Ja­pon. Car­los Ghosn crie au « com­plot »

Le Télégramme - Quimper - - MONDE & FRANCE -

« Je suis in­no­cent », a cla­mé Car­los Ghosn, dans une vi­déo dif­fu­sée, mar­di, et en­re­gis­trée avant sa nou­velle in­car­cé­ra­tion, le 4 avril. L’ex-pa­tron de Re­nault ac­cuse de nou­veau des di­ri­geants de Nis­san de « com­plot » et « tra­hi­son », mais sans que des noms soient li­vrés.

Son mes­sage vi­déo en­re­gis­tré avant sa nou­velle in­car­cé­ra­tion avait été an­non­cé par son épouse dans les co­lonnes du JDD. Il a été ren­du pu­blic, mar­di. Car­los Ghosn a de nou­veau mar­te­lé son in­no­cence. « Ce n’est pas une his­toire de cu­pi­di­té, de dic­ta­ture d’un homme. C’est une his­toire de com­plot, de conspi­ra­tion, de tra­hi­son », a dé­cla­ré, en an­glais, l’an­cien P-DG de Re­nault-Nis­san. « Je suis in­no­cent, voi­là mon pre­mier mes­sage. Ce n’est pas nou­veau, vous l’avez dé­jà en­ten­du de moi : je suis in­no­cent de toutes les ac­cu­sa­tions por­tées contre moi », a in­sis­té Car­los Ghosn en pré­am­bule de la vi­déo dif­fu­sée à l’oc­ca­sion d’une confé­rence de presse de son avo­cat.

Le ma­gnat de l’au­to­mo­bile dé­chu n’évoque pas les nou­veaux soup­çons qui pèsent sur lui (dé­tour­ne­ment de fonds de Nis­san via Oman), car il igno­rait, à ce mo­ment-là, quelles se­raient les charges des pro­cu­reurs, a ex­pli­qué son avo­cat prin­ci­pal, Ju­ni­chi­ro Hi­ro­na­ka. Ce der­nier a, par ailleurs, an­non­cé son in­ten­tion de dé­po­ser, ce mer­cre­di, un re­cours de­vant la Cour su­prême pour ob­te­nir la re­mise en li­ber­té de son client. « Il est clair que M. Ghosn ne peut pas dé­truire de preuves ni s’en­fuir, c’est pour ce­la qu’il avait été li­bé­ré sous cau­tion (le 6 mars), donc on ne peut pas dire que ce­la a chan­gé etel’ar­rê­ter sous ce pré­texte », a plai­dé M Hi­ro­na­ka.

« Des mé­thodes cruelles »

Se­lon lui, les en­quê­teurs du par­quet n’ont qu’un but : « Faire pres­sion sur lui de fa­çon ex­trême », ten­ter « par des mé­thodes cruelles de le faire plier pour ob­te­nir des aveux ». In­ter­ro­gé sur le dé­part pré­ci­pi­té de Ca­role Ghosn du Ja­pon après l’ar­res­ta­tion de son ma­ri, l’avo­cat a avan­cé qu’« elle avait peur pour sa sé­cu­ri­té » à cause, se­lon lui, des pro­cé­dés des pro­cu­reurs, mais elle s’est, de­puis, dite prête à ré­pondre en tant que té­moin aux sol­li­ci­ta­tions de la jus­tice. Sans s’ex­pri­mer sur le fond des ac­cu­sa­tions, Car­los Ghosn a sur­tout ré­ité­ré ses ac­cu­sa­tions d’un « com­plot » à son en­contre, dé­jà bran­dies dans des in­ter­views ac­cor­dées à la presse. « La conspi­ra­tion est un mot-clé et ce se­ra un élé­ment de notre dé­fense », a pré­ve­nu Me Hi­ro­na­ka.

« Des di­ri­geants de Nis­san ont joué des jeux mal­sains », es­time l’ex-pa­tron qui a per­du tous ses man­dats. « Il y avait la peur que, dans la pro­chaine étape de l’al­liance, l’au­to­no­mie de Nis­san soit me­na­cée », sou­ligne-t-il, rap­pe­lant que lui-même avait « tou­jours été un farouche dé­fen­seur de cette au­to­no­mie ».

En re­vanche, ses avo­cats ont dé­ci­dé de cou­per un pas­sage de la vi­déo (« 30-40 se­condes ») où Car­los Ghosn ci­tait nom­mé­ment ceux qui, se­lon lui, sont à l’ori­gine de ce « com­plot », « en rai­son de risques lé­gaux de li­vrer les iden­ti­tés réelles de per­sonnes », a sou­li­gné Me Hi­ro­na­ka.

L’ap­pel au gou­ver­ne­ment

Cette af­faire hors normes a connu un nou­veau re­bon­dis­se­ment, la se­maine der­nière, Car­los Ghosn étant de nou­veau pla­cé en garde à vue, au moins jus­qu’au 14 avril. Le Fran­co-Li­ba­noB­ré­si­lien, âgé de 65 ans, est, cette fois, soup­çon­né d’avoir trans­fé­ré des fonds de Nis­san à une so­cié­té « de fac­to, contrô­lée par lui », via un dis­tri­bu­teur de vé­hi­cules du cons­truc­teur ja­po­nais à l’étran­ger. Il s’agit du sul­ta­nat d’Oman, se­lon une source proche du dos­sier.

Car­los Ghosn est dé­jà sous le coup de trois in­cul­pa­tions : deux pour dé­cla­ra­tions in­exactes de re­ve­nus sur les an­nées 2010 à 2018, dans des do­cu­ments re­mis par Nis­san aux au­to­ri­tés fi­nan­cières, et une pour abus de confiance. Dans cette « épreuve », lui et ses proches ont ap­pe­lé le gou­ver­ne­ment fran­çais à agir. Le mi­nistre de l’Éco­no­mie, Bru­no Le Maire, a re­dit, au mi­cro de France In­fo, sa ré­ti­cence quant à d’éven­tuelles « in­ter­ven­tions po­li­tiques ». « Il y a le pou­voir exé­cu­tif, il y a la jus­tice, ils sont sé­pa­rés et il est bon, dans toute dé­mo­cra­tie, qu’ils res­tent sé­pa­rés », a-t-il af­fir­mé.

Pho­to AFP

« Des di­ri­geants de Nis­san ont joué des jeux mal­sains », es­time l’ex-pa­tron qui a per­du tous ses man­dats.

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