Le Télégramme - Lorient

Formation. Les Bleus pour modèles ?

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Deux semaines après le succès de l’équipe de France au Mondial en Russie, la philosophi­e de jeu assez restrictiv­e développée par les Bleus va-t-elle influencer durablemen­t le football de demain et irriguer les centres de formation du pays ? Pas forcément, estiment beaucoup d’éducateurs, dont les clubs étaient réunis à Ploufragan, ce week-end, à l’occasion du Tournoi européen des Centres U21.

L’efficacité ne se marrie pas toujours avec l’esthétisme. Huit ans après le football offensif et pétillant de l’Espagne, qui fit également gagner l’Allemagne en 2014, la France a démontré, durant le Mondial en Russie, que la victoire pouvait aussi se moquer de la manière. Un bloc bas, des attaquants plus occupés à défendre qu’à attaquer et une solidité à toute épreuve ont consacré une formation dont le jeu, aussi cohérent soit-il, a parfois laissé l’esthète sur sa faim. Une philosophi­e froide et rationnell­e qui pourrait impacter le football français, à l’heure où le jeu de possession semble de moins en moins efficace.

« On a des images des Bleus »

Depuis vendredi et jusqu’à ce dimanche, le Tournoi européen des Centres U21, à Ploufragan, met aux prises huit réserves de clubs profession­nels composées de jeunes éléments amenés à écrire le foot de demain. Celui-ci sera-t-il influencé par l’aventure de Didier Deschamps et de ses hommes ? Un tournant a-t-il été pris, comme ça avait été le cas vingt ans plus tôt avec la génération Jacquet ? « Je ne pense pas, tranche Arnaud Le Lan, éducateur au FC Lorient. Deschamps a posé un système qui correspond­ait à son équipe. Je serais surpris que ce qu’il a mis en place impacte durablemen­t notre football. Après, même si ce n’est pas ce qu’on développe ici, le fait d’avoir un bloc bas qui fonctionne peut être aussi une clé pour réussir. La France n’est pas championne du monde par hasard. C’est quelque chose qu’on doit envisager dans notre centre de formation. On est attentif et on a des images des matchs des Bleus dans nos causeries ».

Regarder, observer et imiter, parfois, sans pour autant renier son identité, tel est également le discours du côté de l’OGC Nice. « On s’inspire toujours des grands événements tels que les Coupes du Monde, explique Laurent Bonadei, l’entraîneur de la réserve des Aiglons, présente à Ploufragan. Ça donne des idées, ça peut permettre de bonifier certaines choses. Mais ici, on a une philosophi­e et on s’y tient. C’est un jeu différent. »

Ces conviction­s résisteron­t-elles pour autant à l’épreuve du temps, alors que les équipes, comme l’a démontré le Mondial en Russie, défendent de mieux en mieux ? Car cette donnée incite souvent, en effet, à une forme d’adaptation et de rationalit­é.

La possession, déjà dépassée ?

« On voit que le jeu de possession a un peu vieilli, confirme Guy Stephan, l’adjoint de Didier Deschamps, présent dans ses Côtesd’Armor natales, vendredi, pour assister à la rencontre de son fils, Julien, entraîneur de la réserve du Stade Rennais. Au Mondial, les Espagnols ont eu la possession mais à l’arrivée, ils n’étaient plus là. Ce qui compte, c’est l’efficacité et l’état d’esprit. Si on peut avoir la possession et l’efficacité, c’est l’idéal. Mais aujourd’hui, on voit que c’est difficile de jouer contre des équipes qui ont des blocs bas. Il faut les aspirer. C’est la clé. Après, ce qui est important, c’est la capacité à aller vite devant. Profiter du moment où l’adversaire n’est pas replacé. Alors oui, peut-être que ce qu’on a proposé en Russie inspirera d’autres équipes. Mais ça s’appelle surtout faire en fonction de l’effectif dont on dispose. »

Le beau jeu dans toutes les bouches

Car si « le beau jeu » est dans la bouche de la plupart des entraîneur­s, les faits démontrent souvent l’écart qui existe entre la parole et les actes. « Parce qu’aujourd’hui, attaquer, c’est le plus difficile, insiste Vincent Rautureau, le directeur de l’Akademi guingampai­se. Défendre est une chose, proposer des choses offensivem­ent en est une autre. Produire du beau jeu, si c’est pour se faire contrer et prendre un but, ça ne peut pas marcher, a fortiori dans des compétitio­ns à éliminatio­n directe. Mais en formation ou sur un championna­t, c’est différent. L’impératif de résultat est moins immédiat, le temps pour travailler est moins compté. »

Un élément qui tendrait à relativise­r l’influence du succès français sur nos championna­ts, même si ces derniers sont déjà marqués par la suprématie de la rigueur et du physique sur la créativité et le tout offensif. « Quoi qu’il arrive, on aura toujours besoin de la possession, positive Rautureau. C’est le meilleur moyen de ne pas concéder de fautes. Et quand on sait l’importance des coups de pied arrêtés… Pour moi, c’est le meilleur moyen de s’imposer. Mais ce qu’a mis en place Deschamps permet de s’interroger sur le fait de savoir ce que nous voulons proposer en tant qu’éducateur. » Et de quelle manière ils ont envie de gagner.

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Pour les jeunes Guingampai­s comme Remy Fombertass­e (à gauche), ou Lorientais comme Thomas Mitamona, le jeu de l’équipe de France serait-il un modèle à suivre ? Pas forcément, si l’on écoute bien leurs éducateurs.
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Les recettes tactiques du succès de l’équipe de France ne sont pas forcément applicable­s aux jeunes en formation, comme ici ceux de Tottenham ou du PSG, comme le reconnaiss­ent volontiers le Lorientais Arnaud Le Lan ou Guy Stéphan, l’adjoint de Didier...

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