Université. Rennes 1 Rennes 2 et l’UBO ont 50 ans

Le Télégramme - Quimper - - BRETAGNE - Claire Staes

Un an après Mai 68, les uni­ver­si­tés de Rennes 1, Rennes 2 et l’UBO (Université de Bretagne oc­ci­den­tale) sont créées en Bretagne. Cin­quante ans après, le pôle uni­ver­si­taire ren­nais cherche tou­jours à retrouver co­hé­rence et vi­si­bi­li­té.

Il y a cin­quante ans, jour pour jour, sur les cendres de l’Université de Rennes nais­saient les uni­ver­si­tés de l’UBO, Rennes 1 et Rennes 2. « À cette époque, dans notre ré­gion, l’in­dus­trie se dé­ve­loppe, l’État dé­cen­tra­lise des tech­no­lo­gies de pointe et le ba­by­boom ar­rive à l’âge des études su­pé­rieures », rap­pelle André Les­pa­gnol, his­to­rien et an­cien pré­sident de l’université Rennes 2. Ré­sul­tat, les effectifs des col­lèges, ly­cées et uni­ver­si­tés croissent for­te­ment. En 1962, l’Université de Rennes, qui rayonne sur les quatre dé­par­te­ments bre­tons et la Mayenne, compte 12 000 étu­diants. En 1968, ils sont 18 000. Et 3 000 de plus, l’an­née sui­vante.

Pour faire face à cette aug­men­ta­tion des effectifs, l’État in­ves­tit mas­si­ve­ment. À Rennes, la ville cède le fon­cier et le gou­ver­ne­ment construit les im­menses cam­pus de Beau­lieu et Ville­jean. Même sché­ma à Brest, qui n’est alors qu’une an­tenne de l’université de Rennes, l’État construit des bâ­ti­ments neufs au Bou­guen, à l’ouest de la ville. En 1968, le site bres­tois compte un peu plus de 4 000 étu­diants.

C’est dans ce contexte que se dé­roule la ré­vo­lu­tion étu­diante de Mai 68. Le sys­tème uni­ver­si­taire est ébran­lé. Tout est re­mis en cause : la pé­da­go­gie, les rap­ports hié­rar­chiques au sein du corps enseignant ou en­core les re­la­tions en­sei­gnants-étu­diants. Le gou­ver­ne­ment de Charles de Gaulle en­tend. En no­vembre 1968, la loi Faure rend les uni­ver­si­tés au­to­nomes et plu­ri­dis­ci­pli­naires. L’au­to­no­mi­sa­tion de site de Brest est une for­ma­li­té.

Co­hé­rence et rayon­ne­ment in­ter­rogent

À Rennes, les choses sont plus com­plexes. Après d’âpres né­go­cia­tions dans la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire, le rec­teur Hen­ri Le Moal acte la créa­tion de deux uni­ver­si­tés : l’une re­grou­pe­ra les ex-facultés de sciences, droit, mé­de­cine et phar­ma­cie, et l’autre comp­te­ra uni­que­ment la fa­cul­té de lettres. « La scis­sion s’est faite sur des ques­tions po­li­tiques, ana­lyse André Les­pa­gnol. Du­rant Mai 68, les pro­fes­seurs de lettres et leurs étu­diants avaient été les fers de lance de la contes­ta­tion. Le reste de la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire ne vou­lait pas s’al­lier à ces tru­blions. Mis au coin, les lit­té­raires se sont ac­com­mo­dés de cette si­tua­tion qui, au fi­nal, les ar­ran­geait ». En mai 1969, l’UBO, Rennes 1 et Rennes 2 sont nées. Mais l’étroi­tesse du pé­ri­mètre dis­ci­pli­naire de l’Université de Rennes 2 est en op­po­si­tion avec la loi Faure. Pour re­mé­dier à ce­la, le mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur im­plante à Rennes 2 des em­bryons de facultés : Arts, Staps, AES (ad­mi­nis­tra­tion économique et so­ciale) ou in­for­ma­tion-com­mu­ni­ca­tion. Cin­quante ans après cette scis­sion, l’émiet­te­ment des centres de dé­ci­sion entre deux uni­ver­si­tés et de nom­breuses écoles au­to­nomes créées de­puis, re­le­vant de mul­tiples tu­telles, pose « un pro­blème de co­hé­rence du site uni­ver­si­taire ren­nais et de sa vi­si­bi­li­té à l’échelle na­tio­nale et in­ter­na­tio­nale », dé­taille André Les­pa­gnol dans son livre « Les mu­ta­tions de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur en Bretagne », pa­ru en 2016.

De­puis vingt ans, la ques­tion du re­grou­pe­ment des uni­ver­si­tés ren­naises agite les dé­bats. Au­jourd’hui en­core, elle est au coeur des élec­tions à la pré­si­dence qui se dé­roulent à Rennes 2. Le 3 mai, le pré­sident sor­tant, Olivier Da­vid de­vrait être ré­élu. Il dé­fend la créa­tion d’une grande université ren­naise qui re­po­se­rait sur des compétences trans­ver­sales comme la re­cherche.

Pho­to D.R.

Le cam­pus de Ville­jean a été construit il y a 50 ans.

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