Bar­khane. La France gagne du ter­rain

Le Télégramme - Quimper - - MONDE & FRANCE -

Après une sé­rie d’opé­ra­tions mi­li­taires pen­dant un an et de­mi dans le Lip­ta­ko, dans le nord-est du Mali, la force fran­çaise an­ti­ji­ha­diste Bar­khane étend ses ef­forts de l’autre cô­té du fleuve Ni­ger.

Dans le Lip­ta­ko, à la fron­tière entre le Mali et le Ni­ger, où Bar­khane se bat de­puis fin 2017 contre le groupe ap­pe­lé État is­la­mique au Grand Sa­ha­ra (EIGS), « on a at­teint un cer­tain point de dé­ve­lop­pe­ment, de res­tau­ra­tion de l’État ma­lien et d’af­fai­blis­se­ment de l’en­ne­mi », es­time le chef d’état­ma­jor fran­çais, le gé­né­ral François Le­cointre. « Il y a un vé­ri­table re­tour des ha­bi­tants, la ré­ins­tal­la­tion de l’État et des forces ma­liennes, parce qu’ils pensent que l’en­ne­mi est dé­sor­mais à leur por­tée ».

Ain­si, ex­plique-t-il, « au­jourd’hui, nous nous pré­pa­rons à une ex­ten­sion dans une autre ré­gion conti­guë, le Gour­ma, pour conduire la même ac­tion », tout en conti­nuant à sou­te­nir le pro­ces­sus de sta­bi­li­sa­tion du Lip­ta­ko, où sont ac­tuel­le­ment dé­ployés 500 sol­dats fran­çais.

Un mé­de­cin mi­li­taire du Mans

Vaste espace de pas­sage si­tué sous la boucle du fleuve Ni­ger, le Gour­ma s’étend sur trois ré­gions ma­liennes (Gao, Tom­bouc­tou et Mop­ti). Il est « ré­pu­té être une zone sanc­tuaire » pour plu­sieurs groupes ar­més, sou­ligne le gé­né­ral Fré­dé­ric Bla­chon, com­man­dant de l’opé­ra­tion Bar­khane. Preuve de la dan­ge­ro­si­té du lieu, pas plus tard que mar­di un mé­de­cin mi­li­taire, le ca­pi­taine Marc Lay­cu­ras, âgé de 30 ans, qui ser­vait au sein de la 120e an­tenne mé­di­cale du Mans, a été tué. Il a trou­vé la mort à la suite du dé­clen­che­ment d’un en­gin ex­plo­sif au pas­sage de son vé­hi­cule blin­dé.

160 morts le 23 mars

Le nord du Mali est tom­bé en mar­sa­vril 2012 sous la coupe de groupes ji­ha­distes, en grande par­tie dispersés par une in­ter­ven­tion mi­li­taire lan­cée, en janvier 2013, à l’ini­tia­tive de la France. Mais des zones en­tières échappent en­core au contrôle des forces ma­liennes, fran­çaises et de l’Onu. De­puis 2015, les vio­lences se sont pro­pa­gées du nord au centre du pays, beau­coup plus den­sé­ment peu­plé, où elles se mêlent très sou­vent à des conflits in­ter­com­mu­nau­taires. Une tue­rie im­pu­tée à des chas­seurs do­gons se pré­sen­tant comme un « groupe d’au­to­dé­fense » an­ti­ji­ha­diste a ain­si fait quelque 160 morts, le 23 mars, dans un vil­lage près de la fron­tière bur­ki­na­bè.

Pour rayon­ner dans le Gour­ma, où l’ar­mée ma­lienne a su­bi ces der­nières se­maines de lourdes pertes, Bar­khane a fait sor­tir de terre une base avan­cée à proxi­mi­té de la ville de Gos­si, propre à ac­cueillir quelques cen­taines de mi­li­taires fran­çais.

« Une ques­tion de fier­té na­tio­nale »

À terme, « en fonc­tion des pro­grès que nous fe­rons en ma­tière de sé­cu­ri­té et dé­ve­lop­pe­ment et de ré­ins­tal­la­tion de l’État ma­lien, il y au­ra une bas­cule de l’ef­fort dans le Gour­ma, avec une pré­sence plus lé­gère dans la zone du Lip­ta­ko », ex­plique le gé­né­ral Le­cointre.

Plus à l’ouest, dans la ré­gion de Mop­ti où opère le groupe ji­ha­diste du pré­di­ca­teur ra­di­cal peul, Ama­dou Kou­fa, « on est en me­sure d’in­ter­ve­nir si be­soin », com­mente un haut gra­dé fran­çais de Bar­khane.

Mais « le gou­ver­ne­ment ma­lien a tou­jours fait sa­voir qu’il s’oc­cu­pait de cette zone. C’est une ques­tion de fier­té na­tio­nale », tem­père un autre haut res­pon­sable mi­li­taire, écar­tant, pour l’heure, l’hy­po­thèse d’une opé­ra­tion fran­çaise dans cette ré­gion, à l’image de l’im­plan­ta­tion en­ta­mée dans le Gour­ma.

AFP

Deux sol­dats fran­çais près de leur nou­velle base de Gos­si, une zone par­ti­cu­liè­re­ment aride.Pho­to

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