Dé­truite par un in­cen­die en 1620

Le Télégramme - Quimper - - QUIMPER -

La ca­thé­drale Saint-Corentin, de style go­thique et construite entre le XIIIe et le XVe siècle, a dé­jà été dé­truite par la foudre. Un in­cen­die qui a dé­vo­ré la char­pente sou­te­nant une an­cienne flèche de l’édi­fice, la flèche de la croi­sée du tran­sept. In­cen­die dont il reste des traces noires dans les combles. « Le seul in­cen­die en­re­gis­tré à notre connais­sance », re­la­tait, dans nos co­lonnes, en oc­tobre 2013, Pierre Alexandre, ar­chi­tecte des Bâ­ti­ments de France.

L’his­toire a été re­la­tée dans une pu­bli­ca­tion (un « oc­ca­sion­nel ») à Pa­ris en 1620 puis dans le « Re­cueil de dis­ser­ta­tions an­ciennes et nou­velles ap­pa­ri­tions, les vi­sions et les songes », de l’ab­bé Lan­glet-Du­fre­noy en 1751, avant de de­ve­nir une gwerz - « Ann tour plom » - puis d’être re­prise par Ro­land Ville­neuve dans « Les pro­cès de sor­cel­le­rie » pa­ru en 1979 et en­fin par les sites in­ter­net de Quim­per et des Mo­nu­ments his­to­riques.

L’in­cen­die dit du « diable de Quim­per-Corentin »

Ce ma­tin du sa­me­di 1er fé­vrier 1620, il est 7 h quand la flèche de la ca­thé­drale est tou­chée par la foudre. « Et à l’ins­tant fut vi­si­ble­ment vu un dé­mon hor­rible et épou­van­table […] se sai­sir de la py­ra­mide (clo­cher, NDLR) par le haut et au-des­sous de la croix […] Le­dit dé­mon, de cou­leur verte, ayant une longue queue de pa­reille cou­leur », re­late l’oc­ca­sion­nel. Mais l’in­cen­die ne s’est dé­cla­ré qu’en dé­but d’après­mi­di. Par de la fu­mée d’abord, puis par des flammes vi­sibles. Le feu qui al­lait « de haut en bas », « se fit si grand et si épou­van­table que l’on crai­gnait que l’église fût brû­lée […] mais aus­si toute la ville », conti­nue l’oc­ca­sion­nel. Les Trésors de l’édi­fice furent sor­tis et les ri­ve­rains dé­mé­na­gèrent leurs biens, tan­dis que d’autres or­ga­ni­saient des pro­ces­sions, priaient. Les cha­noines du Cha­pitre dé­ci­dèrent de « faire mettre des re­liques saintes sur la nef […] près et au-de­vant du feu ». Et com­men­cèrent à « conju­rer ce mé­chant dé­mon », vu par tous « tan­tôt vert, tan­tôt jaune, tan­tôt bleu », tan­dis que 400 hommes, 150 bar­riques d’eau et une cin­quan­taine de char­re­tées de fu­mier furent uti­li­sés pour com­battre les flammes. Peine per­due.

En der­nier re­cours, les cha­noines dé­cident alors de lan­cer dans le bra­sier « un pain de seigle de quatre sous, ren­fer­mant une hos­tie, et d’as­per­ger le feu d’eau bé­nite mé­lan­gée à du lait de femme ». Tout aus­si­tôt, le « dé­mon quit­ta les flammes et le feu s’étei­gnit » aux en­vi­rons de 18 h 30, lais­sant un clo­cher to­ta­le­ment rui­né, es­ti­mé à « douze mille écus ». Pas de morts à dé­plo­rer mais « trois ou quatre » per­sonnes sont bles­sées. Dans les ruines, les cha­noines re­trouvent le pain de seigle dans l’état dans le­quel ils l’avaient lan­cé. Cette anec­dote est con­nue sous le nom du « diable de Quim­per-Corentin ».

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