Ma­le­vu­rus, contri­bu­tion des­si­née de C. Ké­ri­vel

Charles Ké­ri­vel a des­si­né des scènes de la vie penn-sar­din pas­sée qui mettent à l’hon­neur le par­ler douar­ne­niste. Trente-six des­sins ont été mis en ligne sur une page Fa­ce­book, cha­cun étant in­vi­té à ap­por­ter sa tra­duc­tion. Ils sont mis en vente au pro­fit

Le Télégramme - Châteaulin - - DOUARNENEZ - Ro­nan Lar­vor

Ils sont six sur le fa­meux « banc des raouenn » face au Ros­meur et parlent du monde qui va, c’est-àdire de Douar­ne­nez. « Moi, j’ai connu son père sur le Poenn di­ra­pi. Il sa­vait di­ras­trer le pois­son. Mais le fils, c’est un mor­ceau de pain per­du. Da vad, un torr reor de pre­mière… » L’ac­cent douar­ne­niste en­va­hi ce des­sin de Charles Ké­ri­vel re­pré­sen­tant un dia­logue entre vieux ma­rins as­sis face à la mer. Sous le des­sin, sur la page Fa­ce­book, Jac­que­line, Ca­the­rine, Ar­lette et les autres pro­posent une tra­duc­tion in­tel­li­gible pour les non-douar­ne­nistes de ce bre­ton-fran­çais in­imi­table. C’est ce monde d’avant que Charles Ké­ri­vel a vou­lu trans­mettre en images pen­dant ces deux mois, hors du temps, de pan­dé­mie. De­puis le mois d’avril, 36 des­sins ont été pu­bliés, sus­ci­tant de mul­tiples com­men­taires doctes ou amu­sés. Ici, les femmes portent la coiffe et il y a en­core du pois­son dans la baie. Ça pi­cole sec et ça mé­dit du voi­sin, le

tout avec un ac­cent qui ré­sonne de moins en moins au­tour des halles.

« Un par­ler qui se meurt »

« J’ai été en­cou­ra­gé par les com­men­taires », sou­ligne l’ar­tiste oc­to­gé­naire qui ex­plique avoir ap­pris ces mots dans les an­nées 1950, quand il était mousse sur les ba­teaux de pêche. « Y a eu du berc’h, cer­tains jours à ca­ler sur des mots à dreuz. C’est fou de consta­ter com­bien ce par­ler reste in­crus­té dans la mé­moire des Douar­ne­nistes - d’un cer­tain âge tout de même ! Car, au-de­là des mots, reste pour beau­coup la sur­vi­vance d’une époque pas si loin­taine et qui n’a plus rien à voir avec celle d’au­jourd’hui… »

« Les tra­duc­tions ap­por­tées étaient d’ailleurs par­fois contra­dic­toires », ajoute le des­si­na­teur. « C’était presque une joute entre connais­seurs ». Trou­ver le mot juste pour tra­duire un terme bre­ton créo­li­sé n’était pas simple d’au­tant que de mul­tiples nuances liées aux cir­cons­tances de son em­ploi ont tou­jours exis­té. « Le mot douar­ne­niste ‘‘splamb’’ (du

bre­ton ‘’splann’’) si­gni­fie à la fois ‘’su­per’’ ou ‘’per­fec­tion­né’’ » illustre Charles Ké­ri­vel.

« Il y a là un par­ler qui meurt avec les gens de mon âge. Heu­reu­se­ment, il y a les pièces de théâtre de la troupe Ca­fé Pain Beurre », ajoute-t-il. Charles Ké­ri­vel a lui-même tou­jours été un trans­met­teur de ce pa­tri­moine oral dans la veine creu­sée par René Pi­cha­vant. « En 1978, les 1 500 exem­plaires de ma pre­mière bande des­si­née sur le su­jet s’étaient écou­lés en une se­maine », se rap­pelle-t-il.

20 € le des­sin

L’opé­ra­tion a été un suc­cès sur la page Fa­ce­book d’un site douar­ne­niste. Charles Ké­ri­vel a dé­ci­dé de clore l’ex­pé­rience avec la sor­tie de crise en met­tant en vente ces 36 des­sins au prix de 20 € pièce, au pro­fit des Eh­pad douar­ne­nistes via le centre hos­pi­ta­lier. Les ama­teurs doivent adres­ser à l’au­teur un chèque à l’ordre du Tré­sor pu­blic, à son adresse : Charles Ké­ri­vel, 3, rue Théo­phile-gau­tier, 29 200 Brest.

L’un des 36 des­sins de Charles Ke­ri­vel. (Droits ré­ser­vés).

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