Surdoué ? Faut-il vrai­ment le tes­ter ?

Le Télégramme - Quimper - - MIEUX VIVRE - Ch­ris­tine Bau­dry

Votre en­fant est doué, peut être même surdoué ! Pour nombre de pa­rents se pose alors la ques­tion de tes­ter son in­tel­li­gence. Et de sa­voir s’il est utile ou ju­di­cieux d’ajou­ter un chiffre de QI à cô­té de ses bonnes notes sur le bul­le­tin sco­laire. Jeanne est per­plexe. Son fils Léo sa­vait dé­jà lire en en­trant au CP. Il est vif, cu­rieux de tout, et son ins­ti­tu­trice a sug­gé­ré qu’il était peut-être surdoué en ajou­tant : « Vous de­vriez le faire tes­ter ». En tant que ma­man, elle ne doute pas un ins­tant que son pe­tit gar­çon est ex­tra­or­di­naire. Mais fau­til pour au­tant ap­po­ser une étiquette de « surdoué », « haut po­ten­tiel », voire « zèbre » sur son pe­tit front ? Et ins­crire un quo­tient in­tel­lec­tuel (QI) à cô­té des courbes de poids et de taille sur son car­net de san­té ?

Pre­mière in­quié­tude, si le test montre fi­na­le­ment que le QI de l’en­fant n’at­teint pas tout à fait le fa­meux chiffre de 130, la dé­cep­tion peut al­té­rer le re­gard que son en­tou­rage porte sur lui. Et sur­tout, ce­lui que l’en­fant pose sur lui-même. Bien que brillant et dé­gour­di, il peut se sen­tir ra­bais­sé par un ré­sul­tat qu’il per­ce­vra comme une mau­vaise note po­sée sur son in­tel­li­gence. At­teint dans son es­time de soi, il risque de de­ve­nir moins sûr de lui et moins tran­quille. C’est cher payé pour une simple vé­ri­fi­ca­tion. Un coût à ajou­ter à la fac­ture du test, non rem­bour­sé, qui se si­tue dans une four­chette de 200 à 350 €, quand il est pra­ti­qué par un psy­cho­logue com­pé­tent.

Et puis, il y a l’hy­po­thèse que le bi­lan confirme le haut po­ten­tiel de l’en­fant, et cer­tains pa­rents craignent que ce­la n’en­traîne une autre forme de stig­ma­ti­sa­tion. Est-ce une bonne chose de gon­fler son ego au risque de le rendre un peu va­ni­teux ? Est-il ju­di­cieux de le dé­si­gner comme dif­fé­rent aux yeux des autres, en­fants comme en­sei­gnants ?

Pas for­cé­ment un élève ex­cellent

Mélanie, au­jourd’hui âgée de 25 ans, re­grette amè­re­ment d’avoir été re­con­nue comme sur­douée en fin de pri­maire. « Au col­lège, dès que j’avais une mau­vaise note, mes pa­rents ou mes profs m’en vou­laient plus qu’à ma soeur qui était une élève moyenne. “Tu dois le faire ex­près puisque tu es sur­douée“, me di­sait-on. Leurs at­tentes m’ont mis une telle pres­sion que j’ai lâ­ché la barre. Mes an­nées de col­lège ont été dif­fi­ciles. En par­tie parce que j’avais vrai­ment du mal en maths, mais aus­si parce que du coup, j’ai dé­ci­dé de faire vrai­ment ex­près de ne pas tra­vailler ». Un ré­sul­tat pa­ra­doxal alors que les pa­rents qui font tes­ter leur en­fant ont jus­te­ment le sou­ci d’adap­ter la sco­la­ri­té aux ca­pa­ci­tés de l’en­fant, en lui fai­sant sau­ter une classe si be­soin, ou lui pro­di­guant des en­sei­gne­ments plus com­plets. L’Édu­ca­tion na­tio­nale, dont on a long­temps dé­plo­ré le dés­in­té­rêt sur le su­jet pro­pose dé­sor­mais sur son por­tail Edus­col (edus­col.edu­ca­tion.fr), un tout nou­veau li­vret in­ti­tu­lé « Com­ment sco­la­ri­ser un en­fant à haut po­ten­tiel ». Ce guide des­ti­né aux en­sei­gnants et aux fa­milles rappelle en pré­am­bule qu’un « élève ex­cellent n’est pas for­cé­ment pré­coce et (qu’)un élève à haut po­ten­tiel n’est pas for­cé­ment un élève ex­cellent ». Par ailleurs, la sur­douance n’est pas non plus sy­no­nyme d’échec sco­laire con­trai­re­ment à une idée très ré­pan­due. Dif­fé­rentes études en sciences de l’édu­ca­tion ont mon­tré que le seul fait d’avoir un QI éle­vé n’était pas une cause ma­jeure et unique d’échec sco­laire : très peu d’en­fants à haut po­ten­tiel ratent leur bre­vet des col­lèges. Il reste ce­pen­dant vrai, comme le rappelle le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion, qu’un cer­tain nombre d’en­fants peuvent se re­trou­ver « en dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques ou sco­laires » du fait de leur dé­ca­lage in­tel­lec­tuel et qu’ils doivent alors « bé­né­fi­cier de ré­ponses in­di­vi­dua­li­sées » et « d’une per­son­na­li­sa­tion des par­cours sco­laires ».

Utile en cas de par­ti­cu­la­ri­tés dans sa re­la­tion au monde ou à la sco­la­ri­té

Pour Jeanne Siaud-Fac­chin, psy­cho­logue cli­ni­cienne et psychothérapeute, fon­da­trice de l’association Zé­bra et au­teure, entre autres ou­vrages, de « L’en­fant surdoué » (édi­tions Odile Ja­cob), même s’il n’y a pas d’ur­gence à faire tes­ter un en­fant qui va bien, « il reste tou­jours utile d’ef­fec­tuer un bi­lan chez un en­fant qui pré­sente des par­ti­cu­la­ri­tés dans sa re­la­tion au monde ou à la sco­la­ri­té ». Il ne s’agit pas alors de cher­cher à tout prix à va­li­der le chiffre fé­tiche de 130 de QI pour cher­cher à dé­cou­vrir un pe­tit gé­nie, mais « d’ef­fec­tuer un bi­lan psy­cho­lo­gique bien plus com­plet, au-de­là du seul test de QI. Un vrai bi­lan est une ana­lyse de la dy­na­mique de sa per­son­na­li­té, qui prend en compte toutes ses com­pé­tences, une sorte de carte du ter­ri­toire sur le­quel il va che­mi­ner ». Quelles sont ses forces par­ti­cu­lières ? Son type de mé­moire, au­di­tive ou vi­suelle, la fa­çon dont il gère le stress, dont il ré­gule ses émo­tions. « Ces don­nées sont au­tant de clefs qui peuvent ai­der les pa­rents si sa vie sco­laire de­vient moins fluide par exemple. Le test est alors un ou­til de pré­ven­tion », es­time la spé­cia­liste.

Pour en sa­voir plus

Pour trou­ver près de chez vous, un psy­cho­logue plus spé­cia­li­sé dans les bi­lans psy­cho­lo­giques des en­fants à haut po­ten­tiel, vous pou­vez vous rap­pro­cher de l’Association na­tio­nale pour les en­fants intellectuellement pré­coces (ANPEIP, anpeip.org) et de l’Association fran­çaise pour les en­fants pré­coces (AFEP, afep-as­so.fr). Réunis­sant des pa­rents et des pro­fes­sion­nels, ces as­so­cia­tions sont agréées par l’Édu­ca­tion na­tio­nale.

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