« On s’était dit, le temps va faire son oeuvre »

Un Quim­pé­rois de 36 ans a été condam­né, en son ab­sence, lun­di, par le tri­bu­nal de Quim­per, à quatre mois de pri­son avec sur­sis pour violences conju­gales.

Le Télégramme - Châteaulin - - QUIMPER - Lan­nig Ster­vi­nou

Ce se­ra donc un match d’avo­cates dans une af­faire tris­te­ment ba­nale. « Mon client, fonc­tion­naire à la mai­rie de Quim­per, ne peut pas être là au­jourd’hui car, comme il n’a pas tra­vaillé pen­dant le Co­vid, il doit tra­vailler au­jourd’hui », an­nonce Me Isa­belle Bar­reau-du-ché­ron, en dé­but d’au­dience, lun­di après-mi­di, au tri­bu­nal de Quim­per. « Ma cliente est en­core très af­fec­tée par les faits et ne se sen­tait pas la force d’être pré­sente », in­dique Me Sté­pha­nie Du­roi, ongles car­min sur robe noire. Le Quim­pé­rois est ac­cu­sé de violences et de har­cè­le­ment mo­ral sur sa femme, dès l’ins­tant où elle a dé­ci­dé de le quit­ter. La mai­son du couple de­vient alors le théâtre de ren­contres bru­tales, lors du pas­sage des en­fants en garde al­ter­née. Deux fillettes, nées en 2011 et 2014, tou­jours les té­moins in­no­cents des mots qui blessent et des gestes qui font peur. Comme cette fois, le 5 fé­vrier 2019, où pa­pa tire ma­man par les bras et la plaque contre le mur pour es­sayer de l’em­bras­ser de force. Ou en­core le 3 mai où il la pro­jette de trois mètres sur la route. « Sa­lope, pute, traî­née. Tu es une mau­vaise mère car tu es partie. Tu se­ras res­pon­sable de ma mort ».

Chan­tage au sui­cide

Plus en­core que les bleus sur le corps, c’est le chan­tage per­ma­nent au sui­cide de son fu­tur ex-ma­ri (la pro­cé­dure de di­vorce étant en cours) qui par­vient à plon­ger la tren­te­naire dans le désar­roi le plus to­tal. Il faut dire qu’elle l’a ai­mé, un jour. « J’ai trou­vé une autre corde ». Ce SMS, lu à l’au­dience, fait ré­fé­rence à un évé­ne­ment an­té­rieur quand elle avait re­trou­vé son homme, la corde au cou, dans l’es­ca­lier, alors que ses filles jouaient dans leurs chambres. Vue par un psy­chiatre, la vic­time « pré­sente un syn­drome an­xieux et une grande fa­tigue psy­cho­lo­gique ». Elle souffre d’in­som­nies et son mé­de­cin trai­tant lui a pres­crit des an­xio­ly­tiques.

Pour le pro­cu­reur Em­ma­nuel Phe­lip­peau, « si la jus­tice pou­vait faire souf­fler un vent d’apai­se­ment, ce se­rait bien ». Les in­frac­tions lui semblent « par­fai­te­ment consti­tuées », pour­tant il tient à sou­li­gner une « en­quête in­sa­tis­fai­sante ». « Il faut dire quand il y a du bon tra­vail et dire quand ce n’est pas sa­tis­fai­sant. Et c’est as­sez désa­gréable ! », lan­cet-il, à la fois em­bar­ras­sé et pas­sa­ble­ment ir­ri­té.

Quatre mois avec sur­sis

Me Bar­reau-du-ché­ron s’en­gouffre dans la brèche. « Mon client dit qu’elle ment. Je suis avo­cate, je ne suis pas té­moin », rap­pelle-t-elle. « On re­tourne la pré­somp­tion d’in­no­cence en pré­somp­tion de culpa­bi­li­té », as­sure-t-elle, re­met­tant en ques­tion jus­qu’au cer­ti­fi­cat mé­di­cal mais aus­si cer­tains cour­riers. « Je suis le Roi de Prusse et je vais vous l’écrire par cour­rier of­fi­ciel ! Mais ce n’est pas une preuve ! », s’em­porte-t-elle avant de de­man­der la re­laxe.

« On s’était dit le temps va faire son oeuvre, mais pas du tout », com­mente Me Sté­pha­nie Du­roi, qui est aus­si l’avo­cate de l’épouse dans la pro­cé­dure de di­vorce. Après en avoir dé­li­bé­ré lon­gue­ment, au point de lais­ser sen­tir ve­nir une re­laxe, le tri­bu­nal a sui­vi les ré­qui­si­tions. Le Quim­pé­rois de 36 ans, au ca­sier vierge, a été condam­né à quatre mois de pri­son avec sur­sis. Il de­vra réa­li­ser un stage de res­pon­sa­bi­li­sa­tion pour les au­teurs de violences conju­gales et payer 1 000 € à la vic­time en ré­pa­ra­tion des souf­frances en­du­rées.

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