« Pi­qué » à mort pour des mo­que­ries, à Lan­go­len

Ro­bert Bleu­zen a re­çu cinq coups de cou­teau, le 29 sep­tembre 2018, chez lui, à Lan­go­len et est dé­cé­dé le len­de­main. Son ami d’en­fance, Her­vé Ro­gnan, est ju­gé pour son meurtre par la cour d’as­sises du Fi­nis­tère. Le ver­dict est at­ten­du ce mar­di soir.

Le Télégramme - Châteaulin - - BRETAGNE - Hé­lène Ca­roff

T « Vous avez peur, ré­tros­pec­ti­ve­ment ? », de­mande l’avo­cat gé­né­ral au quin­qua­gé­naire à la barre. « Oui, il faut vivre avec, souffle le té­moin. C’était une scène vio­lente, ab­surde. Ni moi, ni Ro­bert, on ne s’at­ten­dait à ça ».

Il était pré­sent, le 29 sep­tembre 2018, au lieu-dit Stank Ven, à Lan­go­len, chez Ro­bert Bleu­zen, 73 ans, quand est ar­ri­vé, entre 19 h 30 et 19 h 45, Her­vé Ro­gnan, un ami d’en­fance de l’hôte. Il re­ve­nait d’avoir « ré­glé un dif­fé­rend » chez sa soeur. Les verres se sont rem­plis de lam­big ar­ti­sa­nal, tan­dis que les an­ciens ont par­lé « de re­li­gion, ils n’étaient pas d’ac­cord mais il n’y avait pas d’ani­mo­si­té ». Le billig est bran­ché pour le dî­ner. « Il y a eu un si­mi­li de bras de fer, Her­vé a dû tou­cher le billig ». Il y au­rait eu un sou­rire, si­non une mo­que­rie de la part de l’hôte. « Her­vé lui a don­né un coup de poing et Ro­bert lui a dit de prendre la porte ».

La vic­time a fait le mort au qua­trième coup

C’est là qu’her­vé Ro­gnan, « ner­veux et agi­té », a pris deux cou­teaux, mou­li­nant, « avant de don­ner deux coups en même temps ». En tout, cinq coups, dont trois au tho­rax, per­fo­rant in­tes­tin grêle, es­to­mac, foie et pé­ri­carde. « Ro­bert est tom­bé au qua­trième et a fait le mort ». Le quin­qua­gé­naire a ten­té de s’in­ter­po­ser. « Il m’a dit : "Je te laisse la vie sauve pour que tu té­moignes. Moi, je ne se­rai plus de ce monde ce soir " ». Et de quit­ter les lieux. « J’ai fer­mé la porte à clef, je suis al­lé voir Ro­bert et j’ai ap­pe­lé les se­cours ». Hé­li­por­té à Brest, opé­ré dans la nuit, Ro­bert Bleu­zen dé­cé­de­ra le 30 sep­tembre, à 7 h 30, d’un « phé­no­mène trom­boem­bo­lique ma­jeur » de l’aorte, dû à « la chi­rur­gie lourde, au pa­tient âgé, à l’anes­thé­sie, à l’im­mo­bi­li­sa­tion », pré­cise le mé­de­cin lé­giste. Pour elle, « c’est la consé­quence des coups de cou­teau, à sa­voir la chi­rur­gie et ses com­pli­ca­tions, qui sont à l’ori­gine du dé­cès ». L’an­cien pa­tron cou­vreur, lui, se­ra re­trou­vé à 22 h 45, dans son champ, à 4,5 km de chez Ro­bert Bleu­zen, avec une al­coo­lé­mie de 1,80 g, lui qui ne boit que de­puis la re­traite et qui évite les al­cools forts « car je de­viens fu­rieux ». Il évoque « avoir

pi­qué » son ami dans une sorte de « t’es pas cap » ma­cabre. « J’ai ja­mais vou­lu le tuer ». Les cou­teaux, je­tés sur le re­tour, ne se­ront ja­mais re­trou­vés.

Une ru­meur dans le bourg

Her­vé Ro­gnan, violent ? C’est ce qu’il se mur­mure à Lan­go­len, 876 âmes, nour­ri d’his­toires de pis­to­let à plomb bran­di dans une en­tre­prise qui re­fu­sait de le payer, de ba­garre à bras rac­cour­cis avec des bû­che­rons à la sor­tie d’un bar, de vio­lences conju­gales. « Une ru­meur », pour la di­rec­trice d’en­quête. « Per­sonne ne l’a ja­mais vu violent et les mi­li­taires ne le connais­saient pas avant les faits ». Her­vé Ro­gnan a dit, le soir des faits, aux pom­piers, « qu’il avait ap­pris à tuer chez les com­man­dos de ma­rine, qu’il n’avait au­cun re­mords ». « On m’a ré­veillé alors j’ai dit n’im­porte quoi, ré­agit l’ac­cu­sé. J’avais de la co­lère en moi ». « Ce que l’on ne com­prend pas, mon­sieur, c’est pour­quoi », souffle la pré­si­dente.

Pho­to H. C.

Deux jours d’au­dience sont pro­gram­més pour cette af­faire, aux as­sises du Fi­nis­tère, à Quim­per.

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