Les nou­velles re­cettes pour l’ali­men­ta­tion de de­main

« Moins de viande, plus de lé­gu­mi­neuses pour main­te­nir l’ap­port en pro­téines » : dans un rap­port, le sé­na­teur du Fi­nis­tère Jeanluc Fi­chet es­quisse le pro­fil de ce à quoi pour­rait res­sem­bler l’ali­men­ta­tion de de­main.

Le Télégramme - Châteaulin - - ÉCONOMIE - Pro­pos re­cueillis par Laurent Aqui­lo

Pour­quoi ce rap­port sur l’ali­men­ta­tion du­rable ?

Au sein de la dé­lé­ga­tion à la pros­pec­tive, j’ai été ame­né à faire un tra­vail sur l’agri­cul­ture de de­main. Et Fran­çoise Car­tron, sé­na­trice de Gi­ronde, tra­vaillait sur l’ali­men­ta­tion. On a as­so­cié nos deux su­jets. Depuis sep­tembre, on a conduit plus de 40 au­di­tions sur l’ali­men­ta­tion du­rable. On a ren­con­tré tous les par­te­naires du monde agri­cole, les scien­ti­fiques et cher­cheurs, l’agri­cul­ture bio­lo­gique et rai­son­né, pour sor­tir ce rap­port qui abou­tit sur 20 pro­po­si­tions qui, on l’es­père, pour­rait dé­bou­cher sur un pro­jet de loi. Le monde de l’agroa­li­men­taire a, lui, été beau­coup plus ti­mide. Eux sou­hai­taient nous pré­sen­ter ce qu’ils fai­saient, mais pas for­cé­ment ré­pondre à nos ques­tions.

Vous ac­tez dans ce rap­port la fin du mo­dèle agri­cole tra­di­tion­nel…

Le mo­dèle agri­cole tel qu’on l’a connu ces der­nières an­nées vit cer­tai­ne­ment ses der­niers mo­ments. Le monde agri­cole lui-même s’in­ter­roge, parce qu’il voit bien que la de­mande et le re­gard que porte le consom­ma­teur ne sont plus du tout les mêmes. Il faut main­te­nant al­ler vers une ré­con­ci­lia­tion du consom­ma­teur avec le mo­dèle de pro­duc­tion agri­cole et les agri­cul­teurs. Non pas qu’ils soient fâ­chés, mais il y a quand même de très fortes in­ter­ro­ga­tions sur la na­ture de la pro­duc­tion. Et si l’aug­men­ta­tion des surfaces en conver­sion bio est res­tée stag­nante, on a vu se dé­ve­lop­per les cir­cuits courts et des mo­di­fi­ca­tions de com­por­te­ments vis-à-vis de l’ali­men­ta­tion. On voit bien que tous les mou­ve­ments ve­gan, vé­gé­ta­riens, vé­gé­ta­liens, con­trai­re­ment à ce que l’on au­rait pu croire, ont pris une cer­taine am­pleur.

La baisse conti­nue de la consom­ma­tion de viande vous pa­raît-elle iné­luc­table ?

Le constat, c’est que la consom­ma­tion de viande di­mi­nue depuis les an­nées 90, et que la ten­dance s’ac­cen­tue, ce qui, en soi, n’est pas un mal. On dit, dans le rap­port, que l’on peut di­mi­nuer en­core de 20 à 30 % la consom­ma­tion de viande sans que ce­la ne mette en pé­ril l’équi­libre ali­men­taire. On ne pro­pose pas de ne plus man­ger de viande, loin de là, mais on pour­rait en rem­pla­cer une par­tie par les lé­gu­mi­neuses (fèves, ha­ri­cots, pois… ndlr), très riches en pro­téines. On a aban­don­né ce type de pro­duc­tion, parce que ce ne sont pas des cul­tu­res fa­ciles… La co­hé­rence pour nous, c’est de dire que si l’on di­mi­nue la pro­duc­tion ani­male, si on li­bère de la sur­face agri­cole, on peut se per­mettre de faire de la lé­gu­mi­neuse.

L’ali­men­ta­tion reste-t-elle au­jourd’hui un mar­queur so­cial en France ?

C’est très clair, les pro­duits hau­te­ment trans­for­més res­tent for­te­ment consom­més et ap­pré­ciés dans les po­pu­la­tions à re­ve­nus mo­destes. Il y a tou­jours un en­goue­ment vers ce type de pro­duit pas cher, où il n’y a pas de cui­sine à faire. Mais depuis les an­nées 2000, on voit qu’on a toute une autre par­tie de la po­pu­la­tion, des gens à re­ve­nus ai­sés, qui s’orientent vers une ali­men­ta­tion plus du­rable, plus sou­cieuse de la qua­li­té nu­tri­tive et de la san­té. Ce que l’on sou­haite, c’est que ce cli­vage-là di­mi­nue.

« Il faut main­te­nant al­ler vers une ré­con­ci­lia­tion du consom­ma­teur avec le mo­dèle de pro­duc­tion agri­cole et les agri­cul­teurs ».

Pho­to Pixa­bay

« On ne pro­pose pas de ne plus man­ger de viande, loin de là, mais on pour­rait en rem­pla­cer une par­tie par les lé­gu­mi­neuses », in­dique le sé­na­teur Jeanluc Fi­chet.

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