Doux : un an après le séisme

Le Télégramme - Quimper - - QUIMPER - Di­mi­tri L’hours

C’était il y a tout juste un an. Après de mul­tiples re­bon­dis­se­ments, des mois (si­non des an­nées) d’in­cer­ti­tudes, le tri­bu­nal de com­merce de Rennes pro­non­çait la li­qui­da­tion ju­di­ciaire du groupe Doux. Un an après, que sont de­ve­nus le site châ­teau­li­nois ain­si que les sa­la­riés qui y tra­vaillent ou y tra­vaillaient ? La ré­ponse dans notre dos­sier.

Le 4 avril 2018, le tri­bu­nal de com­merce de Rennes pro­non­çait la li­qui­da­tion ju­di­ciaire du groupe Doux, l’his­to­rique vo­lailler châ­teau­li­nois, cri­blé de dettes. Un an plus tard, l’ho­ri­zon est bien plus dé­ga­gé pour France Poul­try, fi­liale fran­çaise du groupe saou­dien AlMu­na­jem, qui gère dé­sor­mais l’abat­toir châ­teau­li­nois. Un site près du­quel LDC en­vi­sage tou­jours la construc­tion d’un deuxième abat­toir pour 2021. 340 000 pou­lets par se­maine et des comptes dans le vert pour France Poul­try.

De la base vers le som­met. En­tré chez Doux en 1987, di­rec­teur du site de Châ­teau­lin de 1995 à 2003, François Le Fort est le pré­sident de France Poul­try, fi­liale du groupe saou­dien Al-Mu­na­jem. La so­cié­té em­ploie 465 sa­la­riés sur l’abat­toir châ­teau­li­nois, re­pris en mai 2018, après la li­qui­da­tion ju­di­ciaire de Doux. 340 000 pou­lets y sont abat­tus chaque jour. Un rythme qui a per­mis de ré­in­té­grer, en octobre 2018, une ving­taine des 70 sa­la­riés de l’abat­toir châ­teau­li­nois non re­pris dans l’offre ini­tiale d’Al-Mu­na­jem. Une fois abat­tus, les pou­lets sont ex­por­tés qua­si-ex­clu­si­ve­ment vers le Moyen-Orient (Ara­bie-Saou­dite, Ko­weït, Bah­reïn, Ye­men…). « Nous com­mer­cia­li­sons des pro­duits ha­lal, tou­jours sous la marque Doux, très de­man­dés dans cette par­tie du globe, à par­tir de vo­lailles 100 % fran­çaises. Nous jouons vrai­ment la va­leur ajou­tée », se fé­li­cite François Le Fort. « Le chiffre d’af­faires de France Poul­try est de 140 M€ contre 300 M€ pour Doux mais le ré­sul­tat net pour 2018 est de 2,4 M€ et les ten­dances sont très po­si­tives pour 2019 ». Un ré­sul­tat consé­cu­tif à la ré­duc­tion de l’équipe sup­port, pas­sée de 120 à 23 sa­la­riés, mais aus­si à une con­jonc­tion d’épi­sodes fa­vo­rables : l’in­sta­bi­li­té po­li­tique et les pro­blèmes sa­ni­taires au Bré­sil, pays très agres­sif sur le mar­ché de la vo­laille, ou en­core à une plus grande sta­bi­li­té mo­né­taire. « L’ex­po­si­tion uni­ver­selle à Du­baï en 2020-2021 et l’or­ga­ni­sa­tion de la Coupe du monde de foot­ball au Qa­tar en 2022 pour­raient aus­si être bé­né­fiques ».

Un nou­vel abat­toir châ­teau­li­nois en 2021.

Ce ta­bleau fa­vo­rable est renforcé par la vo­lon­té ré­af­fir­mée de LDC, lea­der fran­çais de la vo­laille, de cons­truire un nou­vel abat­toir à Châ­teau­lin, à quelques mètres de l’ac­tuel. « Nous avons qua­si­ment fi­na­li­sé l’ac­qui­si­tion de 8,5 hec­tares de ter­rain, où nous construi­rons un bâ­ti­ment de 30 000 m² », an­nonce Ro­land To­na­rel­li, di­rec­teur gé­né­ral de la So­cié­té bre­tonne de vo­lailles pour LDC. « L’ac­ti­vi­té pour­rait dé­mar­rer mi-2021 », pour­suit-il.

La pro­duc­tion de ce nou­vel abat­toir se­rait uni­que­ment des­ti­née au mar­ché fran­çais, où plus de 50 % de la vo­laille consom­mée vient de l’étran­ger au­jourd’hui. Mon­tant de l’in­ves­tis­se­ment pour LDC : 55 M€, que la Ré­gion pour­rait sou­te­nir à hau­teur de 15 M€. « Nous avons une réunion dans deux se­maines mais ce coup de pouce est une condi­tion sine qua none pour la mise en oeuvre de ce pro­jet ». LDC pro­jette d’em­bau­cher 250 sa­la­riés dans un pre­mier temps, puis 150 sup­plé­men­taires une fois l’ac­ti­vi­té lan­cée.

Une fi­lière amont en at­tente de sou­tien.

Cet ho­ri­zon dé­ga­gé ne sau­rait ce­pen­dant mas­quer quelques pro­blèmes po­ten­tiels. À com­men­cer par la fri­lo­si­té des banques, sol­li­ci­tées par Yer Breizh, so­cié­té en charge de la fi­lière amont, qui re­groupe 160 éle­veurs bre­tons (pour moi­tié du Finistère). Pré­si­dée par Pas­cal Le Floc’h, lui aus­si en­tré chez Doux en 1987, Yer Breizh est dé­te­nue par Al-Mu­na­jem (33,5 %), LDC (33,5 %), Ter­re­na (14 %), Tris­ka­lia (14 %) et la Ré­gion Bre­tagne (5 %). « Le cou­voir et les fermes de La Har­moye (22) né­ces­sitent des in­ves­tis­se­ments. Nous avons es­sayé de convaincre les banques pour un fi­nan­ce­ment de 3 M€ mais il existe une fri­lo­si­té vu l’his­to­rique », constate Pas­cal Le Floc’h.

Sa­laün Ho­li­days en pole pour ache­ter le siège in­oc­cu­pé.

Dé­sor­mais pro­prié­té de LDC, le siège en verre de Doux, vi­sible de­puis la RN165, de­vrait pro­chai­ne­ment trou­ver pre­neur. « Les ru­meurs concer­nant l’in­té­rêt de Sa­laün Ho­li­days sont fon­dées. Ce n’est pas si­gné mais nous ne sommes pas in­quiets sur ce dos­sier », concède Ro­land To­na­rel­li. Une in­for­ma­tion confir­mée par Mi­chel Sa­laün, PDG de Sa­laün Ho­li­days.

Pho­to D. L 'h.

François Le Fort, pré­sident de France Poul­try. Il est en­tré chez Doux en 1987. Si le groupe n’existe plus, la marque est tou­jours com­mer­cia­li­sée au MoyenO­rient. Pho­to

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