Théâtre. « L’in­vi­ta­tion » symts s’y plaisent un peu trop

Gad El­ma­leh joue un vi­lain ma­ri aux cô­tés de Philippe Lel­louche et Lu­cie Jeanne dans cette co­mé­die qui manque un peu de sel.

Le Télégramme - Quimper - - CULTURES - Jean-Luc Wach­thau­sen

5e ma­ri, la femme, l’amant. On ne sort ici pas du trio classique du vau­de­ville ou de la co­mé­die, cher au coeur de Fey­deau et de Sa­cha Gui­try. C’est une mé­ca­nique de pré­ci­sion qui doit être fluide, sur­pre­nante, par­fois grotesque, pour dé­clen­cher nos rires de­vant un tel spec­tacle des amours ca­chées et cou­pables. Toutes choses qui manquent en par­tie à « L’in­vi­ta­tion », pièce sym­pa mais un peu ban­cale d’Ha­drien Rac­cah qui ne do­mine pas en­core ce genre dif­fi­cile. Après un pre­mier ro­man « Mé­lan­co­mo­niaque » et deux pièces re­mar­quées par la critique, « Ter­mi­nus » et « La der­nière nuit », le jeune au­teur ne manque ni d’idées ni d’originalité mais peine à dé­fi­nir ses per­son­nages et mul­ti­plie les rac­cour­cis, les el­lipses, ce qui donne une im­pres­sion de su­per­fi­cia­li­té.

Gad El­ma­leh fait de son mieux…

L’af­fiche est al­lé­chante, Gad El­ma­leh en tête qui fait son re­tour au théâtre après vingt ans d’ab­sence, de­puis « Tout contre », de Pa­trick Mar­ber, avec Anne Bro­chet. Il joue au cô­té de Philippe Lel­louche - qui signe éga­le­ment la mise en scène - et la jo­lie Lu­cie Jeanne. Le trio ne manque pas d’atouts mais de car­bu­rant pour don­ner le meilleur d’eux-mêmes. L’his­toire ? Celle de Da­niel, un avo­cat ca­va­leur qui trompe joyeu­se­ment sa femme et rentre chez lui à 5 h du ma­tin, pré­tex­tant une vi­rée avec Char­lie, un ami quit­té par sa femme. La fi­celle est tel­le­ment grosse que la femme de Da­niel lui de­mande d’in­vi­ter cet ami qui n’a pas le mo­ral… Em­bar­ras du ma­ri obli­gé d’im­pro­vi­ser en quelques heures et de don­ner chair à cet ami ima­gi­naire. Il va donc in­vi­ter un in­con­nu, bon bougre, un peu pa­taud qu’il va bien brie­fer avant le ren­dez-vous fa­ti­dique… Évi­dem­ment tout ne va pas se pas­ser comme conve­nu. L’ar­gu­ment est mince mais l’ir­rup­tion de cet in­con­nu est le dé­clen­cheur de l’in­trigue dont on de­vine un peu trop tôt où elle nous mène. Gad El­ma­leh n’a pas le beau rôle, ca­va­leur, men­teur, dis­si­mu­la­teur, mufle. Pas fa­cile mais il fait de son mieux, à coups de mi­miques, de clins d’oeil, pour rendre sym­pa­thique un per­son­nage qui ne l’est pas. En fait, Chou­chou n’a rien de gen­til. Du coup, il y a un vrai dés­équi­libre avec sa femme qui le soup­çonne d’emblée (et un peu trop vite) de le trom­per. Char­lie avec son air de nou­nours faus­se­ment naïf, d’élé­phant dans un ma­ga­sin de por­ce­laine, sorte de François Pi­gnon bis du « Dî­ner de cons », est le per­son­nage le mieux dé­fi­ni, ce­lui par qui le scan­dale ar­rive.

Coin­cés dans l’ap­par­te­ment

Le dé­cor sta­tique, un ap­par­te­ment luxueux avec vue sur la Tour Eif­fel, ne contri­bue pas non plus à développer les si­tua­tions ni à ac­cen­tuer le jeu des ac­teurs qui se re­trouvent coin­cés dans le même es­pace. Bon en­fant, le pu­blic ap­plau­dit au bout d’une heure vingt à cette va­ria­tion sur l’amour et le co­cu­fiage où per­sonne n’est épar­gné.

Pho­to Sté­phane de Bour­gies

Gad El­ma­leh, Lu­cie Jeanne et Philippe Lel­louche : un trio de co­mé­diens plu­tôt chouette pour une pièce un peu dé­ce­vante.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.