CIN­QUANTE ANS D’EN­GA­GE­MENT BÉ­NÉ­VOLE

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Laurent Guen­neugues

Après cin­quante ans d’en­ga­ge­ment bé­né­vole dans le sau­ve­tage en mer, Max Ja­co­bée, pré­sident de la sta­tion SNSM d’Ar­zon Port-Na­va­lo, va rac­cro­cher sa­me­di. Mais il a trans­mis le flam­beau à son fils Em­ma­nuel qui est de­ve­nu pa­tron de la ve­dette.

Quand Max Ja­co­bée est de­ve­nu sau­ve­teur en mer, la SNSM n’exis­tait pas en­core ! Sa­me­di, le pré­sident de la sta­tion d’Ar­zon Port-Na­va­lo (56) passe la main après cin­quante ans d’en­ga­ge­ment bé­né­vole. Mais il a su trans­mettre sa pas­sion puisque son fils est pa­tron de la ve­dette.

30 juillet 1998, la France est en­core tout à la joie de son pre­mier titre de cham­pion du monde de foot­ball quand un ter­rible crash entre deux avions se pro­duit près de Qui­be­ron (56), tuant quinze pas­sa­gers. Vingt ans plus tard, Max Ja­co­bée s’en sou­vient comme si c’était hier. Il était par­mi les sau­ve­teurs qui sont al­lés sur zone ten­ter de re­pê­cher les corps des vic­times… Au rayon des mau­vais sou­ve­nirs, il cite aus­si ces trois jeunes qui s’étaient em­pla­fon­nés dans les buis­sons de Méa­ban et y ont lais­sé leur peau. « Forcément, ça marque à chaque fois qu’il y a des morts, ex­plique le pré­sident de la sta­tion d’Ar­zon Port-Na­va­lo. Le ba­teau, c’est un plai­sir… Ce n’est pas pour que ça fi­nisse comme ça ». Fort heu­reu­se­ment, Max Ja­co­bée a aus­si de nom­breuses his­toires qui fi­nissent bien. Comme ce jour de 2007 où c’était une « vraie pu­rée de pois » (com­pre­nez un épais brouillard) et où le Gou­ri­nis cou­la à La Tei­gnouse : « On a sau­vé une tren­taine de per­sonnes, qui s’étaient ré­fu­giées sur des ra­deaux de survie ».

Des nau­frages, il en a vé­cu des cen­taines en cin­quante ans de sau­ve­tage. Quand Max Ja­co­bée a dé­bu­té, il s’était en­ga­gé pour la sta­tion HSB (Hos­pi­ta­liers sau­ve­teurs bre­tons), qui fu­sion­na en 1967 avec la So­cié­té centrale de sau­ve­tage des nau­fra­gés (SCSN) pour créer la SNSM. À l’époque, Max te­nait, avec son frère, un chan­tier de construc­tion et de ré­pa­ra­tion de ba­teaux en bois : « J’avais en­vie de na­vi­guer et de rendre ser­vice », dit-il, tout sim­ple­ment, pour jus­ti­fier son en­ga­ge­ment.

Tel père, tel fils

Cin­quante ans plus tard, la même pas­sion l’anime. Entre-temps, la pe­tite sta­tion, qui ne fonc­tion­nait que l’été, a pris son es­sor et compte dé­sor­mais 17 sau­ve­teurs. Max Ja­co­bée en est le pré­sident de­puis 1983. Mais ne comp­tez pas sur lui pour se mettre en avant, il pré­fère dire du bien de son pré­dé­ces­seur, Fé­li­cien Gla­jean, dont la ve­dette de la sta­tion porte le nom : « C’était un Mon­sieur ! Il s’était en­ga­gé dans la Ré­sis­tance pen­dant la guerre. Et il nous a ap­pris l’es­prit du sau­ve­tage ». Si Max ar­rête, la sta­tion n’en a pas fi­ni avec les Ja­co­bée. Car il a su trans­mettre le flam­beau au fis­ton, Em­ma­nuel, de­ve­nu pa­tron de la ve­dette, en plus d’être pom­pier vo­lon­taire de­puis l’âge de 16 ans. « Je n’ai connu que ça, en voyant mon père et mon oncle. Ça me don­nait en­vie de par­tir avec eux », ex­plique cet ex­pert ma­ri­time de 42 ans, qui aime « l’adré­na­line » des in­ter­ven­tions, tout en étant conscient du poids de « la res­pon­sa­bi­li­té de l’équi­page et du ba­teau ». Quant au suc­ces­seur de Max Ja­co­bée à la pré­si­dence de la sta­tion, il s’agit de Sté­phan Cla­ve­rie, en­ga­gé dans la Ma­rine na­tio­nale de­puis 1987 et qui a no­tam­ment tra­vaillé en Nou­velle-Ca­lé­do­nie et en Polynésie fran­çaise. À 55 ans, ce com­mis­saire en chef, ser­vant au sein d’un état-ma­jor de Force ma­ri­time, se dit « pé­tri d’ad­mi­ra­tion et de re­con­nais­sance pour Max ». At­teint par la li­mite d’âge (66 ans ré­vo­lus), Max Ja­co­bée ne peut plus na­vi­guer pour la SNSM de­puis sept ans. Et au­jourd’hui, même s’il rac­croche, il compte bien pas­ser en­core du temps sur l’eau : « J’es­père conti­nuer à na­vi­guer à la voile ». Sur quel ba­teau ?, lui de­mande-t-on… « En BDA, le ba­teau des autres », glisse-t-il dans un sou­rire. Après avoir été un exemple vi­vant de la so­li­da­ri­té des gens de mer pen­dant cin­quante ans, le pré­sident a bien mé­ri­té de se faire em­bar­quer !

Pho­to L. G.

Après cin­quante ans à la SNSM, Max Ja­co­bée (à gauche) cède sa place de pré­sident de la sta­tion d’Ar­zon PortNa­va­lo à Sté­phan Cla­ve­rie (au centre), mais son fils Em­ma­nuel (à droite) reste pa­tron de la ve­dette SNS 145.

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