« Ce soir-là, elle a don­né les coups mais, avant, c’est elle qui les pre­nait »

Cette pa­tronne d’un bar du Cap-si­zun avait don­né un coup de crosse de fu­sil à son com­pa­gnon, lors d’une soi­rée où ils avaient tous les deux 1,80 g d’al­cool dans le sang. Elle a été condam­née, ce jeu­di, par le tri­bu­nal de Quim­per, à du sur­sis.

Le Télégramme - Châteaulin - - CHEZ VOUS - Hé­lène Ca­roff

« C’est un dos­sier de vio­lences conju­gales par­ti­cu­lier parce que c’est une femme qui a por­té les coups », fait re­mar­quer le pro­cu­reur Le­moine, en ce jeu­di, fin d’après­mi­di, au tri­bu­nal de Quim­per. À la barre où elle s’est avan­cée dis­crè­te­ment avant que son dos­sier ne soit ap­pe­lé, la Ca­piste âgée de 44 ans re­garde droit de­vant elle. Pre­mier dé­cembre 2019, dans le Cap-si­zun. La qua­dra­gé­naire est avec l’homme qu’elle connaît de­puis vingt ans, dans son bar. Les deux « sont en couple de temps en temps », ap­puie Me Guillerme, son con­seil. Ils ont bu et ont l’in­ten­tion de conti­nuer la soi­rée dans un autre dé­bit de bois­sons, après avoir fer­mé le bar, à 23 h. Sauf que le grillage mé­tal­lique du com­merce est blo­qué. La te­nan­cière, pour qui son com­merce est « toute sa vie », re­fuse de par­tir. Son com­pa­gnon, lui, de l’ai­der.

Elle se rend à l’étage, ré­cu­père le fu­sil de chasse de son père et re­des­cend avec l’arme et des car­touches de ca­libre 12, « pour mon­ter la garde ». Une dis­pute éclate. Son com­pa­gnon es­saie de lui prendre l’arme des mains, une balle part se lo­ger dans le pla­fond et l’homme re­çoit un coup de crosse en bois dans le vi­sage, puis des gifles.

Il est 2 h 50 quand les gen­darmes re­çoivent un coup de fil de ce der­nier, avant que la qua­dra­gé­naire ne leur si­gnale des vio­lences mu­tuelles. À l’ar­ri­vée des mi­li­taires, les deux « s’en­gueulent », la crosse en bois est fra­cas­sée, l’arme re­trou­vée sous une voi­ture et l’homme a l’ar­cade sour­ci­lière et un oeil tu­mé­fié. Ils sont em­bar­qués. Ils ont tous les deux une al­coo­lé­mie de 1,80 g.

Il l’a frap­pée

« au moins dix fois »

Les dis­putes ? « Ça ar­rive, oui. Quand il y a de l’al­cool, c’est plu­tôt lui… ». Elle ne boit que cer­tains sa­me­dis soir, quand elle ne tra­vaille pas le len­de­main. « Je suis al­lée voir une ad­dic­to­logue en jan­vier, elle m’a dit que ça ne ser­vait à rien de re­ve­nir ».

Aux en­quê­teurs, elle a ex­pli­qué que son com­pa­gnon, qu’elle a de­puis ces­sé de voir, avait dû la frap­per « au moins dix fois ». Un coup de cou­teau au vi­sage, des côtes cas­sées. Elle n’a ja­mais por­té plainte. « Ce soir-là, elle a don­né les coups mais, avant, c’est elle qui les pre­nait, ap­puie Me Guillerme, tan­dis que sa cliente s’es­suie les yeux. Elle a cra­qué sous le coup de l’al­cool parce que c’était trop ». Elle de­mande une « peine juste » : « Huit mois comme les ré­qui­si­tions, c’est ex­trê­me­ment sé­vère ».

Elle est écou­tée. Sa cliente est condam­née à quatre mois de pri­son avec sur­sis et a l’in­ter­dic­tion de por­ter une arme pen­dant cinq ans. « Il fau­drait re­dire aux gen­darmes ce que vous leur avez dit en dé­cembre : le coup de cou­teau, les côtes cas­sées », conclut, dou­ce­ment, la pré­si­dente Sé­ve­rine De­bordes.

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