La vé­ri­té toute nue

Le Télégramme - Quimper - - FRANCE - Vu par Her­vé Hamon

M. Cas­ta­ner, avec force, a ac­cu­sé les ONG qui sauvent des mi­grants en Mé­di­ter­ra­née d’être « com­plices des pas­seurs ».

Il a pré­ci­sé qu’il dé­te­nait des in­for­ma­tions « do­cu­men­tées » de l’agence Fron­tex (l’agence eu­ro­péenne qui sur­veille fron­tières et mi­gra­tions), éta­blis­sant une « réelle col­lu­sion ». Un groupe de jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion, pour y voir clair, s’est tour­né vers Fron­tex. Des rap­ports de 2016 font état d’ap­pels pas­sés à l’aide de té­lé­phones sa­tel­li­taires per­met­tant de lan­cer les opé­ra­tions de sau­ve­tage. Au­cun ne pré­cise que les des­ti­na­taires étaient des ONG. Le rap­port an­nuel de Fron­tex, en 2017, est plus pré­cis : il ex­pose que des mi­grants, sur ins­truc­tion des pas­seurs, ont contac­té le Centre de coor­di­na­tion de sau­ve­tage ma­ri­time, à Rome, où les garde- côtes ita­liens prennent en charge les opé­ra­tions. Nulle men­tion des ONG. Celles-ci ont eu un rôle ac­cru, entre juin et oc­tobre 2016, dans les eaux ter­ri­to­riales li­byennes où elles pou­vaient in­ter­ve­nir plus vite. Au­cune conni­vence dé­tec­tée. À moins qu’il ne s’agisse de l’ONG « Watch the Med » qui re­çoit les ap­pels et les co­or­don­nées GPS afin de contac­ter les au­to­ri­tés, mais qui n’in­ter­vient pas. Fron­tex ne lui re­proche rien, au contraire. Faut-il alors se tour­ner vers les dé­cla­ra­tions to­ni­truantes d’un ma­gis­trat ita­lien, Car­me­lo Zuc­ca­ro, qui a d’abord fait état de « preuves », no­tam­ment dans La Stam­pa, puis de « soup­çons », et a en­fin confes­sé « qu’au­cune preuve n’avait été trou­vée » ? Après avoir ce­pen­dant pro­cé­dé à la sai­sie « pré­ven­tive » du Lu­ven­ta, un ba­teau al­le­mand, Rome a im­po­sé aux as­so­cia­tions la pré­sence d’un po­li­cier à bord. Ce qui fut fait, les ONG conti­nuant à in­vo­quer le droit ma­ri­time in­ter­na­tio­nal pour se porter au secours des nau­fra­gés. Au to­tal, il est dé­sor­mais ac­quis que si cer­tains pas­seurs ont ap­pe­lé le Centre de Rome afin d’écour­ter leur tra­vail, au­cune ONG, con­trai­re­ment à ce qu’a avan­cé M. Cas­ta­ner, n’a été en contact di­rect avec eux. Et que, se­lon Fron­tex, l’ac­cu­sa­tion de « col­lu­sion » n’est pas sou­te­nable. En­fin, il ap­pa­raît que les dé­cla­ra­tions du ma­gis­trat ita­lien, pro­ba­ble­ment dic­tées par l’idéo­lo­gie, sont non ave­nues. 30 000 mi­grants se sont noyés en Mé­di­ter­ra­née. C’est la seule chose avé­rée. L’Eu­rope ren­voie aux Li­byens, qui les tor­turent, les mal­heu­reux in­ter­cep­tés. M. Cas­ta­ner semble mal in­for­mé, ce qui, à son poste, est pré­oc­cu­pant.

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