BREXIT : MAY RÉUS­SIT À DI­VI­SER L’EU­ROPE

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Vu par Hen­ry Lau­ret

La Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique The­re­sa May (au centre) a réus­si à faire ac­cep­ter à Bruxelles une nou­velle date bu­toir pour le Brexit, à sa­voir le 31 oc­tobre 2019. Un com­pro­mis qu’elle a ar­ra­ché ha­bi­le­ment en en­fon­çant un coin dans la fis­sure ap­pa­rue entre An­ge­la Mer­kel (ici face à Donald Tusk) et Em­ma­nuel Macron, qui a fi­ni par plier.

Les di­ri­geants eu­ro­péens se sont mis d’ac­cord, dans la nuit de mer­cre­di à jeu­di, à l’is­sue d’un som­met ten­du à Bruxelles, sur un nou­veau re­port du Brexit, dé­sor­mais fixé au 31 oc­tobre. La Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique, The­re­sa May, en agi­tant le spectre d’un « no deal » an­gois­sant, a fait va­ciller l’una­ni­misme des 27…

Entre jé­ré­miades et hu­mi­lia­tions, The­re­sa May au­ra grat­té six mois de plus pour évi­ter un « no deal » his­to­rique et an­gois­sant pour Londres et Bruxelles. Six mois pour quoi faire ? Dans cette sa­ga du Brexit qui s’étale de­puis près de trois ans, plus rien ne peut sur­prendre. Ni les éga­re­ments d’une classe po­li­tique fan­toche, ni le par­fum de cy­nisme et de roue­rie qui flotte à West­mins­ter.

Le chan­tage au « hard Brexit »

La per­fide Al­bion, de re­tour ? Per­fide, du latin per­fi­dus (qui viole sa foi). Au-delà du slo­gan fa­cile et ses re­lents pé­jo­ra­tifs, force est de consta­ter que la résiliente Pre­mière mi­nistre - tant dé­criée sur les bords de la Ta­mise - a réus­si à se­mer la zi­za­nie à Bruxelles. Un pied de­dans, un pied de­hors, c’était his­to­ri­que­ment le lot des Bri­tan­niques dans l’Eu­rope. Cette fois, c’est sur l’air de Max la me­nace que The­re­sa May a en­fon­cé un vi­lain coin entre Paris, Berlin et quelques autres. « Si vous me lâ­chez, vous au­rez le hard Brexit sur la conscience », a-t-elle pré­ve­nu en sub­stance. Dans le mille !

Tant que l’Eu­rope à 27 se mon­trait so­li­daire face aux « Brexi­ters », notre com­mis­saire Michel Bar­nier te­nait so­li­de­ment le manche. Qu’en se­ra-t-il après le chan­tage au hard Brexit de The­re­sa May qui a eu rai­son du bel una­ni­misme des 27 ? Bruxelles gronde, Londres lou­voie. Et quand l’Eu­rope rêve d’is­sue né­go­ciée, Bruxelles danse sur l’air que lui joue la dame du 10 Dow­ning Street.

La date bu­toir coïn­cide avec Hal­lo­ween. On peut en sou­rire. Sou­rire d’en­tendre Donald Tusk de­man­der aux Bri­tan­niques de « ne pas perdre de temps »… À Washington, Trump dit bra­vo à May et se frotte les mains. Après la Chine, l’Eu­rope d’Air­bus est sa cible pré­fé­ren­tielle. En ar­rière-plan, un désordre, mo­né­taire sur­tout, fe­rait son af­faire. Le poi­son lent du Brexit et de la dis­corde fait le jeu de Pou­tine et Xi. Le pre­mier garde un oeil sur l’Eu­rope à l’Est. Le se­cond y voit ma­tière à dis­cu­ter, un à un, avec les Eu­ro­péens. Plus simple.

Paris-Berlin : la re­la­tion s’est dis­ten­due

Es­seu­lé, Macron a échoué à im­po­ser ses vues. Lâ­ché par Jun­cker, Tusk et sur­tout Mer­kel, il s’est vu re­pro­cher de confondre Brexit et po­li­tique fran­çaise. Avec Berlin, la re­la­tion s’est très dis­ten­due. Mer­kel vou­lait ac­cor­der un dé­lai long à Londres. Macron, l’in­verse. Son in­tran­si­geance « gaul­lienne » pou­vant en faire le res­pon­sable d’un « no deal », la messe était dite. Hos­tile au bud­get eu­ro­péen de Macron, Mer­kel rêve de placer son pou­lain Man­fred We­ber à la pré­si­dence de la Com­mis­sion. Et éli­mi­ner Michel Bar­nier, une se­conde fois. Ger­ma­ni­ser conscien­cieu­se­ment les ins­tances bruxel­loises. Le Brexit de May peut coû­ter cher au Royaume-Uni. Fra­gi­li­ser l’Eu­rope. Éloi­gner aus­si Paris de Berlin. Per­sonne n’en fe­rait un drame à Londres.

Pho­to AFP

À Bruxelles, The­re­sa May a réus­si à « gratter » six mois de plus pour évi­ter un « no deal » his­to­rique.

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