Mu­riel Pé­ni­caud. « Nul n’est in­em­ployable »

Le Télégramme - Quimper - - INTERVIEW - Pro­pos re­cueillis par Hubert Cou­du­rier et Sté­phane Bu­gat

Ren­for­cer les filières de for­ma­tion afin de ré­pondre aux at­tentes des en­tre­prises en re­cherche de col­la­bo­ra­teurs qua­li­fiés : c’est l’es­prit du Plan d’investissement dans les com­pé­tences, dont Mu­riel Pé­ni­caud, la mi­nistre du Tra­vail, vient si­gner, ce lun­di, le vo­let bre­ton. Comment ce plan s’ins­crit-il dans l’en­semble de sa po­li­tique ? Elle s’en ex­plique dans l’en­tre­tien qu’elle a ac­cor­dé au Té­lé­gramme. > Au terme du grand dé­bat, faut-il ren­ver­ser la table ou pro­lon­ger ce qui a été fait de­puis deux ans ?

Au­jourd’hui, a lieu la res­ti­tu­tion du grand dé­bat qui est un suc­cès en termes de par­ti­ci­pa­tion et qui té­moigne d’une grande vi­ta­li­té dé­mo­cra­tique dans notre pays. Dans mon do­maine, le mar­ché du tra­vail, je constate qu’il y a peu de re­mises en cause des ré­formes dé­jà réa­li­sées, qu’il s’agisse des or­don­nances sur le droit du tra­vail, de la loi sur la for­ma­tion et l’ap­pren­tis­sage ou de l’éga­li­té pro­fes­sion­nelle entre les femmes et les hommes. Il y a même une at­tente pour qu’elles pro­duisent plus ra­pi­de­ment des ré­sul­tats. Nous de­vons al­ler au bout des autres ré­formes engagées : la fonc­tion pu­blique, l’as­su­rance chô­mage, les retraites. Il faut aus­si ré­pondre à d’autres su­jets, tels l’ac­com­pa­gne­ment so­cial de la tran­si­tion éco­lo­gique, qui va im­pac­ter quatre mil­lions d’em­plois, et l’es­sor des nou­velles tech­no­lo­gies qui va concer­ner un em­ploi sur deux.

> Pen­dant ce grand dé­bat, il a été peu ques­tion du chô­mage.

L’em­ploi et le tra­vail n’ont pas été des su­jets ma­jeurs, ni pour les gi­lets jaunes, ni lors du grand dé­bat. Je crains que nos conci­toyens se soient ré­si­gnés à un taux de chô­mage éle­vé, comme c’est le cas de­puis une tren­taine d’an­nées, en par­ti­cu­lier pour les jeunes. Nous sommes pour­tant pas­sés de 9,7 % à 8,8 %, la Bre­tagne étant un peu en des­sous de cette moyenne na­tio­nale. De­puis deux ans, on a créé plus de 400 000 em­plois nets mais il y a au­tant d’offres que l’on ne par­vient pas à pour­voir. Je mul­ti­plie les dé­pla­ce­ments, lors des­quels j’ai ren­con­tré quelque 8 000 chefs d’en­tre­prise. « Nous n’avons plus peur d’em­bau­cher », me disent-ils, de­puis les or­don­nances, en par­ti­cu­lier dans les PME et les TPE qui as­surent l’es­sen­tiel des re­cru­te­ments. Ils ajoutent, de­puis quelques mois, « on ne trouve pas les com­pé­tences ». Par manque de qua­li­fi­ca­tions prin­ci­pa­le­ment, pour des rai­sons de « sa­voir être » (se le­ver le ma­tin, tra­vailler en équipe, at­teindre des ob­jec­tifs, etc.), par difficulté de mobilité. Cer­taines règles de l’as­su­rance chô­mage n’in­citent pas non plus au re­tour vers l’em­ploi.

> Jus­te­ment, vous ve­nez en Bre­tagne pour si­gner avec la Ré­gion un Plan d’investissement dans les com­pé­tences dont les ob­jec­tifs brassent large.

Une forte dy­na­mique en ma­tière de for­ma­tion a été ini­tiée par Jean-Yves Le Drian, lors­qu’il était pré­sident de la Ré­gion. Avec ce plan que je si­gne­rai à Ca­rhaix (29) avec Loïg Ches­nais-Gi­rard, ac­tuel pré­sident de la Ré­gion, en pré­sence de Ri­chard Fer­rand, pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, nous l’am­pli­fions. L’État ap­porte 220 mil­lions d’eu­ros sur quatre ans, s’ajou­tant aux 356 mil­lions de la Ré­gion. Les sec­teurs par­ti­cu­liè­re­ment concer­nés sont la construc­tion, la construc­tion na­vale et l’agroa­li­men­taire. En face, il y a des publics éloi­gnés de l’em­ploi. La for­ma­tion et l’in­ser­tion par l’éco­no­mique sont un mar­che­pied vers l’em­ploi en s’appuyant sur le sec­teur as­so­cia­tif très dy­na­mique en Bre­tagne.

> Vous met­tez d’ailleurs l’accent sur l’en­tre­prise

in­clu­sive, dont il faut peut-être ex­pli­quer la si­gni­fi­ca­tion.

Ma convic­tion, c’est que nul n’est in­em­ployable. Ain­si, nous avons lan­cé un ap­pel à pro­jets na­tio­nal sur l’in­clu­sion qui, en Bre­tagne, a dé­jà fi­nan­cé trois opé­ra­tions. Par exemple, Cui­sine Mode d’Em­ploi, du chef étoi­lé Thier­ry Marx, se­ra dé­cli­né en Bre­tagne, où 400 per­sonnes vont être for­mées. Ce sont des per­sonnes han­di­ca­pées, sor­tant de pri­son, qui étaient tom­bées dans la drogue, etc. 95 % d’entre elles sont fi­na­le­ment em­bau­chées. Deux autres pro­jets portent sur l’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle des ré­fu­giés, l’un à Rennes, porté par l’as­so­cia­tion Singa France, l’autre à Brest, par l’as­so­cia­tion Défis Em­ploi. Il y a une tra­di­tion d’ac­cueil en Bre­tagne. Lors d’une réu­nion avec des chefs d’en­tre­prise, à Plou­gas­tel (29), l’un d’eux m’a de­man­dé : « Que fait-on pour les ré­fu­giés ? » Ce­la montre une vo­lon­té d’en­ga­ge­ment. C’est pour­quoi nous al­lons créer, dans chaque dé­par­te­ment, un club d’en­tre­prises prêtes à se mobiliser pour per­mettre l’ac­cès des jeunes et des plus vul­né­rables à l’em­ploi. Le 30 avril, le pre­mier club se­ra lan­cé à Rennes, pour l’Ille-et-Vi­laine.

> Sur l’éga­li­té femmes-hommes dans l’en­tre­prise, vous me­na­cez ceux qui ne sui­vraient pas le mou­ve­ment.

Nous sommes en­core à 9 % d’écart de salaire pour le même tra­vail et 25 % sur la car­rière puisque les op­por­tu­ni­tés ne sont pas les mêmes. Nous avons donc ins­crit, dans la loi Ave­nir professionnel, une obli­ga­tion de ré­sul­tat et de trans­pa­rence, avec un index pour me­su­rer. C’est un ou­til pour l’ac­tion des chefs d’en­tre­prise et le dia­logue so­cial. Ce­la de­vient une com­po­sante de l’image de l’en­tre­prise.

Pho­to AFP

La mi­nistre du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud, signe, ce lun­di, à Ca­rhaix (29) le vo­let bre­ton du Plan d’investissement dans les com­pé­tences.

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