LES CONCLU­SIONS DE L’EN­QUÊTE LAISSENT PER­PLEXE

L’en­quête sur la cen­taine de la­pins tués dans le sec­teur de Mi­ni­hy-Tré­guier (22) est bou­clée. Deux chiens er­rants sont sus­pec­tés mais, faute de preuves et sur­tout d’êtres hu­mains à in­cri­mi­ner, l’af­faire est en passe d’être clas­sée.

Le Télégramme - Ouest Cornouaille - - LA UNE - Do­mi­nique Mor­van

La gen­dar­me­rie constate que la sé­rie s’est ar­rê­tée de­puis que deux chiens er­rants ont été en­fer­més. Mais, dans le Tré­gor, on reste du­bi­ta­tif.

Les gen­darmes tré­gor­rois es­pèrent en avoir ter­mi­né avec l’af­faire des la­pins tués. L’en­quête au­ra du­ré un peu plus d’un an et lais­sé plus d’un mi­li­taire per­plexe. Tout a com­men­cé en oc­tobre 2018 par un simple ap­pel à té­moins pour iden­ti­fier, di­saient les gen­darmes à l’époque, « un in­di­vi­du s’in­tro­dui­sant dans des pro­prié­tés, tuant froi­de­ment des la­pins avec un ob­jet poin­tu » avant de les lais­ser sur place. Il est ques­tion alors de quinze faits chez une di­zaine de pro­prié­taires et d’une cen­taine d’ani­maux tués. L’in­for­ma­tion fait grand bruit : tout le monde a son avis sur le se­rial­killer de la­pins, on se sou­vient de faits si­mi­laires dans le Mor­bi­han et les Côtes-d’Ar­mor, la presse étran­gère se pas­sionne pour le su­jet et une pé­ti­tion bri­tan­nique ré­cla­mant l’ar­res­ta­tion du tueur re­cueille même 68 000 si­gna­tures ! Deux mois plus tard, sept nou­veaux ani­maux sont re­trou­vés morts : une au­top­sie montre qu’ils ont été vic­times d’une mor­sure de car­ni­vore. Pour la pre­mière fois, l’hy­po­thèse d’un chien est évo­quée. Et aus­si­tôt mo­quée. « Un chien qui sait ou­vrir des cla­piers, on ne voit ça que chez Za­vat­ta », grince-t-on dans le Tré­gor, où l’on re­cense, dé­sor­mais, 122 ani­maux tués en dix mois, dont 62 à Mi­ni­hy-Tré­guier.

Des ca­mé­ras près des cla­piers

Alors, pour en avoir le coeur net, les gen­darmes de­mandent aux pro­prié­taires de cla­piers de ren­for­cer leur sys­tème de fer­me­ture. Et sur­tout, ils ins­tallent dis­crè­te­ment des ca­mé­ras chez cer­tains. De jour comme de nuit, dès qu’un mou­ve­ment est dé­tec­té, la scène est fil­mée.

La mé­thode porte ses fruits. Sauf qu’on n’y dé­couvre pas un homme à l’oeuvre mais uni­que­ment des ani­maux. « Des chiens ap­pa­raissent ef­fec­ti­ve­ment sur les vi­déos mais on ne les voit pas ou­vrir les grilles, ni s’at­ta­quer aux la­pins », confie Ber­trand Le­clerc, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Saint-Brieuc.

Deux chiens er­rants sus­pec­tés

Les gen­darmes sus­pectent sur­tout deux chiens er­rants. Ils sont cap­tu­rés et pla­cés en che­nil. De­puis, se­lon les au­to­ri­tés, au­cune at­taque n’a été consta­tée. Les en­quê­teurs en concluent qu’ils ont pro­ba­ble­ment stop­pé les deux tueurs de la­pins. Le pro­cu­reur Le­clerc, lui, ne peut l’af­fir­mer. « Nous ne sommes pas ca­pables de dire que ce sont bien ces deux chiens qui ont agi. On les a pla­cés en che­nil à titre pré­ven­tif », ajoute-t-il avant de pré­ci­ser que la pro­cé­dure va pro­chai­ne­ment être clas­sée faute d’élé­ments et sur­tout d’être hu­main im­pli­qué. À Mi­ni­hy-Tré­guier, comme dans les com­munes voi­sines, on di­gère mal que l’af­faire s’ar­rête ain­si. L’hy­po­thèse des chiens ne convainc pas du tout. « Un chien ne peut pas ou­vrir un cla­pier au troi­sième étage », s’agace une vic­time. Deux autres af­firment avoir vu un homme s’en­fuir avant de trou­ver leurs ani­maux morts. Pour ce pro­prié­taire de la­pins, il ne fait au­cun doute qu’il y a eu une in­ter­ven­tion hu­maine. « Des chiens ont sans doute tué mais il y avait un homme pas loin der­rière », conclut-il.

« Des chiens ap­pa­raissent ef­fec­ti­ve­ment sur les vi­déos mais on ne les voit pas ou­vrir les grilles, ni s’at­ta­quer aux la­pins »

Pho­to Do­mi­nique Mor­van

En dix mois, entre mars et dé­cembre 2018, pas moins de 122 la­pins ont été tués dans le Tré­gor et aban­don­nés de­vant leurs cla­piers.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.