LE PA­RI GA­GNANT DE DEUX PE­TITES ÉCOLES RU­RALES

Par­ta­ger les élèves pour sau­ver une classe et main­te­nir une fi­lière bi­lingue fran­çais-breton ac­tive… Il y a quatre ans, Cal­lac et Bu­lat-Pes­ti­vien, dans les Côtes-d’Ar­mor, ont joué ga­gnant avec l’aide d’une « con­ven­tion ru­ra­li­té ». Et ça marche…

Le Télégramme - Dinan - Dinard - Saint-Malo - - LA UNE - Her­vé Queillé

À Cal­lac et Bu­lat-Pes­ti­vien, les deux écoles ont dé­ci­dé de par­ta­ger leurs élèves pour sau­ver une classe. Et ils ont réus­si.

L’école c’est la vie, voire la sur­vie d’une com­mune, par­ti­cu­liè­re­ment en Centre-Bre­tagne. « Si nous n’avions pas mis en com­mun nos ef­fec­tifs, nous au­rions eu de gros pro­blèmes », re­con­naissent Lise Bouillot et Yvette Le Bars, maires de Cal­lac et Bu­lat-Pes­ti­vien, « au coeur des Côtes d’Ar­mor. « La for­mule a fonc­tion­né ad­mi­ra­ble­ment », constate Ch­ris­tophe Ro­ho, ins­pec­teur de l’Édu­ca­tion na­tio­nale pour la cir­cons­crip­tion de Guin­gamp-Sud.

Une classe en moins un prof en plus

Re­tour sur image : à la ren­trée 2016, l’école de Cal­lac (2 200 ha­bi­tants) ne compte plus que 127 élèves, dont 78 en pri­maire, l’une des quatre classes est me­na­cée de fer­me­ture. À Bu­lat­Pes­ti­vien (435 ha­bi­tants), la si­tua­tion n’est guère plus en­viable : l’une des trois classes est sur la sel­lette, avec seule­ment 47 en­fants. L’Ins­pec­tion aca­dé­mique pro­pose aux deux col­lec­ti­vi­tés, dé­jà liées par un re­grou­pe­ment pé­da­go­gique, de­puis l’au­tomne 2014, d’ex­pé­ri­men­ter la toute ré­cente « con­ven­tion ru­ra­li­té ». Un texte of­frant une sou­plesse d’or­ga­ni­sa­tion et des moyens plus im­por­tants. En pra­tique, Cal­lac conserve sa qua­trième classe grâce à l’ac­cueil des quelques éco­liers « mo­no­lingues ».

En échange, l’école bu­la­toise ac­cueille les pri­maires bi­lingues de Cal­lac. Elle perd une classe, mais ren­force sa spé­ci­fi­ci­té « bre­tonne ». Par ailleurs, son en­sei­gnant est conser­vé dans les ef­fec­tifs du Ré­seau pé­da­go­gique in­ter­com­mu­nal, avec pour mis­sion de faire du dé­cloi­son­ne­ment et d’ani­mer des groupes de sou­tien ou d’ap­pren­tis­sage de l’an­glais. En­fin, l’ad­mi­nis­tra­tion s’en­gage à main­te­nir la to­ta­li­té des en­sei­gnants pour les trois pro­chaines an­nées.

Ef­fec­tifs conso­li­dés

Trois ans plus tard, le bi­lan est po­si­tif. À Cal­lac, les ef­fec­tifs (128 élèves) se sont main­te­nus, et « au­cune me­nace de fer­me­ture de classe ne se pro­file pour la ren­trée 2020 », af­firme Lise Bouillot. L’école de Bu­lat­Pes­ti­vien,

elle, avec 53 en­fants, a confor­té son rôle clé dans l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire : « Les éco­liers viennent, pour les trois-quarts, de l’ex­té­rieur, de neuf com­munes pré­ci­sé­ment. On se rend compte que le bi­lin­guisme a la cote, et que les pa­rents ap­pré­cient les bonnes condi­tions d’ac­cueil que l’on peut of­frir du fait de n’avoir plus que deux classes », sou­ligne Yvette Le Bars. « Sans le re­grou­pe­ment pé­da­go­gique et la con­ven­tion ru­ra­li­té, l’école au­rait fer­mé. Ce qui se­rait une ca­tas­trophe au coeur d’un sec­teur ru­ral où il est très difficile de main­te­nir des jeunes ac­tifs. On es­père, main­te­nant, que l’Aca­dé­mie ne va pas nous aban­don­ner en rase campagne ».

Une vraie fi­lière « bre­tonne »

La con­ven­tion ru­ra­li­té pre­nant fin, les deux com­munes savent qu’elles vont perdre leur maître sup­plé­men­taire par rap­port au nombre de classes. En re­vanche, elles es­pèrent ne pas être vic­times de la pro­chaine carte sco­laire et conser­ver leurs classes. Toutes deux re­ven­diquent, outre leurs ef­fec­tifs, les « gros ef­forts fi­nan­ciers per­ma­nents pour l’école » tant pour le fonc­tion­ne­ment, avec cinq agents ter­ri­to­riaux spé­cia­li­sés des écoles ma­ter­nelles (At­sem) pour trois ma­ter­nelles à Cal­lac, que les in­ves­tis­se­ments en ma­tière de ma­té­riel ou de ré­no­va­tion des lo­caux.

Autre ar­gu­ment : « Le breton at­tire ». Cal­lac sol­li­cite ain­si une se­conde classe ma­ter­nelle bi­lingue, pour ali­men­ter les CP à Bu­lat et, plus lar­ge­ment, une vé­ri­table fi­lière : « Le col­lège de Cal­lac, où on a la chance d’avoir deux en­sei­gnants de breton, a, en ef­fet, toutes les ca­pa­ci­tés pour ac­cueillir les CM2 qui sortent de Bu­lat-Pes­ti­vien ». Plus que ja­mais, l’union fait donc la force au coeur de l’Ar­goat.

« Sans le re­grou­pe­ment pé­da­go­gique et la con­ven­tion ru­ra­li­té, l’école au­rait fer­mé ».

Pho­to Lio­nel Le Saux

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