Les agents de la CPAM en­quê­teurs sa­ni­taires

Dans la lutte contre la pro­pa­ga­tion du Co­vid-19, les agents des Caisses pri­maires d’as­su­rance ma­la­die mènent l’en­quête au­près des pa­tients et leur en­tou­rage. Re­por­tage dans le Mor­bi­han.

Le Télégramme - Châteaulin - - MONDE - FRANCE - Fan­ny Co­con­nier

T « Bon­jour, je vous ap­pelle de la Caisse pri­maire d’as­su­rance ma­la­die (CPAM). Je suis char­gée de réa­li­ser l’en­quête sa­ni­taire des­ti­née à dé­tec­ter les risques de trans­mis­sion du vi­rus Co­vid ». Mi­cro-casque sur la tête, Isa­belle Tan­guy est en ligne avec une femme d’une cin­quan­taine d’an­nées. Res­sen­tant des symp­tômes sus­pects lun­di, elle a réa­li­sé un test de dé­pis­tage au Co­vid mer­cre­di. Le ré­sul­tat vient de tom­ber sur l’or­di­na­teur d’isa­belle : cette quin­qua­gé­naire est ce qu’on ap­pelle ici un pa­tient po­si­tif 0 (zé­ro). Aler­tée par le mé­de­cin trai­tant, l’as­su­rance ma­la­die dis­pose de quatre heures pour lan­cer ses in­ves­ti­ga­tions. La ré­ac­ti­vi­té est le maître-mot de ces en­quê­teurs sa­ni­taires. Leur ob­jec­tif : cas­ser des chaînes de conta­mi­na­tion. « Nous ne sommes pas dans une épi­dé­mie comme la grippe où le vi­rus s’étale dou­ce­ment », ex­plique Mo­ha­med Az­gag, di­rec­teur gé­né­ral de la CPAM du Mor­bi­han. « Là, même si le vi­rus cir­cule à bas bruit, ce­la peut re­par­tir très vite avec

La CPAM du Mor­bi­han a la par­ti­cu­la­ri­té d’abri­ter le centre na­tio­nal des soins à l’étran­ger. Elle tra­vaille ain­si avec de nom­breux in­ter­prètes. Dans cette pé­riode, ils sont mis à contri­bu­tion pour ap­pe­ler des pa­tients ne par­lant pas fran­çais, par­tout dans le pays. Ci-des­sus, Bag­dat Co­ban, in­ter­prète turque, échange avec un pa­tient des Yve­lines.

un clus­ter ».

Iden­ti­fier les cas contacts

Isa­belle Tan­guy pour­suit son ques­tion­naire à l’adresse de la quin­qua­gé­naire : « Pou­vez-vous nous ci­ter les per­sonnes avec qui vous avez été en contact 48 heures avant l’ap­pa­ri­tion des symp­tômes ? » Son in­ter­lo­cu­trice dé­nombre cinq per­sonnes avec qui elle est res­tée plus de

quinze mi­nutes, sans réelles me­sures bar­rières. Elles se­ront ap­pe­lées à leur tour, dans les 24 heures. Pour al­ler plus vite que le vi­rus. Des ap­pels qui créent sou­vent la sur­prise. Isa­belle leur de­man­de­ra de se faire tes­ter et leur in­di­que­ra les pré­cau­tions à prendre. « Nous ten­tons d’ac­com­pa­gner les cas contacts au maxi­mum », sou­ligne Laë­ti­tia Je­han­no, res­pon­sable de la pla­te­forme contact

Co­vid 56. « Nous leur pro­po­sons un pa­ckage (pro­gramme com­plet) pour leur fa­ci­li­ter les dé­marches. Nous nous as­su­re­rons qu’ils se sont fait tes­ter à leur tour ». Cer­tains de­vien­dront alors de nou­veaux pa­tients 0, pour les­quels une nou­velle en­quête dé­bu­te­ra. De­puis l’ins­tal­la­tion de cette pla­te­forme le 13 mai, 65 nou­veaux pa­tients ont ain­si été ap­pe­lés dans le

Mor­bi­han. Au­tour d’eux, 230 cas contacts ont été iden­ti­fiés. C’est de­puis cette cel­lule qu’ont été ap­pe­lées, no­tam­ment, les per­sonnes de l’en­tou­rage du pe­tit gar­çon de l’école de Car­nac, contrô­lé po­si­tif.

res­ter vi­gi­lants

98 agents se sont por­tés vo­lon­taires, la moi­tié est opé­ra­tion­nelle. Du lun­di au di­manche, jours fé­riés com­pris, ils sont une di­zaine à as­su­rer la per­ma­nence. En dix jours, la pla­te­forme a été créée, les agents et cadres ont été for­més. Ils suivent un pro­to­cole d’in­ter­ro­ga­toire très pré­cis. Sans moyen de coer­ci­tion, ils doivent, avec pé­da­go­gie, faire en sorte que leurs in­ter­lo­cu­teurs se confient. « Nous avons face à nous des ci­toyens qui peuvent re­fu­ser de nous don­ner les noms des per­sonnes contacts », confirme Mo­ha­med Az­gag. « Mais nous sommes un ser­vice pu­blic, ha­bi­tué à la re­la­tion avec les as­su­rés. Nous ne sommes pas des po­li­ciers. » En trois se­maines, seul un in­ter­lo­cu­teur a re­fu­sé de don­ner des in­for­ma­tions. La CPAM l’as­sure : ces don­nées sont pro­té­gées. Avec la baisse de la cir­cu­la­tion du vi­rus, le dis­po­si­tif d’en­quête a été al­lé­gé. Les agents mor­bi­han­nais peuvent prê­ter main-forte à leurs col­lègues de zones plus ex­po­sées. Ils ont ain­si épau­lé la CPAM des Côtes-d’ar­mor dans l’en­quête sur les 115 cas re­le­vés dans un abat­toir. Mais la pru­dence de­meure après la deuxième phase du dé­con­fi­ne­ment. Mo­ha­med Az­gag l’a bien en tête : « Ça peut re­par­tir très vite. Nous res­tons très vi­gi­lants ».

La vi­déo

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