LE TÉ­MOI­GNAGE POI­GNANT D’UN BRE­TON

Le Télégramme - Quimper - - LA UNE - Jacques Chan­teau

En ma­tière de drames de la route, Francis Le Scour, de Loc­qui­rec, et ses proches n’ont pas été épar­gnés. Son fils est dé­cé­dé dans un ac­ci­dent en 2014 ain­si qu’une de ses meilleures amies en 2016. Son épouse et lui-même ont été bles­sés dans deux autres ac­ci­dents. Il veut main­te­nant sen­si­bi­li­ser les conduc­teurs pour évi­ter de telles tra­gé­dies.

Son fils a trou­vé la mort dans un ac­ci­dent de cir­cu­la­tion. Lui a dû ar­rê­ter de tra­vailler après avoir été per­cu­té par un homme ivre au vo­lant. Son épouse a failli mou­rir dans un ca­ram­bo­lage, et l’une de ses meilleures amies a été tuée par une voi­ture alors qu’elle tra­ver­sait sur un pas­sage pro­té­gé. Au­jourd’hui, Francis Le Scour (57 ans) veut prendre son bâ­ton de pè­le­rin afin de sen­si­bi­li­ser les au­to­mo­bi­listes, no­tam­ment les jeunes, aux les bonnes conduites à suivre pour évi­ter de tels drames.

Do­mi­ci­lié à Loc­qui­rec (29), Francis Le Scour re­vient sur cette soi­rée du 15 no­vembre 2014. « Il était 23 h quand le maire de ma com­mune est ve­nu frap­per à la porte de notre mai­son. Je lui ai ou­vert et il m’a dit : « Ton fils Jo­han a eu un ac­ci­dent ». Je lui ai de­man­dé : "C’est grave ?" Il m’a ré­pon­du : "C’est plus que grave" ». Jo­han et trois autres pas­sa­gers d’une Re­nault Clio, tous âgés de 21 ans, avaient trou­vé la mort dans un ac­ci­dent sur­ve­nu ce jour-là, vers 15 h, près de Mar­seille.

« Hor­rible »

« On croit tou­jours que ça n’ar­rive qu’aux autres, pour­suit le père de fa­mille. C’est quelque chose d’hor­rible. Sur le coup, je me suis dit que c’était im­pro­bable car Jo­han était très pru­dent. Il fai­sait tou­jours at­ten­tion. Il sa­vait faire la fête mais il sa­vait aus­si que l’al­cool et le vo­lant n’étaient pas com­pa­tibles ».

Par­mi les trois autres vic­times fi­gurent deux autres Fi­nis­té­riens, l’un de Foues­nant et l’une de Cro­zon, ain­si qu’une autre pas­sa­gère ori­gi­naire du Ju­ra. Seul le conduc­teur a sur­vé­cu. Ils étaient tous étu­diants dans une école d’in­gé­nieurs de Tou­lon (Var). Une vi­tesse ex­ces­sive (100 km/h au lieu de 90 km/h) et une chaus­sée de­ve­nue glis­sante en rai­son d’une plaque d’hy­dro­car­bure pour­raient être à l’ori­gine de ce tra­gique ac­ci­dent.

Le conduc­teur condam­né

Il y a trois se­maines, le tri­bu­nal de Mar­seille a condam­né le chauf­feur de la Clio à une peine de trois ans de pri­son avec sur­sis, une amende de 750 € et une an­nu­la­tion de son per­mis de conduire avec une interdiction de le re­pas­ser avant un an. « J’au­rais ai­mé qu’il ne conduise plus, com­mente Francis Le Scour. La pri­son et une amende ne servent à rien. Le verdict quel qu’il soit ne ra­mè­ne­ra ja­mais nos en­fants. Nous, on n’a rien de­man­dé. On a ce­pen­dant reçu 25 000 € des as­su­rances. Celles-ci s’ar­rangent entre elles sur le plan na­tio­nal pour fixer les mon­tants. Pour les as­su­rances, un en­fant qui meurt, c’est 25 000€…».

« Pas dans la ven­geance »

Le père de fa­mille évoque l’at­ti­tude du conduc­teur de la Clio. « Je ne suis pas dans la ven­geance mais j’au­rais ai­mé que le chauf­feur me dise tout de suite : c’est de ma faute. J’ai fait une connerie monumentale ». À l’is­sue de l’au­dience, le pa­pa de Jo­han est al­lé voir le chauf­feur pour l’in­ci­ter à faire de la pré­ven­tion rou­tière. « Je l’ai in­vi­té à ve­nir té­moi­gner dans les écoles. Il m’a dit ok. Je suis prêt à al­ler avec lui ». Francis Le Scour compte donc faire de la pré­ven­tion. C’est sur­tout la jeu­nesse qu’il compte sen­si­bi­li­ser. « Une fois le per­mis ob­te­nu, les jeunes, au vo­lant d’une voi­ture, éprouvent cette sen­sa­tion de li­ber­té et ils ont l’im­pres­sion d’être in­vin­cibles. Il faut sa­voir que la voi­ture est un peu comme une arme. Quand on ap­puie sur l’ac­cé­lé­ra­teur, c’est comme si on ap­puyait sur la gâ­chette ».

Le Fi­nis­té­rien prône la to­lé­rance zé­ro en ma­tière d’al­cool au vo­lant. « Pour­quoi lais­ser ce taux à 0,80 g ? (*) C’est comme si on di­sait qu’on avait le droit de vo­ler jus­qu’à 800 € ».

Un pro­jet de fes­ti­val

Il en­vi­sage aus­si de créer un fes­ti­val qui tour­ne­rait dans les villes dont étaient ori­gi­naires les quatre vic­times de l’ac­ci­dent sur­ve­nu près de Mar­seille. « Ce se­rait un évé­ne­ment qui se­rait à la fois pré­ven­tif mais aus­si fes­tif. L’en­trée se­rait libre et cha­cun don­ne­rait ce qu’il veut ». « Je ne veux pas que Jo­han soit mort pour rien, conclut Francis Le Scour. Je n’ai pas le mo­no­pole du mal­heur mais il faut que leurs morts servent à quelque chose ».

* La conduite avec un taux d’al­cool com­pris entre 0,5 g et 0,8 g par litre de sang donne lieu à une contra­ven­tion. Au­de­là de 0,8 g, c’est un dé­lit qui en­traîne des sanc­tions im­mé­diates, puis ju­di­ciaires

▼ Contact

Fran­cisLeS­cour :02 98 67 42 13. Email :francis.les­[email protected]

Pho­to Claude Prigent

Francis Le Scour a vé­cu plu­sieurs drames de la route, dont la perte de son fils Jo­han dans un ac­ci­dent de voi­ture, près de Mar­seille. Le père de fa­mille veut à pré­sent faire de la pré­ven­tion rou­tière, no­tam­ment au­près des jeunes.

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