Un ave­nir in­cer­tain

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Yves-Ma­rie Thé­ré­né

Un coût éle­vé pour les or­ga­ni­sa­teurs mais aus­si pour les cou­reurs ; un ca­len­drier im­po­sé ; un nombre de courses qui di­mi­nue… De­puis plu­sieurs an­nées, le cy­clisme sur route ama­teur est en perte de vi­tesse, at­ti­rant de moins en moins de com­pé­ti­teurs. Une mu­ta­tion que nous dé­cryptent plu­sieurs ac­teurs de ce mi­lieu spor­tif.

Moins de courses et moins de cou­reurs. Si les clas­siques bre­tonnes du dé­but de sai­son se portent très bien, elles sont un peu l’arbre qui cache la fo­rêt. De­puis plu­sieurs an­nées, le cy­clisme sur route ama­teur souffre. Ex­pli­ca­tions avec quelques ac­teurs d’un sport en pleine mu­ta­tion et à l’ave­nir in­cer­tain. > Un ni­veau en baisse

Pour Franck Lau­rance, an­cienne fi­gure du pe­lo­ton bre­ton dans les an­nées 1990-2000, le ni­veau gé­né­ral des cou­reurs est moins bon qu’il y a quelques an­nées. « A mon époque, si on ne ga­gnait pas cinq courses en 2e ca­té­go­rie, on ne pas­sait pas en 1re. Là, on monte des gars en 1re sans qu’ils aient ga­gné une course de 2e. Ils n’ont pas le ni­veau. Quand tu prends un éclat au bout de 40 bornes, tu re­viens une fois, deux fois mais pas trois. Il y a beau­coup de dé­chet. »

> Moins de jours de courses

L’époque où les ama­teurs en­chaî­naient 60 jours de course par sai­son est ré­vo­lue. A l’ins­tar des pro­fes­sion­nels, ils courent bien moins qu’avant. « La nou­velle gé­né­ra­tion court beau­coup moins que nous », as­sure Franck Lau­rance. « Les di­rec­teurs spor­tifs ne veulent plus que les cou­reurs fassent les "cri­té­riums" (courses en cir­cuit) parce que, soit di­sant, ça va les cra­mer. On a tou­jours ten­dance à les pro­té­ger. La nou­velle gé­né­ra­tion d’en­traî­neurs im­pose plus de pé­riodes de re­pos. Toutes les quatre-cinq se­maines, elle de­mande aux cou­reurs de cou­per. »

> Moins d’ar­gent à ga­gner

L’âge d’or du vé­lo, où les bons ama­teurs ar­ri­vaient à vivre de leur sport, est fi­ni. « Avant, il y avait ce qu’il fal­lait », re­con­naît Franck Lau­rance. « Au­jourd’hui, tu ne gagnes plus rien du tout », constate Eric Le Balch. Le spea­ker, 30 ans d’ex­pé­rience au comp­teur, évoque la conjonc­ture éco­no­mique et le moindre at­trait des spon­sors lo­caux pour le cy­clisme. « Le vé­lo ne nour­rit plus son homme» , confirme Jean-Fran­çois Bo­den­nec, an­cien cou­reur et pré­sident du Team Pays de Di­nan. « Alors, quand tu as 25-30 ans et que tu bosses, tu n’as pas for­cé­ment en­vie de faire de grands dé­pla­ce­ments. Tu gères tes points pour ne pas mon­ter et il y a des épreuves où tu ne vas plus. »

> Moins de têtes d’af­fiche

« Il y a de moins en moins de cy­clistes », constate Jean-Fran­çois Bo­den­nec. Eric Le Balch dit la même chose et ob­serve qu’il n’y a plus de cou­reurs connus comme dans les an­nées 1990. « Do­mi­nique Le Bon, Jean-Jacques La­mour ou Jean-Louis Co­nan, c’étaient quand même des têtes d’af­fiche du cy­clisme bre­ton. »

> Un sport dif­fi­cile

Le vé­lo est un sport dif­fi­cile et c’est un vé­ri­table rou­leau com­pres­seur pour les moins forts. Sans vou­loir jouer les vieux di­no­saures, Jean-Fran­çois Bo­den­nec es­time que les jeunes ont moins la gnac. « C’est un phé­no­mène de gé­né­ra­tions. Ils veulent tout, tout de suite. Alors, ils font le dé­but de sai­son à bloc et ils ar­rêtent après car c’est un sport dur. Au­jourd’hui, les jeunes se battent un peu moins qu’avant. » Franck Lau­rance pense que cer­taines épreuves sont trop dif­fi­ciles et font fuir cer­tains cou­reurs.

> Le Fi­nis­tère à la peine

Le dé­par­te­ment qui souffre le plus de la baisse du nombre de courses est le Fi­nis­tère. « Le Fi­nis­tère est car­ré­ment ex­cen­tré. C’est dif­fi­cile d’y faire ve­nir les cou­reurs. Si la Ronde Fi­nis­té­rienne avait lieu à Rennes, elle au­rait deux fois plus de cou­reurs avec la ve­nue de Nor­mands et de Li­gé­riens », as­sure Eric Le Balch qui évoque aus­si la dis­pa­ri­tion du club phare du Fi­nis­tère, le Bic 2000. « Ça dé­mo­bi­lise les or­ga­ni­sa­teurs qui ne voient pas les cou­reurs lo­caux. »

> Une ques­tion de sé­cu­ri­té rou­tière

La co­ha­bi­ta­tion entre cy­clistes et au­to­mo­bi­listes n’est pas tou­jours simple. Sur les routes d’en­traî­ne­ment, les ac­ci­dents sont as­sez fré­quents et par­fois dra­ma­tiques. « Il ar­rive que les pa­rents ne veulent pas que leurs en­fants pra­tiquent du vé­lo sur route, constate JeanF­ran­çois Bo­den­nec. Ils pré­fèrent qu’ils fassent du VTT ou un autre sport. »

> La concur­rence des autres sports

Le cy­clisme fait face à une mul­ti­tude d’autres sports. Cer­tains sont bien plus lu­diques, bien moins contrai­gnants et bien moins oné­reux. Il y a no­tam­ment le trail où de nom­breux cy­clistes ou ex-cy­clistes brillent. « C’est un bon sport de sub­sti­tu­tion au vé­lo, as­sure Jean-Fran­çois Bo­den­nec. Une paire de bas­ket coûte une cen­taine d’eu­ros. Et avant de dé­pen­ser au­tant que pour une sai­son de vé­lo… »

« Les jeunes veulent tout, tout de suite. Alors, ils font le dé­but de sai­son à bloc et ils ar­rêtent après car c’est un sport dur.»

Si cer­taines courses ou­vertes aux 1re, 2e et 3e ca­té­go­rie, c’est-à-dire aux meilleurs cou­reurs ama­teurs, souffrent, les épreuves pass’cy­clisme se portent très bien.

Sur ces courses, dont la dis­tance os­cille entre 55 et 80 km, on re­trouve des cy­clistes de tout âge, gé­né­ra­le­ment des ex-com­pé­ti­teurs qui veulent re­prendre après quelques an­nées de cou­pure. Ils es­timent ne plus avoir le ni­veau pour al­ler se frot­ter aux tout meilleurs mais l’adré­na­line de la course leur manque. Ils veulent cou­rir quand ils le sou­haitent, sans au­cune contrainte, et ils ne veulent sur­tout pas faire de longs dé­pla­ce­ments pour épin­gler un dos­sard. Le pass’cy­clisme ré­pond par­fai­te­ment à leurs en­vies. Le plai­sir du vé­lo sans les contraintes.

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