­ball. Il faut être prag­ma­tique et re­con­naître, certes, que quelques clubs comme le PSG, L’OM et L’OL tirent la L1 vers le haut mais aus­si que les autres doivent bé­né­fi­cier d’une re­dis­tri­bu­tion com­pé­ti­tive.

Pour moi, il est tout à fait com­pa­tible d’être un ac­teur de la créa­tion d’une so­cié­té com­mer­ciale sur le mo­dèle de la Pre­mier League an­glaise et de mi­li­ter aus­si pour une ré­par­ti­tion plus équi­table in­tra L1 - comme je l’ai fait en 2016 et cette an­née - ou pour une re­dis­tri­bu­tion en L2 - comme nous l’avons en­vi­sa­gée ces der­niers jours. C’est es­sen­tiel pour la com­pé­ti­ti­vi­té des cham­pion­nats.

La DCNG a af­fi­ché sa vo­lon­té de ren­for­cer ses cri­tères. Etait-ce un mo­ment ju­di­cieux pour cette évo­lu­tion ?

La DNCG a rai­son de jouer son rôle pour évi­ter aux clubs de se re­trou­ver en grande dif­fi­cul­té éco­no­mique. Mais elle doit aus­si com­prendre qu’en cette pé­riode de crise et de lourdes pertes fi­nan­cières, il faut lais­ser aux clubs le temps de re­cons­ti­tuer leurs fonds propres et que ce­la pren­dra plus d’un an. Il faut ac­com­pa­gner le chan­ge­ment et prendre en compte ces pa­ra­mètres.

Par ailleurs, je pense que la DNCG doit ai­der à la mise en place de me­sures pro­té­geant plus les clubs à l’ave­nir, no­tam­ment en cas de nou­velle in­ter­rup­tion du cham­pion­nat. Les der­niers échanges que j’ai eus avec Jean-marc Mi­cke­ler (pré­sident de la DNCG) vont dans ce sens.

En­fin, mal­gré un deuxième titre mon­dial, la place des clubs fran­çais n’a guère évo­lué sur l’échi­quier eu­ro­péen. Quels en sont les causes et que pour­rions-nous faire ?

Ce deuxième titre de cham­pion du monde a per­mis au foot­ball fran­çais de rayon­ner dans le monde en­tier de la plus belle des ma­nières. Le titre date de 2018, soit seule­ment une sai­son pleine pour nos clubs fran­çais de­puis. Le PSG et L’OL sont tou­jours dans la course en Ligue des cham­pions cette an­née et il faut sou­hai­ter qu’ils réus­sissent leur par­cours eu­ro­péen. Mal­gré les dif­fi­cul­tés éco­no­miques ac­tuelles, j’ai confiance dans la force du foot­ball fran­çais, no­tam­ment car dans cette pé­riode com­pli­quée, le rôle de la for­ma­tion au sein des clubs se­ra en­core plus im­por­tant. Il ne m’éton­ne­rait pas que nous voyions les clubs fran­çais en réus­site sur le plan eu­ro­péen dans les deux - trois pro­chaines an­nées.

Pho­to ar­chives Ni­co­las Créach

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