LES VIOLENCES NOCTURNES SE MULTIPLIEN­T EN VILLE

Des po­li­ciers ont été pris pour cibles par des groupes de jeunes sou­vent très al­coo­li­sés.

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE - Her­vé Cham­bon­nière

T « Un tel de­gré de violences, je n’avais vé­cu ça que lors de violences ur­baines en ré­gion pa­ri­sienne… » Ar­ri­vé de Pa­ris à Lannion (22) il y a deux ans, ce po­li­cier vio­lem­ment pris à partie, dans la nuit de di­manche à lun­di, avec deux col­lègues, est en­core sous le choc. Ce soir-là, sa pa­trouille, ap­pe­lée en centre-ville pour des troubles dans la rue, est tom­bée « dans un vé­ri­table guet-apens ». « Notre vé­hi­cule s’est re­trou­vé blo­qué par des bar­rières. Quand mon col­lègue et moi sommes sor­tis pour les dé­ga­ger, une pluie de pro­jec­tiles nous est tom­bée des­sus. Plu­sieurs di­zaines de jeunes qui s’étaient dis­si­mu­lés nous ca­nar­daient. On a réus­si à se dé­ga­ger et à quit­ter les lieux », pour­suit le po­li­cier.

« Ils vou­laient cas­ser du flic »

Des ren­forts sont ap­pe­lés de Saintb­rieuc, à trente mi­nutes de route. « Nous étions huit face à 60 per­sonnes hos­tiles. On ne pou­vait rien faire », dé­plore le po­li­cier lan­nion­nais. Les fau­teurs de troubles, après quelques dé­gra­da­tions dans le centre-ville, fi­nissent par se dis­per­ser. « On a pro­cé­dé à des contrôles. Ces jeunes, âgés de 16 à une ving­taine d’an­nées, on les connaît, dé­fa­vo­ra­ble­ment. Ils étaient là pour cas­ser du flic ». Cet épi­sode fait suite à deux pré­cé­dents. Dont ce­lui sur­ve­nu le week-end du 13 juin. « Nos col­lègues s’étaient re­trou­vés face à 80 jeunes qui les avaient pris à partie », rap­pelle le même po­li­cier. Des ren­forts de gen­darmes et de po­li­ciers ve­nant de Guin­gamp et de Saint-brieuc avaient été né­ces­saires pour dis­per­ser les as­saillants.

Les fer­me­tures de dis­co­thèques en cause ?

Cer­taines villes ont connu des épi­sodes si­mi­laires. À Douar­ne­nez (29), Quim­per­lé (29), et Brest no­tam­ment. « Nous n’avons pas été la cible de pa­reilles violences, tem­père un officier de gen­dar­me­rie. Mais de­puis quelques se­maines, on voit ef­fec­ti­ve­ment se mul­ti­plier des ras­sem­ble­ments de jeunes, très sou­vent al­coo­li­sés, qui dé­gé­nèrent en troubles de l’ordre pu­blic ». Cer­tains po­li­ciers et gen­darmes pointent la fer­me­ture des dis­co­thèques en guise d’ex­pli­ca­tion. « À Douar­ne­nez, c’est fla­grant, rap­porte le même officier de gen­dar­me­rie. Les bars du port, qui avaient du mal à faire res­pec­ter les me­sures sa­ni­taires Co­vid-19 ont dé­ci­dé de fer­mer plus tôt (NDLR : comme à Lannion), y com­pris le week-end, jus­te­ment pour évi­ter les ten­sions.

On se re­trouve par­fois ra­pi­de­ment avec 100 à 150 jeunes sur le port, et cinq, six ou sept in­ter­ven­tions dé­li­cates par soi­rée à gé­rer. » À Lannion, le phé­no­mène semble s’être conju­gué avec l’ac­tua­li­té liée aux ma­ni­fes­ta­tions contre les violences po­li­cières.

« On avait pré­ve­nu ! »

« Ces dé­bor­de­ments, c’est un phé­no­mène na­tio­nal, rap­porte Pa­trick Mal­vaes, pré­sident du syn­di­cat na­tio­nal des dis­co­thèques et des lieux de loi­sirs (SNDLL). Et on avait pré­ve­nu les pou­voirs pu­blics de ce risque ! Les dis­co­thèques, que le gou­ver­ne­ment re­fuse de rou­vrir avant sep­tembre, jouent le rôle d’exu­toire, de sou­pape. Nous, on sait ca­na­li­ser et gé­rer les fêtes. S’il n’y a plus de lieux pour ac­cueillir les jeunes, alors, oui, ils se re­trouvent li­vrés à eux-mêmes, dans la rue. Et ce­la ne va pas s’ar­ran­ger avec les beaux jours ! »

Le té­moi­gnage d’un po­li­cier à Lannion

« On se re­trouve ra­pi­de­ment avec 100 à 150 jeunes sur le port, et six ou sept in­ter­ven­tions dé­li­cates par soi­rée. »

UN OFFICIER DE GEN­DAR­ME­RIE

Pho­to Do­mi­nique Mor­van

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