La drogue à l’index en Chine

Le Télégramme - Quimper - - MONDE & FRANCE -

Le fen­ta­nyl, un sé­da­tif sou­vent dé­tour­né de sa vo­ca­tion, uti­li­sé prin­ci­pa­le­ment comme drogue, fait des ra­vages, no­tam­ment aux ÉtatsU­nis. Le pays a de­man­dé à la Chine, prin­ci­pale pour­voyeuse mon­diale du pro­duit, de sé­vir. Les au­to­ri­tés ont ac­cep­té de faire tout leur pos­sible pour rompre ce tra­fic.

La Chine a an­non­cé, lun­di, qu’elle al­lait ins­crire tous les types de fen­ta­nyl sur sa liste des sub­stances ré­gle­men­tées. Un geste ré­cla­mé par les États-Unis où cette drogue syn­thé­tique 50 fois plus forte que l’héroïne tue des mil­liers d’in­di­vi­dus chaque an­née.

Le fen­ta­nyl, qui a tué le chan­teur Prince en 2016, et pas moins de 28 000 Amé­ri­cains rien qu’en 2017, est un des élé­ments du dif­fé­rend com­mer­cial entre la Chine et les États-Unis. Lors de la der­nière ren­contre entre les Pré­si­dents des deux pays en dé­cembre, Xi Jin­ping avait pro­mis à Do­nald Trump de mettre la drogue à l’index. « Si la Chine s’en prend à cette drogue hor­rible et applique la peine de mort aux dis­tri­bu­teurs et aux re­ven­deurs, les ré­sul­tats se­ront sen­sa­tion­nels », avait dé­cla­ré le pré­sident amé­ri­cain.

Toutes les ques­tions sou­le­vées par les États-Unis « sont ré­so­lues », a as­su­ré de­vant la presse Liu Yue­jin, di­rec­teur ad­joint de la Com­mis­sion na­tio­nale an­ti-drogue, en an­non­çant l’en­trée en vi­gueur en Chine d’une nou­velle ré­gle­men­ta­tion à comp­ter du 1er mai pro­chain.

Contrôle des co­lis

Se pro­cu­rer du fen­ta­nyl, d’une rive à l’autre du Pacifique, n’a jus­qu’à pré­sent rien de sor­cier : les ache­teurs en com­mandent sur in­ter­net, payent avec leur carte de cré­dit ou en cryp­to­mon­naie et re­çoivent leur en­voi par la poste, comme l’a re­le­vé un rap­port du Congrès amé­ri­cain. La sub­stance en el­le­même n’est pas for­cé­ment illé­gale : elle peut être uti­li­sée comme cal­mant pour des ma­lades du can­cer en grande souf­france.

Mais des la­bo­ra­toires chi­nois, clan­des­tins ou non, com­mer­cia­lisent le pro­duit au tout-ve­nant. Si le gou­ver­ne­ment chi­nois com­bat la pro­duc­tion clan­des­tine, il le fait au­jourd’hui en s’at­ta­quant à des for­mules spé­ci­fiques du pro­duit. Mais il suf­fit aux la­bo­ra­toires de mo­di­fier lé­gè­re­ment leur com­po­si­tion pour mettre sur le mar­ché un nou­veau pro­duit avant qu’il soit in­ter­dit, à son tour, par les au­to­ri­tés. Afin de lut­ter contre le tra­fic, Liu Yue­jin a an­non­cé une sé­rie de me­sures : ins­pec­tions dans l’in­dus­trie chi­mique et phar­ma­ceu­tique, sur­veillance des in­for­ma­tions sur la drogue cir­cu­lant sur in­ter­net, fer­me­ture des ca­naux de com­mu­ni­ca­tion des tra­fi­quants et ren­for­ce­ment du contrôle des co­lis en douane. Les ser­vices de lo­gis­tique de­vront im­po­ser à leurs clients d’en­re­gis­trer des co­lis sous leur vé­ri­table iden­ti­té.

« Épi­dé­mie de morts »

Ces me­sures de­vraient avoir un im­pact im­por­tant, a dé­cla­ré Mike Vi­gil, an­cien res­pon­sable à l’in­ter­na­tio­nal de l’agence amé­ri­caine an­ti-drogue, la DEA. « Sans la co­opé­ra­tion de la Chine, les États-Unis ne par­vien­dront pas à en­ta­mer l’épi­dé­mie de morts par opia­cés », a-t-il sou­li­gné, es­ti­mant que la Chine en as­su­rait 85 % de la pro­duc­tion mon­diale.

Mais même si Pé­kin com­bat ef­fi­ca­ce­ment le tra­fic, les pro­duc­teurs pour­raient tout sim­ple­ment tra­vailler de­puis d’autres pays afin d’ar­ro­ser le mar­ché amé­ri­cain. « Le gou­ver­ne­ment ren­for­ce­ra sa co­opé­ra­tion avec les autres pays, y com­pris les États-Unis, afin de com­battre le dé­fi mon­dial que pose le fen­ta­nyl », a pro­mis Liu Yue­jin. Le haut res­pon­sable chi­nois n’en a pas moins re­je­té les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines quant au rôle de la Chine dans le tra­fic d’opia­cés. « Si les États-Unis veulent vrai­ment ré­soudre le pro­blème, ils doivent faire le mé­nage chez eux », a-til plai­dé. D’après lui, la crise est liée avant tout à l’abus, par les Amé­ri­cains, d’opia­cés ven­dus sur or­don­nance, au rôle de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et à une culture qui as­so­cie la drogue à « la li­ber­té et l’in­di­vi­dua­lisme ».

« L’ap­pât du gain dans l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique » et la sur­pres­crip­tion des opia­cés ont joué un rôle dans l’épi­dé­mie, re­con­naît Mike Vi­gil. « Si la Chine en­raye le tra­fic du fen­ta­nyl et des autres opia­cés à des­ti­na­tion des ÉtatsU­nis, ce­la au­ra un im­pact énorme, mais ce­la n’ar­rê­te­ra pas l’épi­dé­mie », re­con­naît-il.

EPA

Le chan­teur et mu­si­cien Prince est mort en 2016 d’une over­dose de fen­ta­nyl.Pho­to

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