Ar­naud Chou­tet. Aux ra­cines du rock sudiste

Le Télégramme - Quimper - - TV - Catherine Lo­zac’h

Ni uni­ver­si­taire, ni bi­ker, le Van­ne­tais Ar­naud Chou­tet aime par­ta­ger la musique qu’il aime. Ce na­tif de 1968, qui pas­sé plu­sieurs an­nées aux États-Unis, a une gui­tare au coeur, qui va de la coun­try au folk et au rock. Dans son nou­veau livre, il pro­pose une plon­gée au coeur du « Rock sudiste ».

Que ce­lui qui n’a ja­mais en­ten­du « La Grange » de ZZ Top ou « Sweet home Ala­ba­ma » de Ly­nyrd Sky­nyrd lève le doigt ! « Leur titre "Free bird" est tou­jours le plus joué de l’his­toire sur les ra­dios amé­ri­caines… », glisse Ar­naud Chou­tet. C’est dire que ces gars-là ont mar­qué l’his­toire contem­po­raine de la musique. Pour­tant, au­cun livre fran­co­phone ne s’était pen­ché sur l’his­toire de ce cou­rant, le rock sudiste. Qu’à ce­la ne tienne, Ar­naud Chou­tet aime dé­fri­cher, contex­tua­li­ser, ex­pli­quer, gratter et pas seule­ment sur sa gui­tare.

Une an­tho­lo­gie ac­ces­sible

« Ce cou­rant est né dans les an­nées 1970 dans le sud-est des États-Unis, le Dixie­land, des États qui évoquent plus l’es­cla­vage, le ra­cisme et la guerre de Sé­ces­sion que la contre-culture », ex­plique le pas­sion­né. « Au­jourd’hui, on a le re­cul suf­fi­sant pour voir quels ont été les meilleurs ta­lents, les meilleurs en­re­gis­tre­ments. Une gé­né­ra­tion s’en va, mais de grandes fi­gures sont en­core là pour té­moi­gner. Un gros tra­vail de ré­édi­tion a été en­tre­pris, il est donc pos­sible de (re)dé­cou­vrir cette musique », ex­plique le mu­si­cien et mé­lo­mane. C’est d’ailleurs comme un guide qu’il aborde cette plon­gée au pays des « Red­necks ». Un long tra­vail de près de deux ans, au­près de té­moins comme le gui­ta­riste et vio­lo­niste Char­lie Da­niels mais aus­si de ré­dac­teurs de fan­zines. « Il n’y au­ra sans doute pas beau­coup d’autres livres sur le su­jet, alors au­tant al­ler jus­qu’au bout de la dé­marche », glis­set-il dans un sou­rire mo­deste.

Cette an­tho­lo­gie qui n’en porte pas le nom a dé­jà été re­pé­rée par les spé­cia­listes. Amau­ry Char­deau lui a consa­cré une émis­sion « Juke-box », sur France Culture, il y a quelques jours. Et le Van­ne­tais va as­su­rer des dé­di­caces un peu par­tout en France.

Rock ar­dent

« Cette musique, c’est le ré­veil des pe­tits blancs amé­ri­cains. Les noirs avaient su re­mettre le sud à l’hon­neur avec la soul, le blues, le rhythm’n’blues, et de fortes re­ven­di­ca­tions iden­ti­taires. Un peu hu­mi­liée de ne rien pro­po­ser, une gé­né­ra­tion de mu­si­ciens blancs, qui ont joué pour des noirs, a eu en­vie de faire évo­luer le rock psy­ché­dé­lique ou californien, en mé­lan­geant les ra­cines noires et blanches », ex­plique Ar­naud Chou­tet. « C’est une musique assez sa­vante, ca­rac­té­ri­sée par ses par­ties de gui­tares har­mo­ni­sées. Comme en jazz, on y trouve de très longs so­li. Les chan­sons vé­hi­culent sou­vent les va­leurs du sud : l’ami­tié, le tra­vail, la fa­mille. On y trouve quelque chose d’ar­dent dans l’ex­pres­sion mu­si­cale, à la fron­tière du hard rock. Entre les groupes, il y avait un tel es­prit de ca­ma­ra­de­rie qu’ils ont presque for­mé une école ».

L’âge d’or de ce rock sudiste se­ra la cam­pagne et la man­da­ture du pré­sident Jim­my Car­ter de 1977 à 1981. « Gou­ver­neur de la Geor­gie, il est le pre­mier pré­sident démocrate du sud pro­fond de­puis un siècle. La chan­son of­fi­cielle de sa cam­pagne est si­gnée de Char­lie Da­niels. Cette gé­né­ra­tion croyait vrai­ment chan­ger le monde avec sa musique ». Loin des cli­chés ul­tra-conser­va­teurs, cer­tains de ces mu­si­ciens aux che­veux longs sont aus­si par­mi les pre­miers à créer des groupes mixtes où noirs et blancs jouent en­semble, comme The All­man Brothers Band, le pre­mier des 21 hé­rauts, dont Ar­naud Chou­tet dé­cor­tique l‘his­toire. « En­suite, le dis­co, la pop, la new wave les a re­mi­sés au pla­card », re­grette-t-il.

« Cette gé­né­ra­tion croyait vrai­ment chan­ger le monde avec sa musique »

Une in­fluence au-delà des États-Unis

Dres­sant éga­le­ment un in­ven­taire géo­gra­phique des « se­conds cou­teaux » qui n’ont pas eu la chance d’émerger, il rap­pelle que « ce cou­rant a eu une in­fluence au-delà des fron­tières des États-Unis. Même John­ny Hal­ly­day a ten­té une "Carte pos­tale d’Ala­ba­ma"… Sans doute pas la re­prise la plus réus­sie. Peu de mu­si­ciens ont réus­si à per­cer dans ce style en France, mais il y a tou­jours des pas­sion­nés qui font vivre ce ré­per­toire en live ».

S’il de­vait ne re­te­nir que trois groupes, le Van­ne­tais choi­si­rait Ly­nyrd Sky­nyrd, « parce qu’ils font par­tie des plus grands, qu’ils ont beau­coup tra­vaillé pour ar­ri­ver à cette har­mo­ni­sa­tion fine de trois gui­tares », Mar­shall Tu­cker Band, « pour leur pa­lette mul­tiple entre coun­try, blues et rock », et Out­laws, « pour leur son pas très loin des Eagles mais en plus dense ». D’ailleurs, le pas­sion­né de rock en­vi­sage de tra­ver­ser le con­tinent pour se pen­cher sur le rock californien. « Lui non plus n’a pas en­core été étu­dié… »

▼ Pra­tique

« Rock sudiste. When the South rose again » d’Ar­naud Chou­tet, aux édi­tions Le mot et le reste (23 €).

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