« Il a dit qu’il a cru mou­rir tant il y avait de sang »

Le Télégramme - Châteaulin - - QUIMPER - Hé­lène Ca­roff

Trois ba­garres ont écla­té à Mor­gat, dans la nuit du 9 au 10 juillet 2019. Le point com­mun ? Des fu­si­liers ma­rins, pré­sents pour une « soi­rée de co­hé­sion ». Deux ont éco­pé de sur­sis, jeu­di, au tri­bu­nal de Quim­per, pour avoir bles­sé à coups de tes­sons un jeune homme.

La vic­time est ab­sente, en ce 11 juin. « J’au­rais ai­mé lui pré­sen­ter mes ex­cuses », souffle le plus jeune des pré­ve­nus, les mains dans le dos, en re­gar­dant Me Gen­tric. « J’au­rais ai­mé lui dire de vive voix que je suis dé­so­lé », ajoute son ami, d’un an plus âgé, avant que le tri­bu­nal ne parte dé­li­bé­rer. L’avo­cat de la par­tie ci­vile ne pipe mot. Il est 18 h 45.

Moins d’une heure plus tôt, il a cin­glé la « soi­rée co­hé­sion » avan­cée par les deux jeunes fu­si­liers ma­rins qui font face au tri­bu­nal de Quim­per. « Une soi­rée co­hé­sion ? Po­ten­tiel­le­ment une soi­rée bas­tons. Une soi­rée, trois ba­garres. Deux ont été ju­gées en mars, il res­tait le ver­sant de la mon­tagne, le plus lourd ». Son dos­sier.

« J’avais l’adré­na­line, j’ai vrillé »

Les faits re­montent à la nuit du 9 au 10 juillet 2019, à Cro­zon. Ce soir-là, c’est le Mar­di de Mor­gat. Dix-huit fu­si­liers ma­rins de L’île Longue ont dé­ci­dé de se re­trou­ver, cer­tains après une fin d’après-mi­di sur la plage, d’autres après un res­tau­rant, et de faire la tour­née des bars. Ils ont vi­dé pintes après pintes, les es­prits se sont échauf­fés, des ba­garres ont écla­té dans di­vers éta­blis­se­ments. Jus­qu’à ce bar, où la bande est ar­ri­vée, peu avant 1 h du ma­tin, et où elle a com­man­dé une bou­teille de whis­ky en s’ins­tal­lant en ter­rasse. Ter­rasse où un homme se te­nait, en­voyant des mes­sages à sa com­pagne.

L’un des mi­li­taires, ayant « peur pour sa car­rière », lui a de­man­dé s’il avait pris des pho­tos ou vi­déos de lui du­rant la pré­cé­dente ba­garre. Ré­ponse né­ga­tive qui n’a pas convain­cu le jeune mi­li­taire, sou­te­nu par un ca­ma­rade. « Vous vous êtes re­trou­vés front contre front, puis vous lui avez por­té des coups de poing au vi­sage, aux côtes », conti­nue la pré­si­dente. Le plus âgé, fu­si­lier ma­rin de­puis mars 2018, ac­quiesce. « Je me suis éner­vé bê­te­ment, sans ré­flé­chir. J’avais pris un coup dans le nez dans la ba­garre avant, j’avais l’adré­na­line. J’ai vrillé ».

Hé­li­por­té à Brest

Il avait un verre de bière dans la main. Verre qui a ex­plo­sé au vi­sage de la vic­time sous la vio­lence du choc. « Il a cru mou­rir tel­le­ment ça gi­clait au ni­veau de son cou », ajoute la pré­si­dente. Pré­sen­tant une plaie de 7 cm au cou et une bles­sure né­ces­si­tant huit points de su­ture près de l’oreille gauche, il se­ra hé­li­por­té à l’hô­pi­tal de la Ca­vale Blanche, à Brest, dans la nuit. Il y fe­ra un ar­rêt car­diaque du­rant trente mi­nutes. Il au­ra 20 jours D’ITT. Les deux fu­si­liers ma­rins, re­grou­pés par leur « pa­tron », ont quit­té les lieux avant l’ar­ri­vée des se­cours. « Je me suis en­ga­gé pour dé­fendre les Fran­çais et, en l’es­pace de 24 heures, j’ai failli tuer quel­qu’un ».

Les deux ont été en­ten­dus par leur hié­rar­chie dès le len­de­main et sanc­tion­nés. Dé­sor­mais af­fec­tés à l’en­trée de la base de Lo­rient pour le plus âgé et à la blan­chis­se­rie de la base bres­toise pour le plus jeune, ils at­tendent « d’être fixés ». La pro­cu­reure Fa­tou Ma­no re­quiert « douze mois avec tout ou par­tie d’un sur­sis pro­ba­toire », obli­ga­tion de soins, in­ter­dic­tions de fré­quen­ter les dé­bits de bois­sons, de dé­te­nir une arme pen­dant cinq ans et une peine d’in­éli­gi­bi­li­té pen­dant dix ans outre l’obli­ga­tion d’ef­fec­tuer un stage de ci­toyen­ne­té. « Est-ce qu’on peut ré­duire un homme à une soi­rée ? », de­mande Me El­ma Krais­nik, avo­cate du plus âgé. Comme son confrère Me Ch­ris­tophe Pe­tit, elle plaide pour une peine qui n’em­pêche pas son client de « conti­nuer dans l’ar­mée ». Elle se­ra en­ten­due. Les deux mi­li­taires éco­pe­ront d’un an de pri­son avec sur­sis et non-ins­crip­tion au fi­chier B2 et de­vront ef­fec­tuer un stage de ci­toyen­ne­té.

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