Les agri­cul­teurs ac­teurs de la tran­si­tion cli­ma­tique

Le Télégramme - Quimper - - QUIMPER - Ro­nan Lar­vor

Di­ver­si­fi­ca­tion de leur ac­ti­vi­té en va­lo­ri­sant le bois dé­chi­que­té, ré­duc­tion des gaz à ef­fet de serre… les agri­cul­teurs sont de plus en plus conscients de leur im­por­tance pour ré­pondre aux en­jeux so­cié­taux, mais aus­si éco­no­miques. Deux exemples de tran­si­tion éner­gé­tique avec Pa­trick Tan­guy, pro­duc­teur de lait à Saint-Jean-Tro­li­mon, et Ro­nan Le Bou­rhis, pro­duc­teur de lait bio à Scaër.

« Les agri­cul­teurs ac­teurs de la tran­si­tion cli­ma­tique » : le thème de la der­nière as­sem­blée gé­né­rale de l’as­so­cia­tion Rés’agri Cor­nouaille a per­mis de vé­ri­fier cette af­fir­ma­tion. Les pro­fes­sion­nels sont de plus en plus conscients de leur im­por­tance pour ré­pondre aux en­jeux so­cié­taux, mais aus­si éco­no­miques.

de Pa­trick Tan­guy, pro­duc­teur de lait à Saint-Jean-Tro­li­mon est édi­fiant : « Je suis ins­tal­lé dans une zone cô­tière im­pac­tée par la sé­che­resse sur un ter­rain sé­chant plu­tôt sa­blon­neux. Je suis donc pré­oc­cu­pé de­puis long­temps par l’en­vi­ron­ne­ment. La ques­tion des gaz à ef­fet de serre m’a in­ter­pel­lé au point que j’ai fait un bi­lan carbone de l’ex­ploi­ta­tion en 2016. Il s’agis­sait de me­su­rer la quan­ti­té « équi­valent gaz car­bo­nique » par litre de lait. Mon bi­lan fi­nal de 0,76 kg/litre de lait est in­fé­rieur à la moyenne qui est de 0,90. Or ma mé­thode de tra­vail n’avait pas été mise en place par rap­port au pro­blème des gaz à ef­fet de serre mais pour des rai­sons éco­no­miques. Je pra­tique une agri­cul­ture de conser­va­tion des sols. J’ai sup­pri­mé les la­bours il y a une quin­zaine d’an­nées, je pra­tique les se­mis di­rects. Il s’agit d’évi­ter l’éva­po­ra­tion de l‘eau, d’es­sayer d’aug­men­ter la te­neur en ma­tière or­gaL’exemple nique des sols. Et je consomme trois fois moins de fuel pour les en­gins. J’ai aus­si cher­ché à op­ti­mi­ser la pro­duc­tion de lait par vache par l’ali­men­ta­tion, tout en as­su­rant la maî­trise de l’ori­gine de l’ali­men­ta­tion par la plus grande au­to­no­mie pos­sible en pro­téine. J’es­saie aus­si d’avoir moins d’ani­maux im­pro­duc­tifs par exemple en fai­sant vê­ler les gé­nisses plus tôt. Tout ce­la a eu un im­pact sur mon bi­lan carbone. L’éle­veur a aus­si dé­duit de sa pro­duc­tion ». Ces pra­tiques abou­tis­saient à une pro­duc­tion de gaz à ef­fet de serre de 0,86. Pour at­teindre l’em­preinte carbone nette de l’ex­ploi­ta­tion, Pa­trick Tan­guy a dé­duit le vo­lume de sto­ckage de carbone par les prai­ries na­tu­relles, les haies (10 km). « 11 % de mes émis­sions sont com­pen­sées par ce sto­ckage ce qui donne le bi­lan fi­nal de 0,76 kg/l ». Ro­nan Le Bou­rhis, agri­cul­teur à Scaër, est un pion­nier. Dès 2003, des agri­cul­teurs de la com­mune ont ré­flé­chi à une di­ver­si­fi­ca­tion de leur ac­ti­vi­té en va­lo­ri­sant le bois dé­chi­que­té is­su de leurs haies en pré­vi­sion de l’ins­tal­la­tion d’une nou­velle chauf­fe­rie bois à la pis­cine de Scaër. L’opé­ra­tion s’est concré­ti­sée fin 2005. La fi­lière bois-énergie sur le ter­ri­toire était née.

« Il faut une vo­lon­té po­li­tique »

Ro­nan Le Bou­rhis est au­jourd’hui gé­rant de la so­cié­té co­opé­ra­tive Éner­gies Bois Sud Cor­nouaille créée en 2013 et réunis­sant plu­sieurs ac­teurs de la fi­lière. L’agri­cul­teur est aus­si un pro­duc­teur de lait bio. « Dé­jà au col­lège, j’avais fait un dos­sier sur le pé­trole qui n’était pas un pro­duit éter­nel, sou­rit Ro­nan. J’ai tou­jours été sen­sible au su­jet du climat. Et à Scaër faire du bio sur l’herbe n’est pas com­pli­qué vu la plu­vio­mé­trie. Il y a aus­si un bo­cage dense. C’est lo­gi­que­ment que nous avons pen­sé l’utiliser avec le sou­tien des élus des EPCI. Il y a au­jourd’hui plus de 10 chau­dières bois que nous ap­pro­vi­sion­nons. C’est une fi­lière qui pour­rait se dé­ve­lop­per par­tout. Nous avons des res­sources in­nom­brables qui ne sont pas va­lo­ri­sées, mais il faut une vo­lon­té po­li­tique. Pour­tant le bo­cage est un abri pour les ani­maux, un rem­part contre le ruis­sel­le­ment, une source de bio­di­ver­si­té, un ou­til de sto­ckage du carbone. Nous pour­rions pro­duire plus, mais il n’y a pas assez de de­mandes. Du coup les pro­jets restent dans les car­tons. On de­mande beau­coup au monde agri­cole et der­rière, ce­la ne suit pas ». « Il faut une vo­lon­té po­li­tique pour la tran­si­tion éner­gé­tique avec un mar­ché à dé­ve­lop­per, si­non il se­ra im­pos­sible de dé­ve­lop­per une fi­lière bois qui reste en­core chère par rap­port au gaz ».

Pa­trick Tan­guy (à gauche), pro­duc­teur de lait en agri­cul­ture de conser­va­tion des sols à Saint-Jean-Tro­li­mon. Ro­nan Le Bou­rhis (à droite), pro­duc­teur de lait bio à Scaër, gé­rant de la so­cié­té co­opé­ra­tive Éner­gies Bois OuestCor­nouaille.

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