QUI VEUT ADOP­TER LE BOUC ARTHUR ?

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Hubert Orione

À Concar­neau, la SPA pri­vée de Cor­nouaille a un pen­sion­naire un peu par­ti­cu­lier qui se dis­tingue par­mi les chiens et les chats : un bouc, Arthur, re­cueilli il y a deux ans après une en­fance dif­fi­cile. Mais la struc­ture n’étant adap­tée pour l’hé­ber­ger du­ra­ble­ment, il a donc été mis à l’adop­tion, no­tam­ment via internet où il connaît un cer­tain suc­cès.

À Concar­neau, la SPA pri­vée de Cor­nouaille

pro­pose des chats et des chiens à l’adop­tion. Ba­nal. Un la­pin aus­si. Mais, au refuge, on ne tombe pas que sur du fé­lin, du ca­nin ou du lé­po­ri­dé. Il y a aus­si le bouc Arthur, roi du chep­tel, qui at­tend aus­si une fa­mille d’ac­cueil car, même si le refuge est à la cam­pagne, il s’y en­nuie ferme. Vou­lez-vous l’adop­ter ? La vie d’Arthur, c’est avant tout la triste histoire d’une en­fance mal­heu­reuse sur fond de mal­trai­tance. « Arthur a gran­di avec des mou­tons, des chèvres et des la­pins dans une ferme de Douar­ne­nez où vi­vait un couple d’agri­cul­teurs », se sou­vient So­phie qui, bé­né­vole du refuge, connaît toute l’épo­pée du roi Arthur. « Au dé­cès du mon­sieur, sa femme a été très ra­pi­de­ment dé­bor­dée par les nais­sances et le bouc a été en­fer­mé dans un pe­tit ap­pen­tis sombre, en­com­bré de meubles cas­sés et de piles de paille ». L’es­pace était tel­le­ment exi­gu qu’Arthur ne pou­vait pas se te­nir debout et pas­sait donc, dans le noir, le plus clair de son temps grim­pé sur la paille à ru­mi­ner toute la tris­tesse du monde. Et si l’al­ti­tude lui don­nait un peu de hau­teur de vue, « il ne pou­vait pas s’user les sa­bots ». Arthur ris­quait d’at­tra­per la ma­la­die du pié­tin, cette in­fec­tion qui fi­nit par at­teindre les ar­ti­cu­la­tions et oblige par­fois les boucs à ne pou­voir se dé­pla­cer qu’à ge­noux. Bref, « c’était in­sou­te­nable », as­surent les bé­né­voles du refuge.

Se re­faire une san­té

Après un si­gna­le­ment ano­nyme et le pas­sage d’un vé­té­ri­naire, les ani­maux de cette ferme ont été eu­tha­na­siés. « Mais, sou­ligne So­phie, j’ai réus­si à ra­me­ner Arthur au refuge, il y a plus de deux ans. Et même si nous n’avons pas la struc­ture pour ac­cueillir ce genre d’ani­mal, Arthur est mieux ici ». Un abri, les deux co­qs Tic et Tac pour lui te­nir com­pa­gnie et un en­clos pour se dé­gour­dir les pattes et user les sa­bots : « Au refuge, Arthur est ici comme un coq en pâte ». Gwé­naëlle Li­der, pré­si­dente du refuge SPA, ac­quiesce mais note : « Arthur s’en­nuie et notre struc­ture n’est pas adap­tée pour l’hé­ber­ger du­ra­ble­ment ». Arthur doit donc être mis à l’adop­tion.

En ve­dette sur « Fa­ce­bouc »

Mis en avant sur la page Fa­ce­book du refuge, en mars der­nier, Arthur s’est at­ti­ré des com­men­taires élo­gieux sur sa beau­té, son port al­tier, voire son re­gard un tan­ti­net brillant. De nom­breux in­ter­nautes ont sou­hai­té le re­cueillir. Sauf peut-être Ma­ga­li qui met­tait une condi­tion : « Cas­tré, je t’au­rai bien pris mon pé­père, mais là, pas pos­sible ». Avec des mil­liers de vues, 104 com­men­taires et 354 par­tages sa­me­di, Arthur a fait un ta­bac.

Pas­sage en fa­mille d’ac­cueil

Il reste que pour adop­ter un bouc, l’af­faire est un poil plus com­pli­quée que pour un chat ou un chien. Arthur a re­çu ses boucles aux oreilles en juin der­nier mais, pour être adop­té, « il doit aus­si avoir deux prises de sang pour dé­ce­ler d’éven­tuelles ma­la­dies ». Le refuge a, une dé­ro­ga­tion « mais pour une adop­tion, les ana­lyses sont obli­ga­toires », rap­pelle la pré­si­dente. Le ren­dez-vous pour la pre­mière prise de sang est pris mais « il faut entre six mois et un an entre les deux prises de sang. Nous cher­chons donc une ferme pé­da­go­gique pou­vant ser­vir de fa­mille d’ac­cueil du­rant ce dé­lai », ré­sume Gwe­naëlle Li­der. Vien­dra en­suite la pro­cé­dure d’adop­tion et là, « pas de sou­ci a prio­ri », avance la pré­si­dente qui sait qu’une bé­né­vole du refuge sou­haite dé­jà l’adop­ter.

« Il est gen­til mais il pue… »

Arthur a le poil lus­tré. L’oeil est vif, même si le bouc a par­fois le re­gard un peu bi­zarre. Il com­mence à s’adap­ter à l’homme et « on peut main­te­nant l’ap­pro­cher et lui don­ner à man­ger dans la main », se ré­jouit Elsa qui s’en oc­cupe. « Il est in­tel­li­gent, très doux et gen­til mais c’est vrai qu’il pue… », re­con­naît-elle aus­si. Arthur a juste be­soin d’un peu d’es­pace vert, d’un abri avec de la bonne paille et d’une nour­ri­ture adap­tée. La pierre de sel se­rait la ce­rise sur le gâ­teau. Et, sur­tout, rap­pelle Elsa : « Pour son bon­heur, il a vrai­ment en­vie d’une co­pine chèvre ». Avec une fée, Arthur trou­ve­rait son Graal.

Pho­to H.O.

Pe­tit ca­prin aux yeux en amande, Arthur est sym­pa mais son lourd pas­sé le rend très crain­tif et il prend très vite le large.

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