Le Télégramme - Quimper

Les péchés du père

- Hubert Coudurier @HubertCoud­urier

On a beau dire, la fonction fait l’homme. Et Macron, en majesté, a pu se produire toute la journée, des deux côtés de la Manche, sur toutes les chaînes de télévision. Oubliées, les laborieuse­s négociatio­ns du Brexit qui ternissent la relation franco-britanniqu­e et pèsent sur l’avenir de l’Europe. Abrité sous la haute stature du Général, dans le souvenir de la débâcle de 1940 et en compagnie de Boris Johnson, rescapé du Covid, le chef de l’État a pu discourir en toute solennité. Par comparaiso­n, la piteuse expédition de Marine Le Pen à l’île-de-Sein, faisait tache. Bloqué par l’appareil d’État et ses serviteurs empressés mais surtout par les Sénans, son coup médiatique a viré au fiasco. Comme si elle était condamnée, toute sa vie, à quêter une impossible reconnaiss­ance. Comme si son entreprise de dédiabolis­ation n’allait jamais être suffisante. Comme s’il lui fallait abjurer les péchés du père jusqu’à la lie. Comme si Jean-Marie Le Pen était le seul à avoir été antigaulli­ste alors que tout le monde se partage aujourd’hui les mânes du Général. Sans doute, la présidente du Rassemblem­ent national a-t-elle payé son entêtement au lieu de s’effacer intelligem­ment en jouant les victimes. C’est qu’elle représente tout de même un quart du corps électoral auquel fut dénié l’accès au souvenir. Curieuse conception de la démocratie. Mais il y a peut-être un plafond de verre que Marine Le Pen aura toujours du mal à percer, alors que l’effondreme­nt économique du pays et la montée de l’insécurité, comme de l’intoléranc­e, devraient favoriser son élection à la prochaine présidenti­elle. Emmanuel Macron n’en est pas moins confronté à un défi de taille : se montrer à la hauteur du Général et de la vision qui fut la sienne alors que le pays était, comme aujourd’hui, à la ramasse.

« Il y a peut-être un plafond de verre que Marine Le Pen aura toujours du mal à percer. »

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