1 000 MAIRES BRE­TONS FACE À MA­CRON

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Par les ré­dac­tions du Té­lé­gramme

Dans le cadre d’Assises ex­cep­tion­nelles, près de mille maires bre­tons vont dé­battre ce mer­cre­di à Saint-Brieuc sur plu­sieurs thé­ma­tiques fortes en pré­sence d’Em­ma­nuel Ma­cron. Huit d’entre eux ont ex­pli­qué au Té­lé­gramme ce qu’ils at­ten­daient du Pré­sident.

Ce mer­cre­di, près de 1 000 maires bre­tons sont réunis à Saint-Brieuc pour d’ex­cep­tion­nelles Assises. Un ras­sem­ble­ment qui se fera en pré­sence d’Em­ma­nuel Ma­cron. Le pré­sident de la Ré­pu­blique est at­ten­du par les élus d’ici. Qu’ils soient aux ma­nettes de grandes villes ou de pe­tites com­munes, du lit­to­ral ou des terres, hommes ou femmes, ils ont des ques­tions à po­ser au chef de l’État. Huit d’entre eux nous font part de leurs at­tentes. Fran­çois Cuillandre, maire de Brest (29) :

« J’at­tends du pré­sident de la Ré­pu­blique qu’il prenne conscience des si­tua­tions dif­fi­ciles aux­quelles est confrontée une très grande par­tie des Fran­çais. J’at­tends qu’il com­prenne qu’il est le Pré­sident de tous et pas uni­que­ment le chef d’une caste de « mé­ri­tants ». Je sais que le pou­voir éloigne des réa­li­tés mais nous, maires des com­munes, sommes confron­tés quotidiennement aux at­tentes de nos conci­toyens. J’at­tends éga­le­ment des ré­ponses pour Brest : nous avons be­soin de plus de po­li­ciers et des garanties bud­gé­taires pour main­te­nir un ser­vice pu­blic de qua­li­té, gage de co­hé­sion et de bien vivre en­semble. »

Lise Bouillot, maire de Cal­lac (22) :

« J’ai­me­rais pou­voir lui faire part de mon in­quié­tude sur le pro­jet de ré­forme sur l’école, ac­tuel­le­ment dans les tuyaux. Elle va di­luer le pre­mier cycle de l’école pri­maire dans le col­lège et ce­la me fait peur. Je ne vois pas l’in­té­rêt de cette ré­forme. Beau­coup de gens com­mencent à s’or­ga­ni­ser pour la contes­ter, je les suis. On va en par­ler au con­seil mu­ni­ci­pal, et nous ver­rons si nous devons prendre une mo­tion ou un voeu. Mon autre in­quié­tude, ce sont les do­ta­tions de l’État et la sup­pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion. La loi NOTRe a des ef­fets per­vers. Pour une com­mune comme la nôtre, ce­la re­pré­sente une perte de 78 000 eu­ros. Ce n’est pas rien pour notre pe­tit bud­get ! »

Ro­nan Loas, maire de Ploe­meur (56) :

« L’échelle de la com­mune et celle du dé­par­te­ment sont les échelles plé­bis­ci­tées par nos ci­toyens. Les maires sont ga­rants de l’ac­tion pu­blique car ils pra­tiquent au quo­ti­dien la dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive en as­so­ciant le ci­toyen aux dé­ci­sions qui le concernent. Ce mer­cre­di, j’at­tends l’an­nonce d’une vé­ri­table étape de la dé­cen­tra­li­sa­tion qui se tra­dui­ra par l’ins­tau­ra­tion, pour les pro­chaines élec­tions de 2021, du conseiller ter­ri­to­rial. Élu au scru­tin uni­no­mi­nal, ce­lui-ci rem­pla­ce­ra les ac­tuels conseillers ré­gio­naux et dé­par­te­men­taux. Em­ma­nuel Ma­cron doit pro­po­ser la fu­sion des cinq conseils dé­par­te­men­taux bre­tons en une col­lec­ti­vi­té lo­cale unique et réuni­fiée. Ce con­seil ter­ri­to­rial de Bre­tagne doit cor­res­pondre à une as­sem­blée ré­gio­nale de conseillers ter­ri­to­riaux élus, cha­cun, sur un ter­ri­toire à échelle hu­maine, le can­ton. Je suis donc fa­vo­rable à la créa­tion d’un par­le­ment de Bre­tagne pour­vu de pou­voirs lé­gis­la­tifs. Les com­munes et les ré­gions fran­çaises doivent ga­gner en au­to­no­mie et en com­pé­tences ; la Bre­tagne, ce n’est pas la Corse, et en­core moins l’Ile-de-France. L’État doit nous lais­ser la li­ber­té de nous or­ga­ni­ser en fonc­tion de nos spé­ci­fi­ci­tés ter­ri­to­riales, le mo­dèle fé­dé­ral pra­ti­qué dans dif­fé­rents pays eu­ro­péens est ef­fi­cient et net­te­ment plus stable. »

Marie-Claire Diou­ron, maire de SaintB­rieuc (22) :

« Par rap­port à nos villes in­ter­mé­diaires, comme Saint-Brieuc, je vais faire en sorte que le pré­sident de la Ré­pu­blique en­tende la nécessité d’un maillage ter­ri­to­rial. C’est ex­trê­me­ment im­por­tant pour la co­hé­sion so­ciale. Il faut ab­so­lu­ment un bon maillage qui per­mette à cha­cun et cha­cune de vivre ce qu’il a en­vie de vivre et de tra­vailler là où il a en­vie. Les villes, dites moyennes, ont des dif­fi­cul­tés parce qu’à un mo­ment don­né, on a peut-être trop concen­tré. On voit que l’en­semble de la po­pu­la­tion a be­soin d’être connec­té, les ha­bi­tants avec leur maire et les maires avec les di­ri­geants. »

Jean-Claude Ma­hé, maire de Di­nard (35) :

« Nous avons joué le jeu et fait les dé­bats du grand dé­bat na­tio­nal. Mais, entre la mai­rie et la com­mu­nau­té de com­munes, c’est quoi le bout du che­min à faire ? J’ai­me­rais que cette po­si­tion soit cla­ri­fiée. Par ailleurs, je tiens à sou­li­gner que je suis in­quiet pour ma com­mune sur le plan fi­nan­cier avec la sup­pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion. Il fau­dra en par­ler. »

Fran­çois Ca­dic, maire de Douar­ne­nez (29) :

« Le mou­ve­ment so­cial en cours a confir­mé un be­soin de nos conci­toyens d’écoute et de proxi­mi­té. Élus lo­caux et ci­toyens, nous sommes tous, me semble-t-il, dans l’at­tente d’un État qui ne soit pas em­pê­tré dans les normes, dans la ré­gle­men­ta­tion ou qui avance à coups de fis­ca­li­té pu­ni­tive. Nous avons, au contraire, be­soin d’un État qui ins­crit son ac­tion dans la du­rée, d’un État qui an­ti­cipe et qui donne de la vi­si­bi­li­té. La ques­tion de la dé­mo­gra­phie mé­di­cale en est une criante illustration. Le manque de mé­de­cins, gé­né­ra­listes comme spé­cia­listes, n’était-il pas pré­vi­sible ? De même, la ques­tion des ser­vices à la po­pu­la­tion dans les zones pé­ri­phé­riques ou ex­cen­trées doit être trai­tée comme un en­jeu d’un amé­na­ge­ment équi­li­bré du ter­ri­toire, d’éga­li­té entre les ter­ri­toires. Or, il faut sans cesse être vi­gi­lant. La dé­ma­té­ria­li­sa­tion ne peut pas tout ré­gler. La pré­sence hu­maine garde toute son uti­li­té. »

Nadine Ker­sau­dy, maire de Clé­denCap-Si­zun (29) :

« Le pre­mier mot qui me vient à l’es­prit est consi­dé­ra­tion : pour les gens qui sont dans la dif­fi­cul­té et pour le tra­vail des élus de ter­rain. Ce qui m’a frap­pée dans notre ac­tion mai­rie ouverte, c’est le grand désar­roi de nos conci­toyens, leur sen­ti­ment d’être un peu mar­gi­na­li­sés. Assez de ré­formes, plus de proxi­mi­té, main­tien des ser­vices publics, se don­ner les moyens de me­ner à bien ses pro­jets sont fi­na­le­ment aus­si les pré­oc­cu­pa­tions quo­ti­diennes des élus. Nous vou­lons trou­ver des so­lu­tions pour al­ler de l’avant. En ce sens, l’État doit être un fa­ci­li­ta­teur. Le gou­ver­ne­ment a re­dé­cou­vert les maires, il y a peu, il doit se rendre compte de la plu­ra­li­té des ter­ri­toires et de leurs in­ter­con­nexions. Avec la consi­dé­ra­tion vien­dra la confiance ».

« L’État doit nous lais­ser la li­ber­té de nous or­ga­ni­ser en fonc­tion de nos spé­ci­fi­ci­tés ter­ri­to­riales. »

Ro­nan Loas, maire de Ploe­meur (56)

Fran­çois Cuillandre Maire de Brest (29) Lise Bouillot Maire de Cal­lac (22) Ro­nand Loas Maire de Ploe­meur (56) Marie-Claire Diou­ron Maire de Saint-Brieuc (22)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.