UN PROCÈS D’ICI TROIS OU QUATRE ANS ?

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE -

Il y a un an, le jeune homme se noyait lors d’une in­ter­ven­tion de la po­lice à Nantes.

Un soir de Fête de la mu­sique or­di­naire et un jeune homme qui ne rentre pas : le choc de la dis­pa­ri­tion de Steve Maia Ca­ni­ço il y a un an, lors d’une opération po­li­cière contro­ver­sée, reste pal­pable à Nantes, tan­dis que la pro­cé­dure ju­di­ciaire se pour­suit.

T « Dès le début, je me suis dit : ce n’est pas normal. Steve, il donne des nou­velles », se sou­vient An­nec­laire Le Por­tois-gi­rin, qui avait dé­cou­vert, avec stu­peur, les avis de re­cherche de l’ani­ma­teur pé­ri­sco­laire de 24 ans, par­ti dan­ser en bord de Loire, un ven­dre­di soir. Le lun­di, à la grille de l’école pri­maire de Treillière­s, au nord de Nantes, l’ani­ma­teur qui s’oc­cupe de son fils n’est pas là et la ville va se cou­vrir d’af­fiches de­man­dant « Où est Steve ? », tan­dis que les zones d’ombre s’ac­cu­mulent sur cette fin de soi­rée elec­tro, où la po­lice a tiré des gaz la­cry­mo­gènes et plusieurs personnes sont tom­bées dans la Loire.

Cinq semaines d’incertitud­e

Le corps de Steve Maia Ca­ni­ço sera fi­na­le­ment dé­cou­vert, le 29 juillet, dans le fleuve, près du lieu de la fête.

Les cinq semaines d’incertitud­e au­tour de son sort avaient provoqué une forte émo­tion à Nantes et ses amis oeu­vraient pour de­man­der des recherches plus pous­sées et ra­con­ter la personnali­té de ce gar­çon doux, dont les proches expliquent qu’il ne sa­vait pas na­ger. Après des an­nées de Fête de la mu­sique cé­lé­brée quai Wil­son, les po­lé­miques se sont suc­cé­dé au sujet de l’em­pla­ce­ment ju­gé dangereux et de l’in­ter­ven­tion po­li­cière per­çue comme dis­pro­por­tion­née face à des jeunes qui s’amu­saient dans un quar­tier sans ha­bi­ta­tions.

Un procès d’ici quatre ans

Après des rap­ports de L’IGPN (Ins­pec­tion générale de la po­lice nationale) et de L’IGA (Ins­pec­tion générale de l’ad­mi­nis­tra­tion), l’en­quête se concentre à Rennes, où l’affaire a été dé­pay­sée. Trois in­for­ma­tions ju­di­ciaires « contre X » y sont ins­truites. L’une pour « ho­mi­cide in­vo­lon­taire » concer­nant le dé­cès de Steve, l’autre pour « mise en dan­ger de la vie d’au­trui » concer­nant l’in­ter­ven­tion po­li­cière et la troisième pour vio­lences sur « personne dé­po­si­taire de l’au­to­ri­té publique » s’agis­sant de la prise à partie des forces de l’ordre. Dans le premier vo­let, Me Cé­cile de Oli­vei­ra, avo­cate de la famille, in­dique qu’« on va pro­ba­ble­ment avoir des éléments au début de l’été qui vont, j’es­père, pouvoir faire bas­cu­ler le dos­sier vers des mises en cause ». Selon elle, un procès pourrait avoir lieu dans trois à quatre ans au tri­bu­nal cor­rec­tion­nel ou dans quatre à cinq ans aux as­sises. D’ores et déjà, elle re­grette qu’une « dé­per­di­tion de preuves » ait pu avoir lieu en juin et juillet 2019, puis­qu’au départ, l’in­for­ma­tion ju­di­ciaire était seule­ment ouverte pour « re­cherche des causes de la dis­pa­ri­tion ».

« Un dos­sier trai­té avec un étouf­foir »

À ce mo­ment-là, « les juges d’ins­truc­tion ne pou­vaient pas ins­truire sur le lien de cau­sa­li­té entre la mort de Steve Maia Ca­ni­ço et l’in­ter­ven­tion po­li­cière », re­grette-t-elle, af­fir­mant qu’« on a pu avoir le sen­ti­ment qu’au début, sous une forte pres­sion gou­ver­ne­men­tale, il faut le dire, le dos­sier de Steve Maia Ca­ni­ço a été trai­té, comme sou­vent les dos­siers de vio­lences po­li­cières, avec un étouf­foir ».

L’affaire a eu une forte ré­so­nance dans le contexte du mouvement des gi­lets jaunes et des graf­feurs ont peint un por­trait de Steve, bar­ré des mots « Que fait la po­lice ? » près du lieu de sa dis­pa­ri­tion. Ils ont dé­cou­vert à proximité un grillage qui bloque l’ac­cès au fleuve. Lu­cas, l’un des graf­feurs, y voit « une es­cro­que­rie po­li­tique » qui « vise à faire croire que c’est parce que le quai n’était pas sécurisé que les gens sont tom­bés », mais, selon lui, « s’il n’y avait pas eu de charge de la po­lice, Steve ne se­rait jamais tom­bé ».

Pho­to ar­chives AFP

Le 31 août, un ras­sem­ble­ment avait été or­ga­ni­sé en hommage à Steve devant l’école Alexandre-vincent, à Treillière­s, où tra­vaillait le jeune homme.

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