Deux Ir­lande, un seul mar­ché

Le Télégramme - Quimper - - LE FAIT DU JOUR -

Backs­top ou pas backs­top (*)? Les mi­lieux éco­no­miques ir­lan­dais ont les yeux tour­nés vers Londres. De fait, un Brexit dur, sans ce dis­po­si­tif tran­si­toire qui évi­te­rait no­tam­ment la créa­tion d’une fron­tière phy­sique entre les deux Ir­lande, se­rait une ca­tas­trophe, tant leurs éco­no­mies sont im­bri­quées. Un mar­ché unique que cas­se­raient les taxes doua­nières et les dif­fé­rences de normes sa­ni­taires et de qua­li­té, si le Royaume-Uni sor­tait de l’Union Européenne.

L’exemple le plus em­blé­ma­tique est la Guin­ness, bras­sée à Du­blin mais em­bou­teillée dans le Nord. Même ma­nège pour nombre de pro­duits, dont le lait, qui na­vigue du nord au sud et in­ver­se­ment entre les ex­ploi­ta­tions, les lai­te­ries, cré­me­ries et autres usines agroa­li­men­taires. Quant au fa­meux ched­dar, 65 % sont ab­sor­bés par le seul mar­ché bri­tan­nique.

L’agroa­li­men­taire en pre­mière ligne

Les sec­teurs agri­coles et agroa­li­men­taires se­raient les plus tou­chés par un Brexit sans ac­cord, pré­cise l’éco­no­miste Tom Hea­ly, di­rec­teur du Ne­ri, à Du­blin, centre de re­cherche af­fi­lié aux syn­di­cats ir­lan­dais. Au sud, pre­mière victime : le boeuf, ex­por­té à 47 % vers le Royaume-Uni, pre­mier par­te­naire com­mer­cial de l’Ir­lande, juste de­vant les pro­duits lai­tiers (42 %). L’Eire y ex­porte éga­le­ment 30 % des pro­duits ali­men­taires trans­for­més sur son sol. L’im­pact né­ga­tif es­ti­mé dans ces sec­teurs est com­pris entre 10 et 30 %, « en fonc­tion du type de Brexit qui se­ra choi­si », sou­ligne l’éco­no­miste.

Tous sec­teurs confon­dus, l’ef­fet Brexit pour­rait tou­cher 50 000 em­plois en Ré­pu­blique d’Ir­lande dans les dix ans. Mais « l’éco­no­mie n’est pas une science », re­la­ti­vise Tom Hea­ly.

Le Nord plus im­pac­té

En re­vanche, dit-il, il est pro­bable que l’Ir­lande du Nord soit en­core plus tou­chée que sa voi­sine. Les agri­cul­teurs, par­ti­cu­liè­re­ment. Ils per­draient les sub­ven­tions eu­ro­péennes sans ga­ran­tie de sub­sti­tu­tion. Pour les compenser, Paul Mac Flynn, éco­no­miste à Bel­fast, es­time qu’il n’est pas cer­tain qu’il existe des dé­bou­chés po­ten­tiels si­gni­fi­ca­tifs non ex­ploi­tés sur le mar­ché bri­tan­nique.

Pire en­core : si des pistes de nou­veaux mar­chés hors Union Européenne ne sont pas à écar­ter, les en­tre­prises nor­dir­lan­daises risquent de su­bir de plein fouet la concur­rence des im­por­ta­tions à faible coût en pro­ve­nance de ces pays, « une po­li­tique ali­men­taire bon mar­ché étant la base de la po­li­tique bri­tan­nique, ces der­nières dé­cen­nies ».

Être plus com­pé­ti­tif

Seul as­pect po­si­tif, se­lon Jo­na­than Mc Millan, di­rec­teur de l’uni­té Brexit à En­ter­prise Ire­land à Du­blin, sur le front de­puis trois ans pour pré­pa­rer les PME ir­lan­daises « : Le Brexit a fait ef­fet de ca­ta­ly­seur. En 2018, 535 PME ont in­ves­ti 74 M€ pour être plus com­pé­ti­tives. Notre am­bi­tion est d’aug­men­ter les ex­por­ta­tions de nos en­tre­prises de 50 % à l’ho­ri­zon 2020 vers l’Eu­rope, en par­ti­cu­lier vers la France ».

* Ce dis­po­si­tif tran­si­toire des­ti­né à amor­tir les ef­fets du Brexit main­tien­drait le Royaume-Uni dans une union doua­nière avec l’Union Européenne, avec une ap­pli­ca­tion plus stricte des normes eu­ro­péennes en Ir­lande du Nord.

Pho­to Her­vé Queillé

Jo­na­than Mc Millan, di­rec­teur de l’uni­té Brexit En­ter­prise Ire­land à Du­blin.

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