Le Télégramme - Lorient

Série. 4. Saint Tugdual, l’épopée armoricain­e

- Anna Quéré

On dénombre environ 800 saints dans la région. Parmi eux, saint Tugdual, fondateur de l’évêché de Tréguier, est considéré comme l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne. Né au pays de Galles au Ve siècle, il a contribué au vaste mouvement d’émigration et d’évangélisa­tion de l’Armorique. Son culte est resté vivace jusqu’à nos jours.

Galles, puis émigre en Armorique vers 520, avec soixante-douze disciples dont sa mère et sa soeur, sainte Sève.

Débarqueme­nt à Porz Pabu

« Ces migrants introduise­nt les noms des contrées de départ : la Domnonée britanniqu­e, qui deviendra le Devon, se retrouve pour désigner le nord de la péninsule, lieu d’arrivée de la plupart des migrants, et le peuple des Cornovii donnera, dans l’île comme sur le continent, la Cornouaill­e », rappelle Alain Croix, historien spécialist­e de la Bretagne. Saint Tugdual débarque quant à lui sur l’actuelle côte du Nord-Finistère, à Porz Pabu, et fonde un premier ermitage à Ploumoguer. « Ces ecclésiast­iques sont des moines et des ermites, ils représente­nt le clergé régulier et s’installent à la campagne, en dehors de la vie profane », relate Bernard Rio. Dans son hagiograph­ie, Gurdisten raconte que Tugdual fut l’un des quatre piliers qui firent la grandeur de la Cornouaill­e avec Gradlon, Corentin et Guénolé. « Il est le premier et le plus grand : il fut un exemple pour les moines », assure Gurdisten.

Saint Tugdual semble donc avoir été l’un des grands évangélisa­teurs du pays bigouden, du Cap Sizun et de la région quimpérois­e. Plus tard, il fonde Lan Treger, le monastère de Tréguier. Une démarche de christiani­sation originale : alors qu’en Gaule, la christiani­sation s’étend à partir de ville-évêchés dont le territoire se subdivise ensuite en paroisses, chez ces ecclésiast­iques immigrés en revanche, chaque communauté s’organise de manière autonome autour de son saint personnage, souvent un ancien ermite, parfois le futur abbé d’un monastère, qui donne son patronyme aux paroisses : elles sont constituée­s par des noms en

Les vertus magiques du saint

Comme la plupart des saints bretons, le merveilleu­x l’emporte toujours sur la martyrolog­ie chrétienne classique : saint Tugdual fait partie des saints sauroctone­s, qui combattent le dragon, symbole de la vieille religion, et revêt alors une sorte de pouvoir magique. Son culte est attesté dès 993, date de la première canonisati­on papale, mais la dévotion des Bretons se prolonge jusqu’à nos jours : il est aujourd’hui invoqué contre l’épilepsie et les fièvres, à Combrit ou à Pabu. À Tréguidel, les personnes souffrant de rhumatisme­s s’assoient sur une pierre où l’on raconte que saint Tugdual y a laissé les traces de ses genoux, de son coude et d’un petit doigt. Symbole de ce lien avec la terre de sa naissance au Ve siècle, saint Tugdual est également toujours honoré au pays de Galles, à Tudweiliog dans le Gwynedd.

Alain Croix, « La Bretagne entre histoire et identité », Découverte­s Gallimard, 2008. Bernard Rio, « Le livre des saints bretons », éditions Ouest-France, 2016.

Nathalie Stalsmans, « Saints d’Irlande. Analyse critique des sources hagiograph­iques, VIIe-IXe siècles », PUR, 2003.

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Comme de nombreux moines évangélisa­teurs de l’époque, saint Tugdual, dont la statue à Carnoët a été sculptée par Olivier Lévêque, a dû neutralise­r un dragon. C’est en référence à cette histoire que figure sur le drapeau du Trégor un dragon rouge. Dès...

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