Kurt Co­bain. « Un mec chouette et zen »

Le Télégramme - Quimper - - MONDE & FRANCE -

Il y a 25 ans, le 5 avril 1994, le chan­teur du groupe grunge Nir­va­na, Kurt Co­bain, met­tait fin à ses jours, à l’âge de 27 ans. « C’était un mec vrai­ment chouette », se sou­vient Jean-Louis Bros­sard. Le pro­gram­ma­teur des Trans Mu­si­cales de Rennes a été l’un des pre­miers, en 1991, à in­vi­ter la for­ma­tion amé­ri­caine en France. Il ra­conte.

« Le 1er septembre 1991, avec Her­vé Bor­dier (co­fon­da­teur des Trans Mu­si­cales), nous étions au fes­ti­val "Une nuit à Vienne" à Rot­ter­dam (Pays-Bas). Nous étions 200 dans une toute pe­tite salle. C’était mar­rant car à un mo­ment, on a vu des mecs en blouses blanches ins­tal­ler du ma­té­riel sur scène, puis prendre leurs ins­tru­ments et se mettre à jouer. On croyait au dé­part que c’étaient des roa­dies, mais non, c’était Nir­va­na. Je ne les connais­sais ab­so­lu­ment pas et là, on a vu une force, une éner­gie, des titres, une voix…

« Ex­plo­sé contre la bat­te­rie »

« On a en­suite si­gné un contrat pour les faire ve­nir aux Trans. J’ai dea­lé un ca­chet de 11 000 francs (en­vi­ron 1 700 eu­ros), c’est-à-dire que dalle. Et deux mois avant leur ve­nue à Rennes, leur al­bum "Ne­ver­mind" (ven­du à plus de 30 mil­lions d’exem­plaires) est sor­ti et en dé­cembre, lors­qu’ils se sont pro­duits à Rennes, ils étaient lea­ders un peu par­tout dans le monde. Le deal n’a pas été re­né­go­cié pour au­tant.

Le jour de leur ve­nue (le 7 dé­cembre 1991) à la salle om­ni­sports de Rennes, seul Krist, le bas­siste, et Dave, le bat­teur, ont par­ti­ci­pé à la confé­rence de presse, car Kurt a pré­fé­ré se re­po­ser pour être en forme pour le concert. Il vou­lait être pei­nard et de toute fa­çon, les confé­rences de presse ne l’in­té­res­saient pas.

Lors de ce concert ren­nais qui a ras­sem­blé 5 000 per­sonnes, je me sou­viens sur­tout de la fin qui fut com­plè­te­ment in­croyable avec Kurt qui s’est ex­plo­sé contre la bat­te­rie et Krist qui l’a pris dans ses bras.

Après le show, on a pris le cham­pagne en­semble et ils ont si­gné le livre d’or sur le­quel Kurt a écrit, sans doute avec un brin de dé­ri­sion : "Full of thanks, Kurt, in­ter­na­tio­nal rock star " ("Mille mercis, Kurt, star in­ter­na­tio­nale de rock"). On n’a pas pris de photos, d’au­tant qu’à l’époque, il n’y avait pas de té­lé­phones por­tables et donc pas de sel­fies. »

« Comme s’il por­tait une ser­pillière »

« Ar­ri­vé au bon mo­ment sur la scène rock, Nir­va­na a été un grand groupe avec de ma­gni­fiques chan­sons. Une for­ma­tion qui dé­ga­geait un truc par­ti­cu­lier, une vé­ri­table éner­gie. Kurt était un grand gui­ta­riste et un très grand chan­teur. En plus, il avait un cô­té na­tu­rel avec cette es­pèce de pull af­freux. C’est comme s’il por­tait une ser­pillière. Au­jourd’hui, il y a beau­coup de groupes de rock mais Nir­va­na n’a pas d’équi­valent. La for­ma­tion de Kurt Co­bain avait, elle, quelque chose de ma­gique. C’est un groupe qui reste my­thique, unique. Kurt de­meure en­core hy­per connu. La preuve : nous avions fait un fes­ti­val en Chine et là-bas, ils ne connais­saient pas Nir­va­na. En re­vanche, ils connais­saient Kurt Co­bain. C’est fou. »

« Un mec vrai­ment chouette »

J’ai re­vu Nir­va­na, le 16 fé­vrier 1994 à Rennes, quand on l’a pro­gram­mé, tou­jours à la salle om­ni­sports (au­jourd’hui Le Li­ber­té). Ce soir-là, les trois mu­si­ciens étaient tou­jours four­rés dans la loge des Buzz­coks car ils en étaient grands fans. Ils avaient choi­si les Buzz­coks pour as­su­rer la pre­mière par­tie de leur tournée eu­ro­péenne. C’était la cin­quième fois que je voyais Nir­va­na. Ce fut un su­per concert mais ce­lui pour le­quel j’ai re­çu la plus grosse claque fut quand même le pre­mier, à Rot­ter­dam. Après leur se­cond pas­sage à Rennes, ils sont par­tis en­suite en Ita­lie et après, Kurt est mort. J’ai ap­pris son suicide dans le jour­nal. C’était atroce. Ce fut un énorme choc. Kurt était un mec vrai­ment chouette, un gar­çon très dis­cret, très zen et très sym­pa. Il par­lait tout dou­ce­ment et il n’était pas du tout dans l’ex­ci­ta­tion.

C’est un type qui a été pro­fon­dé­ment mal­heu­reux. Je pense qu’il a été abu­sé quand il a été ga­min. Comme il avait des pro­blèmes d’es­to­mac, il a pris pas mal d’hé­roïne pour cal­mer ses dou­leurs. Il a su­bi beau­coup de souf­france dans sa vie… Mal­gré la pré­sence de sa co­pine, Court­ney Love, la nais­sance de son en­fant, ce­la n’a pas été suf­fi­sant pour qu’il reste en vie. La dis­pa­ri­tion de Kurt Co­bain fut une grosse perte pour la mu­sique ».

Pho­to Pierre Iglesias

Lors du pas­sage de Nir­va­na, le 7 dé­cembre 1991, à Rennes, de­vant 5 000 per­sonnes, soit trois mois après que Jean-Louis Bros­sard avait re­pé­ré le trio qui jouait de­vant 200 per­sonnes à Rot­ter­dam.

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