« La ré­si­lience re­lève de pa­ra­mètres qui nous échappent »

Le Télégramme - Quimper - - MIEUX VIVRE - Sté­pha­nie Torre

Pour­quoi cer­taines per­sonnes re­bon­dissent-elles mieux que d’autres ? Les ré­ponses du psy­chiatre David Gou­rion.

Psy­cho­lo­gies : Il sem­ble­rait que nous soyons in­égaux face au trau­ma. Vrai ou faux ?

David Gou­rion : Les cher­cheurs amé­ri­cains se sont po­sé la ques­tion dès la guerre du Viêt Nam quand, ex­po­sés aux mêmes si­tua­tions, cer­tains sol­dats re­ve­naient en état de si­dé­ra­tion, et d’autres pas. La ré­ponse s’est im­po­sée lors­qu’on a com­pris que les vé­té­rans en me­sure de re­bon­dir étaient ceux qui avaient conti­nué à agir pour es­sayer de s’en sor­tir.

La ré­si­gna­tion consti­tue­rait donc le plus grand frein à la ré­si­lience ?

C’est ce qu’ont d’abord dé­mon­tré ces études. Mais on s’est aper­çu aus­si que la pos­ture psy­chique dans la­quelle on se trouve ne ré­sulte pas seule­ment d’un choix per­son­nel, car entrent aus­si en jeu des pa­ra­mètres neu­ro­bio­lo­giques qui nous échappent, comme notre taux de sé­ro­to­nine (qui ré­gule le stress), par exemple.

La ré­si­lience se­rait ain­si une ca­pa­ci­té psy­cho­lo­gique et bio­lo­gique ?

C’est une ca­pa­ci­té glo­bale qui dé­pend de mul­tiples fac­teurs, par­mi les­quels notre en­vi­ron­ne­ment so­cial ou cultu­rel joue un rôle im­por­tant. Nos stra­té­gies de ges­tion du stress re­lèvent éga­le­ment de ce qui nous a été trans­mis pré­co­ce­ment sur le plan fa­mi­lial : si nous avons la croyance subjective que nous sommes do­tés des com­pé­tences re­quises pour dé­pas­ser les dif­fi­cul­tés, il nous se­ra plus fa­cile de les gé­rer que si nous sommes per­sua­dés du contraire…

Dans votre livre (1), vous dites aus­si que notre hy­giène de vie a une grande in­fluence sur nos res­sources in­ternes…

Il a été ef­fec­ti­ve­ment dé­mon­tré qu’une ali­men­ta­tion saine, mais aus­si une ac­ti­vi­té phy­sique ré­gu­lière tendent à favoriser les ca­pa­ci­tés de ré­si­lience, tan­dis que l’ex­po­si­tion aux drogues ou à l’al­cool leur nuit consi­dé­ra­ble­ment.

Est-il pos­sible de cultiver notre ca­pa­ci­té de ré­si­lience pour mieux ré­sis­ter au stress ai­gu ?

S’il est dif­fi­cile de s’exer­cer à l’in­ima­gi­nable, on sait, en re­vanche, grâce aux tra­vaux de Ste­ven Sou­th­wick (2), pro­fes­seur de psy­chia­trie à Yale, qu’il existe une di­zaine de fac­teurs prin­ci­paux de ré­si­lience qui peuvent nous sou­te­nir ef­fi­ca­ce­ment en cas d’épreuve. Par­mi eux : le recours à l’op­ti­misme réaliste (qui pri­vi­lé­gie l’in­for­ma­tion po­si­tive tout en te­nant compte du dan­ger), la flexi­bi­li­té cog­ni­tive (qui per­met de s’adap­ter au chan­ge­ment), la ca­pa­ci­té à utiliser sa peur comme un mo­teur (et non pas comme un fac­teur d’in­hi­bi­tions) ou le fait d’avoir des va­leurs mo­rales, éthiques et al­truistes éle­vées (qui per­mettent, no­tam­ment, d’ac­cep­ter l’aide des autres).

Se fixer des ob­jec­tifs n’est-il pas tout aus­si es­sen­tiel ?

C’est le dixième point re­le­vé par Ste­ven Sou­th­wick : avoir des ob­jec­tifs clairs et en ac­cord avec soi-même est bien sûr fon­da­men­tal. En ce sens, on peut dire que toute ré­si­lience né­ces­site de dé­ve­lop­per un fort sen­ti­ment d’au­to­dé­ter­mi­na­tion, car c’est lui qui per­met en­suite de tout ten­ter pour se ré­ins­crire dans l’ave­nir.

1. « La Fra­gi­li­té psy­chique des jeunes adultes, 15/30 ans : pré­ve­nir, ai­der, ac­com­pa­gner » (Odile Ja­cob).

2. « The science of re­si­lience... », Science, 5.10.2012.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.