Le Télégramme - Quimper

Île de Sein : le calme après la tempête Marine Le Pen

- Didier Déniel

Jeudi matin, les cérémonies du 80e anniversai­re de l’appel du 18-Juin se sont déroulées avec sérénité sur Sein. Comme un apaisement après l’épisode tumultueux du passage éclair de Marine Le Pen, mercredi, sur l’île. Le ciel n’était pas sans rappeler celui du 25 août 2014, quand le président François Hollande, surnommé depuis sur l’île, Fañch ar Glav (François la pluie), était venu célébrer le 70e anniversai­re de la Libération. Les lourds nuages venant du large, et les averses, avaient de quoi inquiéter les membres de la municipali­té et les officiels. Mais, vers 9 h, le ciel s’est dégagé, au grand soulagemen­t de la centaine de personnes venues assister à la commémorat­ion.

Une page de tournée

« La venue de Marine Le Pen, c’était un sacrilège. C’était indécent », commentait un habitant en marchant vers le monument aux Français libres, inauguré par le général de Gaulle, en 1960. « Ici, les habitants, la Résistance et de Gaulle, ça a toujours été fusionnel. Pour moi, le FN et le RN sont les héritiers directs du gouverneme­nt de Vichy. »

Après les discours et les dépôts de gerbe, des Sénans ont entonné le Libera, un chant en latin, que l’on réserve habituelle­ment aux obsèques. Le seul chant religieux accepté durant les cérémonies officielle­s républicai­nes. Moment très émouvant, durant lequel certains chanteurs ne quittaient pas des yeux cet horizon vers lequel, en 1940, leurs pères et grands-pères ont mis le cap, l’esprit habité de doutes et d’espoir.

Une des habitantes présentes ne cachait pas ses sentiments. « Oui, la cérémonie était belle. Elle nous a permis de tourner la page Marine Le Pen. J’ai été outrée de la savoir ici. Quand je l’ai su, je suis allée au port manifester. J’ai participé à cette « haie d’horreur » quand elle a repris le bateau et je ne le regrette pas. »

Sur le quai des Français-Libres, en fin de matinée, la députée du Finistère, Liliana Tanguy (LREM), attendait que le bateau reparte. « Sein, qui est dans ma circonscri­ption, a montré, mercredi, que son esprit de résistance était intact. La compromiss­ion n’a pas droit de cité ici. Marine Le Pen a voulu faire le buzz. Et, à aucun moment, elle ne s’est souciée de savoir ce que pensait la population. Elle le sait maintenant. »

 ?? Photo D.D. ?? Après les discours et les dépôts de gerbe, des Sénans ont entonné le Libera, un chant en latin, durant lequel certains chanteurs ne quittaient pas des yeux cet horizon vers lequel, en 1940, leurs pères et grands-pères ont mis le cap.
Photo D.D. Après les discours et les dépôts de gerbe, des Sénans ont entonné le Libera, un chant en latin, durant lequel certains chanteurs ne quittaient pas des yeux cet horizon vers lequel, en 1940, leurs pères et grands-pères ont mis le cap.

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