QUELLES GARANTIES DANS L’AS­SIETTE ?

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE -

Di­manche soir, une pro­bable in­toxi­ca­tion ali­men­taire a en­traî­né la mort de cinq ré­si­dents dans un Eh­pad à Lherm, près de Tou­louse. L’en­quête va main­te­nant ten­ter de dé­ter­mi­ner les responsabilités et les failles dans le cir­cuit d’ap­pro­vi­sion­ne­ment des re­pas. Mais jus­te­ment, comment est gé­ré ce der­nier ? Quelles sont les règles de sé­cu­ri­té ? Y a-t-il des contrôles ré­gu­liers dans ce type d’éta­blis­se­ments ? Ré­ponses.

Un drame ex­cep­tion­nel dans une mai­son de re­traite : cinq ré­si­dents d’un Eh­pad de la ré­gion de Tou­louse, quatre femmes et un homme, âgés de 76 à 95 ans, ont trou­vé la mort, à la suite d’une pro­bable in­toxi­ca­tion ali­men­taire, di­manche soir. La res­pon­sable d’une mai­son de re­traite nous livre quelques éclair­cis­se­ments sur les pra­tiques de res­tau­ra­tion au sein de ces éta­blis­se­ments.

Au to­tal, 22 per­sonnes âgées de l’Eh­pad (Eta­blis­se­ment hos­pi­ta­lier pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes) pri­vé « La Chê­ne­raie » à l’Herm, une com­mune si­tuée au sud de Tou­louse, ont été af­fec­tées, se­lon la pré­fec­ture. Cinq per­sonnes sont dé­cé­dées. Toutes « au­raient été vic­times d’une in­toxi­ca­tion ali­men­taire dans la soi­rée du 31 mars après le dî­ner », se­lon la pré­fec­ture.

Le par­quet de Tou­louse a ou­vert une en­quête pour « ho­mi­cides in­vo­lon­taires et bles­sures in­vo­lon­taires », se­lon une source proche de l’en­quête. Les in­ves­ti­ga­tions doivent no­tam­ment dé­ter­mi­ner si les re­pas étaient pré­pa­rés en in­terne ou ap­por­tés de l’ex­té­rieur. « L’éta­blis­se­ment, qui fait par­tie du Groupe Omé­ga, re­pris par le groupe Ko­rian le 18 fé­vrier, pro­duit les re­pas sur place avec ses propres équipes de cui­sine », a in­di­qué le groupe, nu­mé­ro un européen des mai­sons de re­traite. « Le der­nier contrôle ré­gle­men­taire d’hy­giène pé­rio­dique, réa­li­sé par un bu­reau d’étude ex­terne, avait eu lieu le 12 fé­vrier 2019. Les ré­sul­tats de ce contrôle étaient conformes », a as­su­ré Ko­rian. Des té­moi­gnages in­diquent pour­tant que le re­pas de di­manche soir n’avait pas été pré­pa­ré dans l’éta­blis­se­ment. Alain La­peyre, le fils d’une no­na­gé­naire dé­cé­dée, a ain­si af­fir­mé que le dî­ner in­cri­mi­né avait été li­vré de l’ex­té­rieur, pré­ci­sant que l’in­for­ma­tion leur avait été don­née par le mé­de­cin trai­tant de l’éta­blis­se­ment. Une autre pa­rente, Marie, dont le père de 78 ans n’a pas été in­toxi­qué, a confir­mé avoir eu la même in­for­ma­tion.

« Je suis très en co­lère »

Le pro­blème est sur­ve­nu « ap­pa­rem­ment sur des re­pas spé­ciaux, des re­pas mixés pour per­sonnes en fin de vie », a, pour sa part, af­fir­mé Chan­tal, la fille d’un couple ré­sident, in­demne. Alain La­peyre, comme Marie, ont af­fir­mé ne pas avoir été in­for­més de ce chan­ge­ment.

Dé­non­çant un « manque de per­son­nel », Alain La­peyre a in­di­qué qu’il al­lait por­ter plainte et contac­ter les autres fa­milles en ce sens. « Je suis très en co­lère, c’est in­ad­mis­sible », a-t-il af­fir­mé, re­le­vant que la fa­mille payait « pas loin de 3 000 eu­ros par mois » pour la prise en charge de leur mère, ac­cueillie de­puis dix ans souf­frant de la ma­la­die d’Alz­hei­mer.

Tou­jours re­cen­sée sur le site d’Ome­ga, la Chê­ne­raie, si­tuée au fond d’une im­passe, y est pré­sen­tée comme of­frant des « pres­ta­tions hô­te­lières haut de gamme » et une « cui­sine ré­gio­nale pré­pa­rée sur place ».

« Ce n’était pas un Eh­pad poin­té comme plus en dif­fi­cul­té qu’un autre » a com­men­té le se­cré­taire ré­gio­nal de la CFDT-san­té, Pierre-Louis Ca­na­vel­li.

L’alerte don­née après des vo­mis­se­ments

À l’in­té­rieur de l’éta­blis­se­ment, l’émo­tion ré­gnait par­mi les ré­si­dents in­demnes, se­lon plu­sieurs pa­rents. « Mon père était très cho­qué, il s’est écrou­lé quand il m’a vue, il pleu­rait », a ra­con­té Marie, af­fir­mant qu’il avait ap­pris la nou­velle « par la té­lé, dans sa chambre ».

L’Agence ré­gio­nale de san­té a in­di­qué avoir en­ta­mé les pre­mières in­ves­ti­ga­tions, qui doivent se pour­suivre « sur la base d’un ques­tion­naire ali­men­taire qui se­ra ad­mi­nis­tré au­près des ré­si­dents ». « Les re­pas-té­moins (lire ci-des­sous) ont été mis sous sé­questre et conser­vés dans l’at­tente de l’in­ter­ven­tion de la Di­rec­tion dé­par­te­men­tale de la pro­tec­tion des po­pu­la­tions », a-t-elle pré­ci­sé. Le par­quet a aus­si de­man­dé la mise sous scel­lés des cui­sines. Après l’alerte, dé­clen­chée par des « symptômes de vo­mis­se­ment », se­lon la sous-pré­fète de Saint-Gau­dens, les se­cours se sont « ren­dus im­mé­dia­te­ment sur place » et le centre opé­ra­tion­nel dé­par­te­men­tal ac­ti­vé. Une cel­lule d’ur­gence mé­di­co-psy­cho­lo­gique a aus­si été consti­tuée.

« Si l’in­toxi­ca­tion ali­men­taire est avé­rée », l’As­so­cia­tion des di­rec­teurs au ser­vice des per­sonnes âgées rap­pelle que « cette si­tua­tion est tout à fait ex­cep­tion­nelle dans un sec­teur ex­trê­me­ment­con­trô­lé ».

« La res­tau­ra­tion en Eh­pad est un des sys­tèmes de res­tau­ra­tion les plus tech­niques et dif­fi­ciles, mais dans le­quel, mal­heu­reu­se­ment, le risque zé­ro n’existe pas », a re­le­vé An­dré Bel­loc, pré­sident de Res­tau’Co, un ré­seau in­ter­pro­fes­sion­nel de res­tau­ra­tion col­lec­tive.

« La res­tau­ra­tion en Eh­pad est un des sys­tèmes de res­tau­ra­tion les plus tech­niques et dif­fi­ciles. »

An­dré Bel­loc, pré­sident d’un ré­seau de res­tau­ra­tion col­lec­tive.

Pho­to AFP

Le par­quet a pré­ve­nu que les re­cherches sur les causes de la mort des ré­si­dents s’an­noncent longues, à cause de « me­sures d’in­ves­ti­ga­tions com­plexes ».

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