L’écri­ture du bre­ton et du fran­çais fa­ci­li­tée

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Jacques Chan­teau

Conçus à par­tir de nouvelles normes dé­voi­lées mar­di, de nou­veaux cla­viers d’or­di­na­teurs vont bien­tôt faire leur ap­pa­ri­tion. Ils fa­ci­li­te­ront l’uti­li­sa­tion du fran­çais mais aus­si des langues ré­gio­nales, notamment le bre­ton avec, par exemple, un tilde plus fa­ci­le­ment ac­ces­sible.

Ta­per un tilde (~) ou un autre ca­rac­tère sur le cla­vier in­for­ma­tique pou­vait sou­vent être la croix et la ban­nière. Ce se­ra dé­sor­mais simple comme un clic grâce à une nou­velle norme pré­sen­tée par l’Af­nor (*). « Un pe­tit pas pour notre affaire », com­mentent, à Ro­spor­den, les pa­rents du pe­tit Fañch…

Écrire cer­tains mots fran­çais à par­tir d’un cla­vier va de­ve­nir plus fa­cile. Ter­mi­nées ces gym­nas­tiques ma­nuelles consis­tant à en­fon­cer plu­sieurs touches en même temps afin d’ob­te­nir des ma­jus­cules avec un ac­cent, des li­ga­tures (OE/oe, AE/ae…), des ca­rac­tères comme le tilde, les sym­boles mo­né­taires… Une seule touche pour­ra suf­fire. In­ti­tu­lée « Dis­po­si­tions de cla­vier bu­reau­tique fran­çais » et dé­voi­lée mar­di, la nou­velle norme est à dis­po­si­tion des fa­bri­cants. Un pro­jet qui a été en­ga­gé fin 2015 sur pro­po­si­tion de la Dé­lé­ga­tion gé­né­rale à la langue fran­çaise et aux langues de France (mi­nis­tère de la Culture), en par­te­na­riat avec l’Af­nor. Il s’agit là de la pre­mière norme fran­çaise en la ma­tière.

Deux mo­dèles

Au­jourd’hui, ce sont des cla­viers, dits Azer­ty, qui sont uti­li­sés. Azer­ty comme les lettres des six pre­mières touches al­pha­bé­tiques du cla­vier. Des­ti­née à fa­ci­li­ter l’uti­li­sa­tion du fran­çais, la nou­velle norme pro­pose deux cla­viers. Le pre­mier est un mo­dèle Azer­ty « amé­lio­ré ». Les 26 lettres de l’al­pha­bet et les chiffres ne changent pas de place, contrai­re­ment à cer­tains autres signes tels que des voyelles ac­cen­tuées, l’aro­base, la ponc­tua­tion, le dièse (ha­sh­tag), les sym­boles mo­né­taires, les ac­co­lades…

Bap­ti­sé « Bé­po », le se­cond mo­dèle per­met sur­tout de sai­sir les ac­cents de langue eu­ro­péenne d’ori­gine la­tine. « Ce mo­dèle est au­jourd’hui re­con­nu comme pro­po­sant la dis­po­si­tion la plus er­go­no­mique et ef­fi­cace pos­sible pour la sai­sie du fran­çais et d’autres langues à al­pha­bet la­tin, mais aus­si pour la pro­gram­ma­tion », in­dique l’Af­nor.

« Le pe­tit Fañch pour­ra écrire fa­ci­le­ment son pré­nom »

Ces nou­veaux cla­viers fa­ci­li­te­ront la ré­dac­tion de textes en bre­ton, en corse, en ca­ta­lan… « Les Azer­ty ac­tuels li­mitent la sai­sie des langues ré­gio­nales, ex­plique l’Af­nor. Or, en oc­ci­tan, il doit être pos­sible d’ajou­ter des ac­cents graves et ai­gus à toutes les voyelles, chose difficile au­jourd’hui avec un cla­vier de base ; en ca­ta­lan, le point mé­dian doit être ac­ces­sible ; le bre­ton et le corse re­quièrent l’usage du tilde sur le « n »… Dans un contexte d’ou­ver­ture eu­ro­péenne, il de­ve­nait donc urgent de fa­ci­li­ter l’écri­ture des langues en al­pha­bet la­tin : l’es­zett en al­le­mand, le tilde en cas­tillan ou por­tu­gais, les points d’in­ter­ro­ga­tion ou d’ex­cla­ma­tion in­ver­sés, le O bar­ré pour le da­nois et le nor­vé­gien… ».

« Pour une fois que l’on n’a pas été obli­gés de ta­per du poing sur la table pour ob­te­nir quelque chose au ni­veau des langues ré­gio­nales », se ré­jouit le député mor­bi­han­nais Paul Mo­lac. « Le pe­tit Fañch pour­ra écrire fa­ci­le­ment son pré­nom sur le cla­vier », avait préa­la­ble­ment twee­té l’élu, al­lu­sion à l’affaire du tilde de Fañch, ce jeune en­fant de Ro­spor­den. De­puis sa nais­sance, le 11 mai 2017, ses pa­rents mènent un com­bat ju­ri­dique pour avoir l’au­to­ri­sa­tion d’uti­li­ser le signe ty­po­gra­phique tilde sur le « n » de Fañch. En no­vembre der­nier, la jus­tice avait don­né son feu vert pour l’usage du tilde, mais le parquet de la cour d’ap­pel de Rennes s’est pour­vu en Cour de cas­sa­tion.

« La jus­tice blo­quée sur de vieilles lu­bies »

« Le tilde est dé­sor­mais re­con­nu par le mi­nis­tère de la Culture, mais pas par le mi­nis­tère de la Jus­tice, dé­plore Paul Mo­lac. C’est là qu’est le pro­blème. Le mi­nis­tère de la Jus­tice est ain­si blo­qué sur de vieilles lu­bies ». En at­ten­dant la dé­ci­sion de la Cour de cas­sa­tion, les pa­rents du pe­tit Fañch sont plu­tôt ra­vis d’ap­prendre la créa­tion de la norme pour les cla­viers in­for­ma­tiques. « C’est plu­tôt une bonne nou­velle, confirme le papa de Fañch. Au lieu d’avoir les doigts sur plein de touches en même temps, un seul suf­fi­ra. C’est un pe­tit pas pour toute notre affaire et pour la langue bre­tonne ».

* Association fran­çaise de nor­ma­li­sa­tion

Claude Prigent

Les nou­veaux cla­viers fa­ci­li­te­ront la ré­dac­tion de textes en fran­çais, mais aus­si en bre­ton, en corse, en ca­ta­lan.Pho­to

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